Indemnité kilométrique plus élevée : réaction du patron d’AKT for Wallonia.
Le gouvernement fédéral a décidé d’inciter les entreprises à augmenter l’indemnité kilométrique qu’elles octroient aux travailleurs qui utilisent leur voiture pour se rendre au travail. Frédéric Panier, l’administrateur délégué d’AKT for Wallonia, a déclaré que « les caisses sont vides » et qu’il est important de « ne pas dépenser des milliards pour aider tout le monde ».
Pour soutenir les ménages, notamment ceux qui dépendent de leur véhicule pour travailler alors que les prix des carburants continuent d’augmenter, le gouvernement fédéral a décidé d’encourager les entreprises à rehausser l’indemnité kilométrique accordée aux employés utilisant leur voiture pour se rendre au travail. Les entreprises qui ne versent pas cette indemnité, bien que non obligatoire, sont incitées à le faire. Le gouvernement remboursera une partie de cet effort via un crédit d’impôt.
Quelle sera la réaction des entreprises ? Vont-elles augmenter cette indemnité kilométrique comme le propose le gouvernement ? Frédéric Panier, administrateur délégué d’AKT for Wallonia, évite de répondre tout de suite. Il préfère d’abord saluer « la maturité du gouvernement » qui n’opté pas pour une aide généralisée. « Les caisses sont vides. Dépenser des milliards pour aider tout le monde engendrera des dettes et des intérêts plus importants à l’avenir », souligne-t-il. Lorsqu’il est question d’éventuels centimes supplémentaires pour les travailleurs, il répond : « Ça, on verra. »
Cette ambiguïté ne va pas nécessairement rassurer ceux qui misent sur l’indemnité kilométrique. « Comme l’a souligné le gouvernement, il y a déjà un mécanisme d’index qui protège une grande partie des travailleurs », ajoute Panier, en rappelant que les mesures sont « ciblées sur certaines personnes, sur les plus vulnérables ». Toutefois, il précise : « Dire aux gens que, face à un choc d’une telle ampleur, plus grave que tous les chocs pétroliers passés, tout sera gratuit, c’est leur mentir. »
Les entreprises vont-elles augmenter les indemnités kilométriques ? « Les employeurs seront forcément mobilisés, car ils seront affectés par l’index », répond Panier. De plus, il mentionne que cela « se verra dans les négociations salariales et les indemnités mises en place par le gouvernement », tout en soulignant les coûts élevés que supportent actuellement les entreprises en matière de transport et d’énergie.
Les entreprises craignent-elles de ne pas pouvoir récupérer le crédit d’impôt promis par le gouvernement en raison de cet effort supplémentaire de 10 centimes d’indemnité ? Panier précise qu’il est essentiel d’assurer une récupération des fonds. « Des accords seront trouvés si on peut récupérer cet argent », ajoute-t-il. Selon lui, « s’il y a une compensation de l’État pour ces indemnités, il est probable qu’elles soient mises en œuvre. Cela se négociera au niveau des entreprises. »
### Le télétravail, une solution pour réduire les frais de carburant ?
Ces dernières semaines, la question du télétravail est redevenue d’actualité. Faut-il y recourir à nouveau pour diminuer la consommation de carburant lorsque cela est possible ? La Commission européenne commence à favoriser cette approche.
Quelle est l’opinion en Belgique ? « Il faut pouvoir activer le télétravail partout, sans nuire à l’activité économique », répond Frédéric Panier. Il affirme que prendre des mesures pour baisser la demande en carburant est crucial « pour éviter que des prix trop élevés n’affectent l’économie ». Selon lui, cet objectif ne sera pas atteint « si le télétravail est mis en place là où il réduit la capacité ». Néanmoins, il précise que « de nombreuses entreprises appliquent déjà ce modèle ».
### « La priorité, c’est d’investir sur le long terme »
Pour Frédéric Panier, le débat d’aujourd’hui devrait se centrer sur « comment s’assurer que de telles crises ne nous pénalisent plus à l’avenir ». Il soutient que « la priorité n’est pas de réagir de manière impulsive à court terme par des dépenses inconsidérées, mais d’investir sur le long terme ».
Il estime que l’impact de la crise actuelle est « difficile, mais beaucoup moins sévère que ce qu’il aurait été par le passé ». Pourquoi ? « Parce que nous avons déjà investi dans des économies d’énergie et dans les énergies renouvelables », affirme Panier. Il insiste sur la nécessité d’ »investir » pour réduire la dépendance envers les chocs pétroliers, ce qui implique des efforts pour avoir accès à une énergie électrique décarbonée et aider les entreprises à se décarboner. Il conclut que « dans 10, 20 ou 30 ans, nous serons mieux protégés ».
### Collaborations entre Wallons et Flamands
Cette semaine, une mission économique royale a été organisée en Belgique. Pendant deux jours, des chefs d’entreprise wallons et flamands ont visité des entreprises au nord et au sud du pays, établissant ainsi des contacts. Frédéric Panier qualifie cette initiative de « pertinente ». « Des chefs d’entreprise comme Yves Delatte de Sonaca ont trouvé cette mission surprenante, mais finalement très réussie », résume-t-il, soulignant qu’elle a permis de renforcer les liens économiques entre les deux régions.
Un constat a été fait : les entrepreneurs wallons et flamands ne se connaissent pas. « Il est crucial que le Roi mette en contact les entrepreneurs des deux régions », souligne Panier, ajoutant que cela est « un constat frappant sur notre passé ».
Bien que la mission n’ait pas eu pour but de signer des contrats, elle a cependant ouvert la voie à des collaborations entre PME des secteurs agroalimentaires souhaitant unir leurs efforts pour conquérir des parts de marché à l’international. « C’est exactement ce que ce genre de missions permet », commente Panier.
Cette mission a aussi permis aux patrons flamands de découvrir une autre face de la Wallonie. « Les terrains dont la Flandre a besoin se trouvent en Wallonie. Les travailleurs recherchés par la Flandre sont également en Wallonie », rappelle Panier. L’idée selon laquelle la Wallonie ne serait pas une terre d’entrepreneuriat a été mise à mal. « Le patron de VOKA, l’organisation des entreprises flamandes, a clairement exprimé qu’un nouveau souffle entrepreneurial soufflait sur la Wallonie », affirme Panier.
Cependant, il reste des défis à relever, notamment concernant la maîtrise de la langue néerlandaise en Wallonie. « De nombreuses entreprises flamandes peuvent recruter sans barrières linguistiques. Par ailleurs, de nombreux travailleurs français travaillent en Flandre », précise Panier. « Mais il est nécessaire d’améliorer la maîtrise des langues en Wallonie », admet-il en soulignant qu’il s’agit d’une question qui concerne à la fois les travailleurs et les dirigeants. « Mon néerlandais n’est pas parfait », conclut Frédéric Panier.
De cette mission économique royale, l’administrateur d’AKT se dit « fièrement » ressorti pour la Wallonie. « Nous avons brisé des clichés, de nombreux échanges commerciaux existent déjà, et le potentiel est énorme », ajoute-t-il, espérant que cette initiative soit renouvelée.
### Relancer la croissance et privilégier le dialogue social
La Belgique a récemment vu sa note dégradée par plusieurs agences de notation, entraînant des taux d’intérêt plus élevés sur les emprunts de l’État. Frédéric Panier réagit : « C’est pourquoi nous ne pouvons plus nous permettre de jouer avec nos finances publiques. Nous devons être vigilants à cet égard. » Selon lui, deux actions sont nécessaires : assainir les finances et relancer la croissance, car « c’est la meilleure solution pour résoudre nos problèmes en Wallonie et en Belgique. Un pour cent de croissance représente 7 milliards de revenus supplémentaires pour la Belgique chaque année », précise-t-il.
Panier souligne également l’importance du dialogue social entre dirigeants et syndicats. « J’ai un très bon dialogue avec les dirigeants syndicaux wallons », explique-t-il. « Nous ne sommes pas toujours d’accord, mais je fais face à des personnes motivées par l’intérêt général de la région et le développement économique. »
Il admet, cependant, qu’il existe un « véritable défi » à relever au niveau local dans les entreprises. « Parfois, nous devons être en désaccord avec les syndicats, mais dans toutes les entreprises, les syndicats doivent être considérés comme des partenaires. Dans cette dynamique de partenariat, la responsabilité incombe aux deux parties. Le dialogue social est aussi une responsabilité des employeurs », conclut Frédéric Panier.

