Belgique

« En Belgique, le désir de parentalité en baisse, selon l’ONE »

Le nombre de naissances en Belgique est de 108.150 en 2024, ce qui représente une diminution de 1,9% par rapport à 2023, et constitue le niveau le plus bas observé depuis 1942. Par ailleurs, 21% des adolescents se disent aller mal ou très mal, avec 25% d’entre eux exprimant des problèmes liés à l’école.

Le nombre de naissances au plus bas depuis 1942

Les jeunes souhaitent-ils avoir des enfants ? Les résultats de la consultation publique « Parlons Enfance », menée par l’Office de la Naissance et de l’Enfance (ONE), indiquent que ce n’est pas le cas pour tous. À la question « Est-ce que tu penses avoir des enfants plus tard ?« , 60% des adolescents âgés de 13 à 18 ans répondent « oui », tandis que 21% déclarent « non ». Cette refus concerne 15% des garçons et 23% des filles.

Selon l’ONE, ces résultats « sont cohérents avec d’autres études montrant une diminution de l’intention de parentalité« .

Les démographes constatent par ailleurs une chute de la natalité dans le monde, y compris en Belgique. « Avec 108.150 naissances en 2024« , note l’institut belge de statistiques Statbel, « la Belgique poursuit sa tendance à la baisse, affichant une diminution de 1,9% par rapport à 2023 (110.198 naissances). Ce chiffre est le plus bas enregistré depuis 1942, confirmant une tendance amorcée après le pic de 2010. »

« J’ai peur de ce monde, je ne veux pas faire subir ça à mes futurs enfants »

Les témoignages rassemblés par l’ONE illustrent les nombreux chiffres de l’enquête et clarifient les raisons pour lesquelles certains jeunes choisissent de ne pas avoir d’enfants. « J’ai peur de ce monde, je ne veux pas faire subir [ça à] mes futurs enfants« , confie l’un d’eux. « Je ne veux pas que mon enfant grandisse dans un monde pourri comme il est actuellement« , ajoute un autre adolescent. Cette crainte que l’avenir soit pire que le présent est la motivation principale de ceux qui envisagent de ne pas devenir parents.

En outre, les témoignages révèlent une autre raison : la charge mentale qu’implique le fait d’élever un enfant. « Un signal faible« , selon l’ONE, « mais un véritable signal qui renforce le caractère systémique de la question du bien-être, entraînant la baisse de la natalité. » Une adolescente résume cette inquiétude en déclarant : « Je veux me concentrer sur moi-même et j’ai déjà du mal à m’occuper de moi. Je ferais une mère horrible. »

21% des ados vont mal, voire très mal

Un peu plus de 700 adolescents ont participé à cette consultation publique, ce qui constitue un échantillon statistiquement restreint. Néanmoins, certains chiffres sont révélateurs. Bien que la moitié des jeunes se sentent « bien » ou « très bien », l’ONE souligne que « 21% affirment aller mal ou très mal (15% des garçons et 23% des filles)« .

Quel est le principal facteur de ce mal-être ? L’école, selon les répondants, loin devant les problèmes familiaux. « Les problèmes liés à l’école sont évoqués par 25% des adolescents« , précise l’ONE, « tandis que les problèmes familiaux ne concernent que 11%« .

Des rythmes trop soutenus et inadaptés

L’analyse des verbatims met en lumière quatre dimensions qui structurent ce « mal-être » scolaire.

1. La pression de la performance ou « le stress des notes ». C’est l’élément le plus souvent évoqué. Le mal-être est lié à la peur de l’échec et à l’idée que l’avenir dépend des notes. Certains jeunes ressentent une anxiété permanente face aux évaluations.

2. L’épuisement et les rythmes inadaptés. Les adolescents signalent un décalage entre leurs besoins biologiques et les attentes de l’institution. Le cumul des heures de cours, des devoirs et des trajets est perçu comme insoutenable. Le manque de temps « pour être soi » est une réalité : l’école « accapare » tout l’espace mental, ne laissant pas de place pour le repos ou les loisirs.

3. Le harcèlement, la violence et le climat social. L’école représente également un lieu d’insécurité relationnelle qui exacerbe le mal-être. Les adolescents soulignent l’impuissance des adultes face à un cadre scolaire qui ne protège pas assez contre les violences entre pairs.

4. La perte de sens et l’inadaptation du cadre. Selon les jeunes, l’école semble déconnectée de leur réalité, étant trop rigide, trop verticale et insuffisamment orientée vers l’épanouissement personnel.

Une présence humaine et protectrice

L’ONE souligne deux citations révélatrices : « Le harcèlement détruit tout, on a la boule au ventre avant de franchir la grille et personne ne semble voir à quel point c’est violent« . Une autre jeune ajoute : « On nous demande d’apprendre par cœur des choses inutiles alors qu’on est stressés par un monde en mutation. L’école ne nous apprend pas à aller bien. »

En conclusion, l’ONE note que « le harcèlement et, plus globalement, la violence à l’école, apparaissent comme la source principale du mal-être des jeunes. Les 13-18 ans ne souhaitent plus seulement être sensibilisés, ils demandent avant tout une présence humaine, formée, accessible et protectrice« .

Une réponse politique transversale

Pour Solayman Laqdim, délégué général aux droits de l’Enfant, « il est essentiel de transformer cette parole en actions concrètes. La réponse doit être interinstitutionnelle, dépassant les seules compétences de l’ONE. Nous avons le système éducatif le plus inégalitaire parmi les pays de l’OCDE, avec 100 000 élèves en décrochage scolaire. À une époque où la logique commerciale s’impose, il est crucial d’investir dans la petite enfance« .

Même constat chez Déborah Dewulf, administratrice générale de l’ONE : « Les résultats de cette consultation révèlent l’urgence d’un service public fort et efficace au moment où des coupes budgétaires drastiques sont annoncées. Le rôle de l’ONE, qui s’étend aux enfants de 0 à 18 ans, est d’une importance cruciale« .

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