Belgique

Frères musulmans : réaction des services belges à un rapport français critique

En mai 2025, le rapport « Frères musulmans et islamisme politique en France » décrit la Belgique comme un « carrefour européen de la mouvance frériste », « composée de 200 activistes » à l’ »influence démultipliée ». Selon le Comité R, les services de renseignement belges ont informé que « leur analyse ne correspondait pas tout à fait à celle présentée dans le rapport français ».


En mai 2025, le rapport « Frères musulmans et islamisme politique en France » a fait rapidement écho au-delà des frontières françaises. Ce document décrit la Belgique comme un « carrefour européen de la mouvance frériste », comportant « 200 activistes » à l’ »influence démultipliée ».

Il est également mentionné que, selon « certains spécialistes consultés », « au moins cinq communes de l’agglomération bruxelloise présentent les caractéristiques de territoires confisqués, où le contrôle social des islamistes sur la population apparaît presque complet ».

Ces observations, émises depuis la France, ont provoqué un débat politique en Belgique et ont ravivé les préoccupations concernant la surveillance des Frères musulmans par les services de renseignement belges ainsi que l’évaluation de la menace qu’ils pourraient représenter.

Pour clarifier la situation, le Parlement, par l’intermédiaire de sa commission de suivi ad hoc, a mandaté le Comité de contrôle des services de renseignement et de sécurité (Comité R) pour mener une enquête, ou plutôt pour actualiser une première analyse effectuée il y a quatre ans.

Depuis cette évaluation, la Sûreté de l’État (service civil) et le Service général du renseignement et de la sécurité (SGRS, renseignements militaires) ont instauré un suivi commun des Frères musulmans, en accord avec les recommandations d’alors, comme le souligne le Comité R dans son nouveau rapport d’enquête de contrôle diffusé ce mercredi.

Ce suivi partagé concerne également les autres formes d’extrémisme, à travers une stratégie et une plateforme communes de lutte contre l’extrémisme et le terrorisme.

Les services belges ont convenu de définir la Confrérie des Frères musulmans comme « un mouvement islamique politico-social » dont l’objectif à long terme est « d’établir progressivement un système dans lequel la norme religieuse régule tous les aspects de la vie de l’individu, de la société et de l’État ».

À court terme, une note citée par le Comité R évoque plusieurs risques : « diffusion d’une idéologie extrémiste », « atteinte à la cohésion de la société par la promotion de thèses clivantes », mais aussi « dévoiement » du processus démocratique et des finances publiques.

Pour étendre leur influence, les Frères musulmans cherchent notamment à obtenir des financements publics « en se présentant auprès des autorités politiques comme des partenaires fiables et modérés », préviennent les services.

Selon la Sûreté de l’État et le SGRS, une centaine de personnes seraient activement impliquées, depuis la Belgique, dans la diffusion de cette idéologie.

Les services de renseignement estiment que l’idéologie des Frères musulmans « pousse au développement d’un climat de ségrégation et de polarisation » et peut constituer « un vecteur de radicalisation pour certains profils », note le Comité R.

Cependant, la Sûreté et le SGRS affirment que la mouvance « ne pose pas directement de menace en termes d’actions violentes en Belgique ou envers des intérêts belges ». De son côté, l’OCAM (Organe de coordination pour l’analyse de la menace) « n’identifie aucune menace directe susceptible d’entraîner, à court ou à long terme, une augmentation du niveau de la menace ».

Les projections des services indiquent que « les Frères musulmans vont probablement continuer à diffuser leur idéologie, mais de manière limitée au vu de la diminution de leurs ressources financières ».

Les analystes belges se démarquent, à plusieurs égards, du rapport publié un an plus tôt par le ministère français de l’Intérieur. La directrice de la Sûreté de l’État, Francisca Bostyn, avait déjà exprimé ses réserves, au début de 2026, à la RTBF, en contestant l’idée que la Belgique soit un carrefour européen des Frères musulmans.

Ces divergences d’interprétation, ou du moins les nuances importantes, sont mises en avant dans le chapitre de l’enquête du Comité R consacré à « l’évaluation des services de renseignement sur le rapport français ».

Ce chapitre, bien que comportant de nombreux passages classifiés, indique que les services ont signalé que « leur analyse ne correspondait pas tout à fait à celle présentée dans le rapport français ». Ils ne constatent par exemple « aucune indication laissant supposer qu’il existe en Belgique un contrôle des islamistes ».

Le Comité R conclut que l’influence des Frères musulmans en Belgique est perçue comme étant plus limitée que ce que suggère le rapport français.