Belgique

Garderies scolaires : paierez-vous aussi plus cher ?

La Ligue des familles a recensé au moins 20 villes et communes concernées par ces hausses de tarifs, dont huit de plus de 50.000 habitants comme Namur ou Charleroi. Or, 60% des parents ont recours aux garderies du matin et/ou du soir, selon le baromètre 2024 de l’association.


La Ligue des familles a identifié au moins 20 villes et communes touchées par des augmentations de tarifs, dont huit comptent plus de 50.000 habitants, à l’instar de Namur et Charleroi. Cette liste, qui n’est pas exhaustive, repose sur des témoignages de parents et des mentions dans les médias. De plus, elle ne prend pas en compte la situation dans les établissements du réseau libre.

Selon le baromètre 2024 de l’association, 60 % des parents utilisent des garderies le matin et/ou le soir, et ce taux grimpe à 97 % durant le temps de midi.

« Cela concerne énormément de parents et ils n’ont pas le choix », souligne la directrice Madeleine Guyot. « Ils ont vraiment besoin de cet accueil extrascolaire tant sur le temps de midi qu’avant et après l’école, notamment pour concilier vie professionnelle et vie familiale. »

En outre, ces augmentations pourraient en annoncer d’autres : « On sait que les mesures des différents gouvernements, comme la réforme du chômage, vont peser sur le budget des communes. Notre crainte, c’est que les pouvoirs locaux devront chercher des recettes supplémentaires, et une façon de le faire est d’augmenter le coût pour les citoyens, ici pour les parents. »

Les parents se retrouvent déjà confrontés à d’autres hausses des coûts liés à leurs enfants, en raison des décisions de la Fédération Wallonie-Bruxelles, notamment pour les repas à l’école, les fournitures scolaires, et les frais d’inscription à l’académie.

**Mais au fait, ça coûte combien, à la base, l’accueil extrascolaire ?**

Quel montant les parents doivent-ils débourser à la base ? La réponse n’est pas unique : le budget varie considérablement d’une école à l’autre. « La majorité des parents payent jusqu’à 25 euros par mois par enfant, mais pour 16 % d’entre eux, cela peut atteindre 125 euros », précise Madeleine Guyot. Ces chiffres sont issus d’un sondage, sans vision globale objectivée. La Ligue des familles demande d’ailleurs une publication officielle et régulière de ces coûts pour clarifier la situation.

« Les parents sont vraiment dans l’imprévisibilité, dans une grande insécurité par rapport à ça, parce que les écoles font aussi un peu ce qu’elles veulent selon leur localisation. » Ce constat est valable tant pour les tarifs que pour les horaires de l’accueil avant et après l’école.

Nous avons contacté plusieurs pouvoirs organisateurs pour mieux comprendre les raisons derrière les hausses actuelles. Nous avons également observé une diversité de situations, de politiques, de grilles tarifaires, et de motifs d’augmentation.

**Fin de la gratuité dans certaines écoles**

Dans des villes comme Charleroi et Herstal, la hausse indique en réalité la fin de la gratuité. Ce changement est directement lié à des décisions prises au niveau régional, notamment à la fin du Plan Oxygène, mis en place fin 2021 pour aider une trentaine de communes wallonnes en difficulté financière, qui se termine en 2026. Cela engendre des inquiétudes quant aux défis que les grandes villes pourraient rencontrer.

« Au début de notre mandat, le gouvernement wallon nous a soumis une convention que nous avons dû accepter pour continuer à bénéficier du prêt Oxygène jusqu’à la fin de cette année budgétaire, avec plusieurs exigences », explique Julie Patte, échevine de l’Enseignement à Charleroi.

C’est sur cette base que Charleroi a fixé un tarif de 1,25 euro par jour et 2,5 euros le mercredi, en comparant avec d’autres entités proches. Ce changement a un impact direct sur les familles des 20.000 enfants fréquentant des écoles à Charleroi.

« Notre objectif, c’est de garantir l’égalité des chances entre les enfants, afin que chacun ait accès à des activités éducatives, ce qui était assuré par la gratuité. » La fin de cette gratuité soulève également des craintes de baisse de fréquentation et ainsi de pertes d’emploi pour le personnel de l’extrascolaire, qui compte 800 agents.

« Ces agents, dont certains travaillent depuis des dizaines d’années, ont été formés, et chaque lieu d’accueil dans une école doit développer un projet de vie validé par l’ONE. Ce n’est pas simplement de l’occupationnel, il existe réellement un projet pédagogique pour chaque site. » Pour atténuer les effets sur les familles, l’échevine a mis en place un chèque électronique de 100 euros par famille résidant à Charleroi.

À Herstal, la fin de la gratuité est aussi liée à l’issue du Plan Oxygène. « Nous devons atteindre l’autosuffisance, avec nos réserves et un équilibre budgétaire », déclare le bourgmestre et responsable de l’Enseignement, Frédéric Daerden.

Là, les tarifs s’élèveront à 50 centimes pour la garderie du matin et 50 centimes pour celle du soir, « un tarif relativement bas comparé à d’autres communes. »

« On estime que la recette nette devrait atteindre un peu plus de 100.000 euros. Nous verrons quel sera l’impact sur l’organisation des familles et si cela entraînera une diminution du nombre de garderies », ajoute-t-il. Un soutien sera mis à disposition dans chaque école pour éviter que l’interface informatique ne devienne un obstacle.

« Une solidarité financière vis-à-vis des familles en situation difficile a été exprimée et est envisageable, mais n’est pas encore précisée, car nous ne savons pas encore combien de sollicitations il y aura », conclut le bourgmestre.

**L’accueil extrascolaire s’éloigne de plus en plus de la « garderie »**

L’accueil s’adapte aux contraintes organisationnelles des familles. Cependant, certains pouvoirs organisateurs mettent en place de vrais projets pédagogiques pour ces moments, ce qui peut avoir des répercussions sur le profil du personnel engagé et le budget alloué par chaque commune.

C’est le cas à Charleroi, mais également à Jette en Région bruxelloise.

« La question est de savoir quel projet pédagogique nous voulons mettre en œuvre dans ces lieux d’accueil extrascolaire et quels moyens financiers nous sont alloués pour les organiser. C’est une tension énorme », explique Thomas Naessens, échevin de l’Enseignement.

Il a engagé une réforme qui inclut un refinancement destiné au personnel concerné. « La moitié des équipes commence à 7h30 et finit vers 13h, tandis que l’autre moitié débute à 11h et termine vers 18h. Cela permet de mieux intégrer les accueillants dans le fonctionnement de l’école, d’organiser des activités pédagogiques, et d’être en soutien des enseignants le cas échéant, pour que les moments d’accueil du soir soient un prolongement de l’école, et non un simple service de garde. »

Cette approche rompt avec une logique de « rustine », entraînant un changement dans le statut des travailleurs impliqués. Cela permet aussi de mieux s’adapter à la réforme fédérale du chômage qui touche les travailleurs sous statut ALE, une réforme dont l’impact sera plus marqué dans d’autres écoles.