Belgique

Gabriel Attal partage son expérience pour sa candidature présidentielle.

Gabriel Attal publie son livre « En homme libre » le jeudi 23 avril 2026. Il évoque des épisodes de sa vie personnelle, y compris ses problèmes de couple avec Stéphane Séjourné et les addictions de son père.


Gabriel Attal : sa vie familiale, ses relations, ses difficultés. Alors que l’ancien Premier ministre publie « En homme libre » ce jeudi 23 avril, il multiplie les interventions médiatiques pour promouvoir son livre. À chaque apparition, le dirigeant de Renaissance (le parti créé par Emmanuel Macron en 2016 sous le nom d’En Marche) évoque longuement divers aspects de sa vie personnelle : les addictions de son père au jeu ou à la drogue, le clan qu’il forme avec sa mère et ses sœurs, ou encore sa relation tumultueuse avec Stéphane Séjourné, ex-ministre des Affaires étrangères, aujourd’hui commissaire européen.

La question se pose donc : s’agit-il d’un exhibitionnisme excessif ou d’une transparence nécessaire dans l’ère des réseaux sociaux ? Nos collègues de Franceinfo ont analysé la stratégie de communication de Gabriel Attal, qui envisage une candidature à l’élection présidentielle de 2027.

Avec la publication de son premier livre, Gabriel Attal se conforme à une règle implicite pour tout candidat potentiel à l’Élysée. « Publier un livre, compte tenu de la noblesse que cela représente dans l’imaginaire français, est un instrument pour se présidentialiser », souligne Raphaël Haddad, fondateur de l’agence de communication Mots-Clés, qui analyse sur son compte Instagram les actualités. Un ouvrage de ce type doit généralement comporter une dimension autobiographique. « C’est un passage obligé, car une élection présidentielle est la rencontre entre un homme ou une femme et un pays. Il y a toujours un moment de vérité où le storytelling devient indispensable, car il faut se présenter. Ce que tu es va être l’incarnation de ce que tu proposes », ajoute Ariane Ahmadi, présidente de Kerman Consulting, un cabinet de conseil en communication politique.

Pour la députée Prisca Thevenot, membre d’Ensemble Pour la République (une coalition de partis visant à regrouper la majorité présidentielle d’Emmanuel Macron), cette dimension biographique était essentielle pour l’ancien Premier ministre. « Le retour que j’ai de mes déplacements, c’est que les gens connaissent Gabriel Attal à travers ses fonctions, mais qu’ils ne connaissent pas encore bien sa vie et sa personnalité », estime cette proche du leader de Renaissance. « Il est très médiatique mais les Français ne le connaissent pas bien. Je pense qu’il a raison de dire qui il est, ce qu’il a vécu, ce qu’est sa vie », renchérit un autre de ses soutiens, Pieyre-Alexandre Anglade, député EPR des Français de l’étranger.

Cependant, les révélations de Gabriel Attal sont-elles parfois trop intimes, notamment lorsqu’il parle de ses problèmes de couple avec Stéphane Séjourné sur TF1 ? « C’est un peu pénible », commente une membre du gouvernement qui lui est défavorable. « Chercher la compassion des Français qui rencontrent des difficultés et expliquer que la vie est dure, alors qu’on est issu de la grande bourgeoisie parisienne, c’est un peu indécent et ce n’est pas un programme présidentiel », argumente-t-elle. « Cela ne veut pas dire qu’il n’a pas souffert, mais que sa souffrance est inaudible », ajoute-t-elle. « Ça me rend mal à l’aise. Quand on est candidat, il y a l’exigence non dite de devoir exposer sa situation maritale, mais faut-il aller aussi loin ? », s’interroge également un proche d’Emmanuel Macron. « Avant, on entrait en campagne avec des concepts ».

Raphaël Haddad est plus indulgent : « Gabriel Attal sait que travailler sa présidentiabilité, c’est se dévoiler. Donc, il utilise tous les moyens pour atteindre cet objectif ». « Il a eu une carrière politique fulgurante. Il a besoin de reprendre la main sur son récit personnel », remarque-t-il. « En France, on est un pays qui aime les résilients, ceux qui ont des blessures et qui se relèvent », estime Ariane Ahmadi. Mais cela peut ne pas suffire, selon elle : « Le seul problème, c’est que si ce n’est pas soutenu par une vision politique, cela reste de l’ordre de la presse people. Le fait que son père soit addict ne dit rien de son projet politique ».

Gabriel Attal, à travers sa vie personnelle – notamment son souhait d’avoir un enfant par gestation pour autrui (GPA) – signale cependant son positionnement à gauche de l’échiquier politique sur les questions sociétales. Sa vie devient alors un manifeste politique, presque un slogan de campagne. « Ça ne résume pas un programme, mais ça permet de comprendre des positions politiques. Raconter qui il est permet d’avoir une lecture plus éclairée du projet qu’il a pour le pays », assure Prisca Thevenot. « Il fait bien de se dévoiler un peu pour expliquer ses combats et ses convictions », abonde Pieyre-Alexandre Anglade.

Son passage dans l’émission « C à vous », sur France 5, le 21 avril dernier, illustre ce positionnement. L’ancien Premier ministre déclare : « un torrent d’homophobie se déverse depuis la publication des premiers extraits de mon livre ». « Ça me révolte que cela existe en 2026, même si la France est plus forte et plus tolérante que cela », poursuit-il, promettant de lutter contre ces discriminations. « Nous assumons d’être progressifs sur les enjeux de société », traduit immédiatement en élément de langage politique Prisca Thevenot, ancienne porte-parole du gouvernement. « En dénonçant l’homophobie dont il a été victime, Gabriel Attal essaie de transformer son vécu en cause politique. Le risque est qu’il ne s’adresse qu’à sa communauté sur les réseaux sociaux et à l’audience de ces talk-shows, plutôt CSP+,… Mais ce n’est pas toute la France », relativise Ariane Ahmadi.

Sa tournée de promotion vise cependant un objectif à court terme. « Les chiffres de vente du livre sont un enjeu pour Gabriel Attal », explique une responsable de la communication en milieu politique, en citant le succès du premier livre de Jordan Bardella, président du Rassemblement national. « Son éditeur, comme lui-même, a bien compris que pour vendre, il est préférable de parler de soi plutôt que de développer un large éventail de propositions politiques », poursuit-elle. L’entourage de Gabriel Attal assure que la politique va bientôt reprendre le pas sur sa vie privée, avec l’organisation d’un grand meeting à Paris, le 30 mai prochain, qui sera précédé de déplacements dans d’autres régions de France.

Un article de Daïc Audouit, avec Christelle Méral, publié le 23 avril 2026 pour FranceInfo.