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Donald Trump en Chine pour rencontrer Xi Jinping : gagnant-gagnant ou perdant-perdant ?

La Chine contrôle 70% de la production et 90% du raffinage mondial des terres rares. Les États-Unis ont sanctionné trois sociétés chinoises qu’ils accusent d’avoir fourni à l’Iran des images satellites pour cibler les forces américaines au Moyen-Orient.


Et l’Iran sera également au cœur des discussions. La Chine subit les conséquences du blocage du détroit d’Ormuz, étant le principal acheteur du pétrole et du gaz iranien. Cependant, depuis le début de la guerre, Pékin a gardé une posture discrète et, officiellement, est resté très en retrait. Néanmoins, Donald Trump ne manquera pas d’exercer une pression sur Xi Jinping. Le président américain a déjà insinué que la Chine assistait l’Iran dans la reconstitution de ses stocks d’armement.

Avant de débuter les négociations, les États-Unis ont récemment sanctionné trois entreprises chinoises qu’ils accusent d’avoir fourni à l’Iran des images satellites pour cibler les forces américaines au Moyen-Orient. Le message est clair : les États-Unis souhaitent démontrer à la Chine qu’ils disposent des capacités techniques pour détecter les aides et la coopération entre la Chine et l’Iran.

### Un mot d’ordre : la désescalade commerciale

L’Iran n’est pas le seul sujet, la rencontre vise également à apaiser les tensions commerciales entre les deux superpuissances. Après la guerre commerciale initiée par Donald Trump l’année précédente et le bras de fer concernant les droits de douane réciproques, la Chine et les États-Unis ont établi une trêve temporaire depuis octobre, qu’ils pourraient élargir lors de cette rencontre.

Cependant, Donald Trump n’arrive pas en position de force. Ses « tariffs » ont été annulés aux États-Unis par la Cour suprême, notamment, rendant son levier tarifaire, pilier de sa stratégie contre la Chine, juridiquement précaire. Il devra donc négocier sans menacer.

Au centre des enjeux se trouvent les terres rares, dont la Chine détient presque le monopole. Elle contrôle 70% de la production et 90% du raffinage mondial. Xi Jinping est conscient que les Américains recherchent un accès régulier à ces minerais stratégiques, vitaux pour le secteur militaire.

Xi Jinping pourrait négocier cet accès aux terres rares en échange d’une déclaration de Donald Trump relative à Taïwan.

### Une position américaine sur Taiwans favorable à la Chine

Il est bien connu que Donald Trump est attiré par les hommes forts. Il pourrait multiplier les gestes amicaux à l’égard de son homologue chinois. Xi Jinping constate que Donald Trump est embourbé dans le conflit au Moyen-Orient et que le président américain est affaibli aux États-Unis à l’approche des élections de mi-mandat.

Ainsi, la Chine pourrait tenter d’obtenir une déclaration de Donald Trump concernant Taïwan. Cela pourrait inclure au minimum une « opposition déclarée » à toute aspiration d’indépendance de Taïwan, ou même une mention favorable à une « réunification pacifique », c’est-à-dire la reconquête de Taïwan par la Chine.

La question est de savoir si Donald Trump va atténuer la ligne du « statu quo » concernant Taïwan, ce qui signifierait pas de déclaration d’indépendance taïwanaise et pas d’invasion militaire chinoise, tout en soutenant une position américaine sur Taïwan en faveur de Pékin.

Jusqu’à présent, la technologie taïwanaise et ses semi-conducteurs, essentiels à l’industrie de l’IA et de la défense, ont empêché Donald Trump de lâcher Taïwan.

### « N’interromps jamais ton ennemi quand il commet une erreur »

Les deux dirigeants annoncent déjà un dialogue « très positif » et une « relation excellente ». Pékin mesure ses critiques à l’encontre de Washington et ne déclare pas ouvertement son soutien à l’Iran depuis le début de la guerre. « N’interromps jamais ton ennemi quand il commet une erreur ». Voilà une maxime qui semble convenir à Xi Jinping alors que le président américain est en train de sombrer dans le détroit d’Ormuz.

Donald Trump, de son côté, affirme qu’il va « retrouver son grand ami » et que le président chinois lui offrira « a nice big hug ». Cependant, on peut se demander si Xi Jinping ne réserve pas ses chaleureuses accolades uniquement à Vladimir Poutine. Certains analysent plutôt cette situation comme une nouvelle guerre froide entre la Chine et les États-Unis.