La liberté de la presse ne recule pas en Israël : pressions sur les journalistes.
Dans le classement 2026 de Reporters Sans Frontières, Israël est tombé à la 116e position sur 180. Le syndicat des journalistes palestiniens a recensé 53 attaques de ce type en Cisjordanie sur les premiers mois de 2026.
Dans le classement 2026 de Reporters Sans Frontières, Israël se classe désormais à la 116e position sur 180. Jonathan Dagher, responsable de RSF pour le Moyen-Orient, critique les « intentions du gouvernement Netanyahou de réprimer la presse dans son pays, tout en ordonnant et justifiant des massacres contre les membres de la presse, en Palestine et au Liban. »
Sur le terrain, en Israël et en Cisjordanie occupée, plusieurs acteurs de la presse font état de cette évolution, bien que certains la justifient par l’état de guerre en cours.
Le narratif du gouvernement
Meron Rapoport, journaliste en Israël depuis 35 ans et travaillant pour le site d’information israélo-palestinien + 972, témoigne qu’il ressent une pression importante sur les journalistes. Il déclare : « Je connais beaucoup de journalistes et je sens qu’il y a beaucoup de pression sur eux. Il y a des changements de lois pour contrôler les médias. Depuis le début de la guerre à Gaza en octobre 2023, les médias israéliens ont collaboré avec l’histoire que le gouvernement voulait diffuser. Peut-être avaient-ils peur de l’opinion publique, ou peur du gouvernement. »
Appel du Premier ministre
Les pressions politiques sur les journalistes sont souvent informelles selon Meron Rapoport : « C’est le cabinet du Premier ministre qui appelle pour influencer une publication. Ou l’armée qui dit : ‘si vous voulez aller avec nous à Gaza, vous devez décrire des choses d’une certaine manière’. Ce sont beaucoup de relations presque intimes parfois, entre les journalistes, l’armée et le bureau du Premier ministre. »
Cependant, certaines interventions deviennent plus préoccupantes. Charles Enderlin, journaliste franco-israélien, signale que certains journalistes ont fait face à des menaces personnelles : « Il y a une pression sur les journalistes dès qu’ils commencent à diffuser des choses qui ne plaisent pas à une partie des téléspectateurs de droite et d’extrême droite. Des journalistes ayant révélé des scandales sur la famille Netanyahou ont dû se déplacer avec des gardes du corps. »
La colère du public
Au-delà des pressions politiques, les influences de l’opinion publique peuvent dissuader les journalistes d’aborder certains sujets, particulièrement depuis l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023.
Meron Rapoport explique : « Le 7 octobre, c’était vraiment un choc, un trauma pour tout le public israélien. Il y a eu une volonté de revanche, c’est humain. Mais nous sommes des journalistes. Malgré ce sentiment de colère, même de haine, nous ne pouvons pas priver le public israélien d’une partie de l’information. »
Charles Enderlin complète en soulignant que « les Israéliens n’ont pas vu les mêmes images que vous, en Belgique… En revanche, on a entendu des généraux proposer d’affamer des secteurs entiers à Gaza. Pour qu’un téléspectateur israélien voie les images venant de Gaza, il devait regarder des chaînes étrangères. »
Emmanuel Halperin, ancien journaliste de la radiotélévision publique Kan, souligne qu’un sentiment prédomine : « Dans une grande partie de l’opinion, il y a le sentiment que ça nous est égal ce qui se passe là-bas. On a souffert, ils n’ont qu’à souffrir aussi. »
La chaîne 14 en accusation
La chaîne 14, proche de la coalition au pouvoir, est accusée de diffuser un narratif stigmatisant à l’encontre des habitants de Gaza. Meron Rapoport juge que « il y a eu une plainte contre eux, parce qu’ils sont incités à commettre des crimes contre l’humanité. »
Des lois liberticides
Reporters Sans Frontières s’inquiète des défaillances des médias israéliens : « Il y a un manque dangereux de pluralisme, » déclare Jonathan Dagher. Le public israélien a peu d’informations fiables sur Gaza, et seuls quelques médias y consacrent des enquêtes. Les avancées législatives à la Knesset, qualifiées de « liberticides », pourraient aggraver la situation actuelle.
Le service public s’est émancipé
Emmanuel Halperin se souvient d’une époque où la radiotélévision publique était contrôlée par l’État : « C’était une radio gouvernementale… Mais finalement, on s’est dégagé de cette influence. » Depuis 1965, la radiotélévision israélienne a acquis son indépendance éditoriale.
Remise au pas
Le ministre des Communications, Shlomo Karhi, a proposé une réforme de l’audiovisuel qui aurait pour effet d’accroître le contrôle de l’État sur les médias publics. Ce projet a été contesté pour son potentiel impact sur la liberté de la presse.
Un mépris pour la presse indépendante
Charles Enderlin est préoccupé par le mépris du ministre envers les médias : « Pour lui, la presse libérale ne doit pas exister. Elle doit être sous le contrôle du pouvoir. » Les efforts du gouvernement pour adopter des réformes peuvent cependant être bloqués par le temps restant avant les prochaines élections.
Dans le viseur, en Cisjordanie
Bilal Kiswani, membre du bureau du syndicat des journalistes palestiniens, alerte sur l’intensification des intimidations à l’encontre des journalistes en Cisjordanie, aggravées par les colons et l’armée. « Le journalisme en Palestine est devenu une tâche quasi impossible. »
Atmosphère d’impunité
Andrea Krogman note que « les colons commettent des violences contre les civils palestiniens, contre les journalistes palestiniens, mais aussi contre les médias étrangers. » Charles Enderlin souligne que les journalistes palestiniens sont en grande difficulté face à ces dangers.
« Des journalistes ont peur »
Meron Rapoport confirme que, bien que certains journalistes palestiniens soient tués, la situation en Cisjordanie comporte également son lot d’arrestations administratives sans procès.
Pour le site + 972, Meron Rapoport élabore sur la censure militaire qui pèse sur le travail des journalistes en Israël, expliquant que cela entraîne de l’autocensure.
Une liberté confinée
La situation actuelle est préjudiciable à la démocratie israélienne, et Emmanuel Halperin tempère toutefois l’inquiétude : « Nous sommes en guerre depuis deux ans et demi. Il est difficile de juger la liberté de la presse dans une situation pareille. »
Charles Enderlin conclut sur une note pessimiste, signalant que la presse israélienne est en crise et qu’un processus de démocratisation est en danger si la situation continue ainsi.

