Belgique

Flambée des prix : l’analyse de Francesco Contino sur le nucléaire

L’incertitude domine actuellement sur les marchés, ce qui tend à faire monter les prix. La Belgique, dont le modèle énergétique repose essentiellement sur les importations de combustibles fossiles, est particulièrement vulnérable aux fluctuations internationales.


C’est l’incertitude qui prévaut actuellement, ce qui a tendance à faire grimper les prix.

Les annonces fluctuantes de plusieurs pays producteurs alimentent cette instabilité. En conséquence, les marchés oscillent entre périodes de calme temporaire et nouvelles augmentations. Contrairement à certaines idées reçues, il ne s’agit pas uniquement d’un problème de pénurie mondiale. L’expert souligne la complexité de la chaîne énergétique : du pétrole brut jusqu’aux produits raffinés tels que le diesel ou le kérosène, les tensions varient selon les segments.

De nombreux secteurs sont touchés, notamment le transport routier, l’aviation, l’agriculture et la pétrochimie, tous subissant les effets de cette hausse. « C’est assez complexe de voir ce lien entre les différents acteurs impactés et les sources de cet impact », précise un professeur de l’UCLouvain.

### Une Belgique particulièrement exposée

Bien que certains acteurs profitent de cette situation, ils se situent principalement en amont, du côté des pays exportateurs de matières premières. En bout de chaîne, le constat est sans appel : « Ceux qui en souffrent le plus, c’est le consommateur final qui n’a pas vraiment de prise sur le problème », déplore Francesco Contino.

La Belgique apparaît particulièrement vulnérable. Son modèle énergétique repose en grande partie sur des importations de combustibles fossiles. « Quand on parle d’énergie en Belgique, il faut vraiment avoir cette image de molécules qu’on importe et qu’on brûle. » Cette réalité est souvent mal comprise, selon le professeur. L’électricité, très présente dans le débat public, ne représente en réalité qu’une part minoritaire de la consommation totale d’énergie : « L’électricité, c’est l’arbre qui cache la forêt. »

Dans les détails, le transport, l’industrie et le chauffage des bâtiments représentent l’essentiel des usages énergétiques. À cela s’ajoute une spécificité belge : une part importante de consommation dite « non énergétique », utilisée notamment dans la pétrochimie. Sans surprise, cette dépendance expose fortement le pays aux fluctuations internationales. « On est totalement dépendant de ce qui se passe hors de nos frontières. »

Malgré tout, certaines évolutions récentes apportent un léger répit, notamment sur les prix de l’électricité. Les prix des contrats fixes sont légèrement à la baisse pour ceux conclus en mai. Selon cet expert en énergie, plusieurs facteurs expliquent cette accalmie : une baisse relative du prix du gaz, une progression des énergies renouvelables, et l’interconnexion avec les pays voisins comme la France qui, par exemple, a fourni ce mardi la moitié de nos besoins. « Nos pays voisins nous aident. Et ça, c’est le mérite de l’interconnexion. »

### Nucléaire : un choix politique avant tout

Un autre sujet majeur est la volonté du gouvernement belge de reprendre le contrôle du parc nucléaire. Une annonce qui a surpris l’expert Francesco Contino : « Oui, ça m’a surpris. Je ne m’y attendais pas à cette annonce-là. »

Pour ce spécialiste des énergies, il est essentiel de repenser le nucléaire. Au-delà des infrastructures, il s’agit avant tout d’un capital humain et technologique. « Le nucléaire, je ne vois pas l’outil, je vois les gens, le savoir-faire qui est derrière. »

L’invité de la Matinale met en garde contre une vision caricaturale des centrales nucléaires vieillissantes : « Comme si on achetait une voiture dont le moteur devait être révisé, sans portière et posée sur quatre parpaings. »

Dans cette optique, la reprise du nucléaire signifie surtout préserver et valoriser ce savoir-faire. Mais cette décision soulève aussi des questions dans un marché de l’énergie censément libéralisé. Pour Francesco Contino, le nucléaire excède les logiques de marché.

« Le nucléaire, c’est une décision politique. Un choix de société. »

Une décision qui doit se concevoir dans le long terme, loin des logiques économiques immédiates. « On ne réactive pas du jour au lendemain comme un interrupteur. » Ce professeur de l’UCLouvain avance : « Le marché est myope. Les installations nucléaires demandent une vision très long terme. »

### Pas de solution miracle

L’expert se veut cependant prudent : le nucléaire ne constitue pas une solution unique à la crise énergétique : « Ce n’est pas un game changer. Ce n’est pas quelque chose qui va être une solution magique. »

Bien qu’il puisse contribuer à sécuriser l’approvisionnement, l’investissement dans le nucléaire ne doit pas se faire au détriment des énergies renouvelables. « Ça peut aider, clairement. Mais ça ne justifie pas qu’on désinvestisse le renouvelable. »

Enfin, toute relance ou prolongation du nucléaire pose, selon l’invité, des défis majeurs, notamment en termes de coûts, de délais et de compétences. « On ne réactive pas du jour au lendemain… C’est vraiment une décision de long terme. »

Entre les incertitudes des marchés et les choix déterminants pour l’avenir énergétique, le message de Francesco Contino est clair : aucune solution simple ne se dessine, mais une chose est certaine, l’énergie restera au cœur des préoccupations belges pour longtemps.