Belgique

Jack Lang : figure française de la politique dans l’affaire Epstein

Jack Lang, 86 ans, propose sa démission après l’ouverture d’une enquête préliminaire le visant, lui et sa fille Caroline, pour suspicion de fraude fiscale aggravée et de blanchiment d’argent. Sa fille Caroline Lang a démissionné de son poste de présidente du Syndicat de la production indépendante (SPI) après la révélation de ses liens avec Jeffrey Epstein.


La pression est devenue trop forte : Jack Lang, 86 ans, vétéran de la politique française, a décidé de présenter sa démission. Le parquet financier français, chargé de la lutte contre la grande délinquance économique, a ouvert une enquête préliminaire à son encontre, ainsi qu’à celle de sa fille Caroline, pour suspicion de fraude fiscale aggravée et de blanchiment d’argent.

### Soupçons de fraude

Les appels à la démission de Jack Lang se sont intensifiés ces derniers jours, suite à la publication le 30 janvier de documents par le département de la Justice américain. Ces documents révèlent que Jack Lang a entretenu une correspondance intermittente avec Jeffrey Epstein entre 2012 et 2019, année où Epstein s’est suicidé en prison.

Aucun chef d’inculpation n’est pour l’heure porté contre Jack Lang, mais sa citation à 673 reprises dans des échanges avec Epstein conduit l’Élysée et Matignon à demander qu’il prenne du recul. Jack Lang devait s’expliquer ce dimanche au ministère des Affaires étrangères, qui supervise l’Institut du monde arabe, une institution culturelle et de recherche dédiée à la compréhension du monde arabe.

L’ancien ministre a fermement nié toute malversation, qualifiant les accusations d’« inexactes » et affirmant qu’il n’était pas au courant du passé criminel d’Epstein, décédé en prison en 2019. Il espère que l’enquête le disculpera : « Les accusations portées contre moi sont sans fondement, et je le démontrerai, au-delà du tumulte médiatique et des tribunaux numériques ».

Lundi, sa fille Caroline Lang, une figure médiatique, a démissionné de son poste de présidente du Syndicat de la production indépendante (SPI) à la suite des révélations concernant ses liens avec Epstein.

### Les années Sciences Po et théâtre

Le parcours de Jack Mathieu Émile Lang débute le 2 septembre 1939 dans une riche famille juive athée à Nancy. Sa famille passe la guerre à Brive-la-Gaillarde en Corrèze et à Bordeaux. Ses études en sciences politiques et en droit le mènent à une carrière académique à Nancy puis à Paris X-Nanterre.

Parallèlement, Lang s’épanouit au théâtre comme comédien et organisateur du Festival de théâtre universitaire de Nancy dans les années 1960 jusqu’en 1973. En 1972, le président Pompidou lui confie la direction du Théâtre national de Chaillot, mais il est révoqué en 1974, se déclarant « victime de sa liberté de parole ».

### Mitterrandolâtre

La carrière politique de Jack Lang, influencée par l’engagement radical franc-maçon de son père, démarre aux côtés du socialiste François Mitterrand, qui remporte la présidentielle de 1981. Sa mission principale est la culture : surnommé « ministre de la Culture à vie », il s’engage dès 1977 au sein du Parti socialiste. Il est également élu au conseil municipal du 3e arrondissement de Paris et milite contre le réaménagement des Halles.

Evincé sous Giscard par le nouveau ministre de la Culture Michel Guy, Lang reçoit le soutien de personnalités telles que Jean-Christophe Averty, Michel Piccoli, Dario Fo et Patrice Chéreau. Il met en scène ses adieux au théâtre, où il apparaît décontracté en compagnie de son nouveau mentor : François Mitterrand.

Lang est finalement propulsé sur le devant de la scène en 1981, lorsque Mitterrand le nomme ministre de la Culture, un poste qu’il occupera pendant une décennie sous tous les gouvernements socialistes.

### Les grands chantiers de la culture

Durant son mandat, Lang transforme son ministère en une « ruche », cherchant à démocratiser la culture en intégrant également les arts « mineurs » comme le rock, le rap et le cirque. Pour la première fois en France, 1 % du budget national est consacré à la culture, permettant la création d’institutions comme le Centre national des arts du cirque et le développement d’aides au cinéma.

Lang est également à l’origine de la Fête de la musique en 1982, qui remporte un franc succès, ainsi que des Journées du patrimoine et de la Fête du cinéma.

### Un créatif en politique

Reconnu pour sa capacité à rassembler des personnalités culturelles autour du socialisme, Lang crée des emplois dans le secteur culturel et établit un lien entre culture et économie. Bien qu’il fasse face à des critiques de démagogie, il est largement soutenu par le public. Son élégance et son éloquence le distinguent, mais derrière cette façade, il est un travailleur acharné et créatif.

### Des rumeurs et des classements sans suite

Le franc-parler de Lang l’a conduit à des déclarations controversées, notamment à qualifier Donald Trump de « président de merde ». Ses détracteurs, souvent d’extrême droite, le visent avec des rumeurs de pédophilie qu’il juge « abjectes », malgré plusieurs affaires classées sans suite.

En 2013, sa nomination à la présidence de l’Institut du monde arabe soulève des controverses concernant sa rémunération et sa gestion. D’autres affaires compromettantes, comme des cadeaux déguisés pour un montant de 195 000 euros, font également surface, mais une enquête préliminaire se termine sans suite.

C’est finalement l’apparition de son nom dans les « Epstein files » qui entraînera sa chute.