Belgique

Énergie nucléaire : quels pays de l’UE relancent ou abandonnent ?

En janvier 2003, le gouvernement belge « Arc-en-ciel » a acté l’abandon de l’énergie nucléaire pour le pays. Le 15 mai 2025, la Belgique a décidé d’abroger la loi de 2003, supprimant ainsi la sortie du nucléaire de son calendrier.


En janvier 2003, le gouvernement belge « Arc-en-ciel », composé de libéraux, socialistes et écologistes, a décidé d’abandonner l’énergie nucléaire dans le pays. Moins de 25 ans après, cette décision a été annulée par un vote des députés.

Le 15 mai 2025, la Belgique a choisi d’abroger la loi de 2003, abolissant ainsi sa sortie du nucléaire. Le pays a également décidé de permettre la construction de nouvelles centrales nucléaires sur son territoire. Peu de députés ont contesté cette décision un an auparavant ; seuls les membres d’Ecolo-Groen ont voté contre, tandis que le PS et le PTB se sont abstenus.

Pour la coalition Arizona, cela représente un changement de cap fondamental. L’alliance au pouvoir soutient que cette source d’énergie est cruciale pour garantir la sécurité d’approvisionnement et réussir la transition climatique.

**Une question qui traverse presque tous les pays de l’UE**

Dans d’autres États membres de l’Union Européenne, plusieurs envisagent également de rompre avec des décennies d’opposition à l’énergie nucléaire. C’est le cas de l’Italie, qui avait abandonné le nucléaire il y a 40 ans suite à l’accident de Tchernobyl. Le nouveau gouvernement italien a déclaré être prêt à réintroduire cette source d’énergie. En juin 2024, le ministre italien de l’énergie a affirmé au journal Le Monde : « Nous ne pouvons pas faire à l’avenir sans une part de nucléaire dans notre production d’énergie ».

En 2026, les premiers ministres grec et irlandais ont ouvert le débat sur une éventuelle adoption du nucléaire, malgré une forte opposition historique dans ces deux pays. Dans toute l’Europe, des gouvernements révisent également leur position, alors que plus de la moitié de l’approvisionnement énergétique de l’UE provient encore d’importations.

Les pays opposés à l’énergie nucléaire restent minoritaires. Henri Marenne, PDG de l’Association Citoyenne Participative 100TWh, estime que l’opposition se concentre principalement dans les nations germanophones, notamment le Luxembourg et l’Autriche.

L’Allemagne maintient une position critique concernant le nucléaire et le chancelier Friedrich Merz a qualifié, en mars 2026, la sortie du nucléaire comme irréversible. Cependant, il a, début 2025, reconnu que cette décision était une « grave erreur stratégique ».

**La Belgique sur le point de nationaliser ses activités comme l’ont fait d’autres pays de l’UE**

Le 30 avril 2026, l’État belge a annoncé l’ouverture de négociations avec Engie pour acquérir les activités nucléaires du groupe. Cette décision résulte de visions divergentes entre l’entreprise et le gouvernement belge. Engie vise à se concentrer sur les énergies renouvelables, tandis que la coalition au pouvoir souhaite développer le nucléaire.

Au sein de l’Union Européenne, la gestion des activités nucléaires est assurée par divers acteurs, qu’ils soient privés, nationaux ou mixtes. Dans certains pays, comme la France, les activités nucléaires sont entièrement sous le contrôle d’entreprises publiques. D’autres, comme la Hongrie et la Bulgarie, gèrent également leurs activités nucléaires par le biais de sociétés d’État. La Belgique et la Slovaquie optent pour une gestion partagée avec des entreprises privées, dont une partie est souvent détenue par l’État.

L’Espagne se distingue par un modèle entièrement privé pour ses activités nucléaires.

**Les conflits récents à l’origine d’un regain d’intérêt pour le nucléaire dans l’UE**

Les récents conflits au Moyen-Orient et la guerre en Ukraine ont transformé l’énergie en « arme politique », selon le conseil européen. La guerre de la Russie contre l’Ukraine a eu « un effet dévastateur sur les marchés de l’énergie », entraînant des crises énergétiques. L’UE, dépendante des importations d’énergies fossiles, a vu ses factures atteindre des niveaux records ces dernières années.

Adel El Gammal, professeur de géopolitique de l’énergie à l’ULB, a déclaré que « tant que nous aurons ce niveau d’importation, nous serons totalement vulnérables à la volatilité des marchés et aux crises géopolitiques ».

Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a affirmé lors d’un sommet sur l’énergie nucléaire en mars 2026 que « l’Europe a fait une erreur stratégique en tournant le dos à une source d’énergie fiable, économique et peu émettrice ». Elle a également souligné la vulnérabilité de l’Europe face aux énergies fossiles.

Ce contexte a également poussé le gouvernement belge à reprendre en main le dossier nucléaire. Le ministre fédéral de l’Énergie, Mathieu Bihet, a précisé que les négociations pour l’acquisition des activités nucléaires d’Engie visent à « renforcer l’autonomie stratégique et la souveraineté de la Belgique ».

**Le nucléaire, seule option de l’UE pour ne plus dépendre des importations ?**

L’UE doit sortir de sa dépendance aux énergies fossiles, un consensus parmi les experts. Adel El Gammal affirme qu’il est essentiel de « transitionner le plus rapidement possible vers des énergies locales ». Pour lui, le renouvelable doit rester la priorité, avec le nucléaire « dans une certaine mesure ».

Francesco Contino, professeur à l’École Polytechnique de l’UCLouvain, partage ce point de vue, affirmant que le nucléaire peut sécuriser l’approvisionnement énergétique à condition de ne pas nuire aux investissements dans les énergies renouvelables.

**Un appel à la sobriété et à la suffisance énergétique**

Adel El Gammal soutient que « la suffisance énergétique »—capacité d’un pays à satisfaire ses besoins en énergie grâce à ses ressources propres—doit devenir un pilier des politiques publiques, au même titre que la transition vers des énergies décarbonées. Reste à voir comment concrétiser ce virage qui n’est pas toujours unanime, notamment parmi la population et les élus.

**Les clés : la nationalisation des centrales nucléaires (19 mai 2026)**