Belgique

Le gouvernement fédéral ne définit pas la nouvelle Stratégie nationale de sécurité.

La Stratégie nationale de sécurité, publiée début avril sur le site du Premier ministre, Bart De Wever, dresse en 28 pages les enjeux en matière de sécurité pour le pays. Elle cible cinq intérêts dits « vitaux », essentiels pour la sécurité, le bien-être et la prospérité de la Belgique.


La Stratégie nationale de sécurité, publiée début avril par le Premier ministre Bart De Wever, présente en 28 pages les enjeux sécuritaires pour la Belgique. Dans l’avant-propos, Bart De Wever indique : « La Belgique est aujourd’hui confrontée à de nombreuses menaces qui se renforcent souvent mutuellement ». Il énumère ces menaces : « une guerre sur notre propre continent, les pressions exercées sur les frontières extérieures de l’Europe, l’impact du crime organisé, l’ingérence hybride d’acteurs étatiques et non étatiques, le terrorisme et l’extrémisme ». Ces défis touchent les intérêts vitaux de la Belgique.

Cette stratégie s’inscrit dans le cadre de l’accord du gouvernement Arizona et repose sur les analyses des services de sécurité et de renseignement belges. Elle vise à orienter les politiques de sécurité tant au niveau fédéral que pour les entités fédérées. C’est aussi un message à l’extérieur, notamment pour les alliés de l’OTAN, qui demeure « la pierre angulaire de notre défense collective », rappelle Bart De Wever.

La Stratégie nationale de sécurité identifie cinq intérêts vitaux à protéger pour le bien-être et la prospérité du pays. On peut lire dans le document que « ce sont des intérêts que nous devons, en tant que société, être prêts à protéger en permanence même si cela peut nous mener à devoir faire des sacrifices ».

Le premier intérêt est la sécurité, qui implique la protection des citoyens et du territoire, « y compris au-delà des frontières nationales ». Ce principe s’applique également à l’espace numérique. La souveraineté de la Belgique, c’est-à-dire sa capacité à décider indépendamment de sa politique intérieure et étrangère, doit être préservée. Une bonne coopération au sein de l’Union européenne et de l’OTAN est essentielle : « L’OTAN demeure la pierre angulaire de notre défense collective », précise la note.

Le deuxième intérêt est l’Etat de droit et les valeurs belges, qui impliquent que la Belgique demeure une démocratie respectant les libertés et les droits fondamentaux. Les pouvoirs publics ont la responsabilité d’assurer la stabilité et le bon fonctionnement des institutions.

Troisièmement, la sécurité économique du pays et sa prospérité doivent être garanties. La Stratégie souligne que l’économie belge doit être compétitive, avec une attention particulière à un euro solide et un cadre financier stable, ainsi qu’à des normes sociales et environnementales favorisant des échanges économiques durables. La lutte pour un approvisionnement en matières nécessaires est cruciale, de même que le soutien aux développements scientifiques et technologiques.

En quatrième lieu, la Belgique doit promouvoir l’ordre international dans le respect du droit international. « Notre pays dépend fortement du bon fonctionnement du système international », estime la Stratégie. « Sans l’ONU, le multilatéralisme et le respect de règles et principes partagés, seule la loi du plus fort s’applique, au détriment de pays comme la Belgique ».

Enfin, un cinquième intérêt est le besoin d’une Europe efficace pour défendre les intérêts belges à l’échelle mondiale.

La Stratégie de sécurité nationale recense les menaces pesant sur les intérêts vitaux de la Belgique. Parmi celles-ci, le retour des conflits armés en Europe, marqué par l’agression russe contre l’Ukraine, est central. La Russie « se considère en guerre avec l’Occident » et « combine des moyens militaires avec des actions hybrides agressives contre les pays européens ».

Les rivalités entre grandes puissances, comme les États-Unis, la Chine et la Russie, sont aussi une menace pour la sécurité belge et européenne. L’évolution des relations entre les États-Unis et l’Europe suscite des inquiétudes, notamment concernant la nécessité pour l’Europe, et donc la Belgique, de renforcer ses capacités militaires.

Le terrorisme et l’extrémisme persistent comme des menaces redoutables. Les organisations criminelles, notamment celles impliquées dans le narcotrafic, prennent également de l’ampleur.

La montée de l’autoritarisme et du nationalisme « agressif » dans certains pays, ainsi que des activités hybrides comme les campagnes de désinformation, figurent aussi sur la liste des menaces. Les tensions sociales et la polarisation de la société sont également identifiées comme des risques.

Dans le cadre de la numérisation de la société, les cybermenaces constituent « l’un des risques de sécurité qui connaissent la croissance la plus rapide en Belgique ». La protection du cyberespace est jugée essentielle. La Stratégie souligne la dépendance de la Belgique vis-à-vis d’acteurs non-européens pour des services critiques, tels que les services satellitaires. « Un incident dans la chaîne d’approvisionnement ou de gestion de ces services peut perturber indirectement plusieurs secteurs vitaux à la fois », révèle le document.

Plus largement, cette dépendance économique est mise en exergue dans plusieurs domaines, y compris pour les services cloud. Les compétences belges dans des domaines stratégiques comme la « biotechnologie, les soins de santé, la chimie, l’acier, les semi-conducteurs, la défense et l’espace » représentent « une cible de choix pour le vol et l’espionnage ».

L’émergence de technologies comme l’intelligence artificielle pourrait également introduire de nouvelles menaces, notamment dans le cyberespace.

Enfin, des risques pour la santé publique et des dangers naturels liés aux changements climatiques sont également évoqués. Dans la précédente Stratégie nationale de sécurité de 2021, ces questions de santé et environnement étaient traitées dans un chapitre distinct.

Les solutions pour assurer la sécurité de la Belgique se répartissent en trois axes. D’abord, il est proposé de protéger la population. Ensuite, une réforme profonde de l’armée belge est nécessaire, ainsi qu’un renforcement de l’autonomie stratégique pour diversifier les approvisionnements dans des secteurs critiques comme l’énergie et la santé. La « souveraineté numérique », c’est-à-dire le contrôle des infrastructures numériques, est également mise en avant.

L’élargissement de l’Union européenne est considéré comme un moyen d’augmenter la paix, la prospérité et la sécurité sur le continent. La Belgique devra également défendre le droit international et l’ordre multilatéral.

Pour ce qui est du renforcement de la souveraineté, la stratégie préconise une meilleure sécurité économique, notamment par des chaînes d’approvisionnement optimisées, une diversification des fournisseurs et une attention portée aux infrastructures critiques en matière d’énergie, d’alimentation et de santé.

Il est également préconisé de réduire la dépendance technologique et d’investir dans l’industrie de la défense. Les actions pour entraver l’ingérence étrangère et l’espionnage sont essentielles.

Concernant la résilience, la Stratégie nationale de sécurité souligne l’importance de défendre la démocratie, l’Etat de droit et de lutter contre la criminalité organisée ainsi que le terrorisme. Elle vise à mieux préparer le pays à faire face à des crises majeures et à garantir la cybersécurité via un nouveau « plan d’urgence cyber ».