« Des élus du PTB quittent le mouvement sectaire, absence de débat et exploitation »
Rachida Ait Alouha, Jori Dupont, Youssef Hendichi, Rudi Kennes, Yassine El Mahjoubi, Soulaimane El Mokadem et Giacomo Bellavia ont quitté le parti dans les 24 derniers mois, et près de 25 départs ont été identifiés depuis 2018. Benjamin Pestieau, secrétaire général adjoint du PTB, a déclaré : « Quand vous voyez certains de nos élus qui sont d’anciens délégués syndicaux, qui ont mené des grèves chez Ford Genk, ou tenu tête à des directions et menés des combats difficiles, je peux vous dire qu’il y a du débat chez nous et que c’est souvent animé ».
Rachida Ait Alouha, Jori Dupont, Youssef Hendichi, Rudi Kennes, Yassine El Mahjoubi, Soulaimane El Mokadem et Giacomo Bellavia. Ces six élus ont quitté le parti au cours des 24 derniers mois. Bien que cela puisse sembler faible, cela représente une situation préoccupante. En contactant ces ex-membres, il s’avère qu’ils ne sont pas les seuls. En tout, près de 25 départs ont été recensés depuis 2018. Parmi eux, figurent des élus communaux, tels que les Bruxellois Zahour Loulaji, Abdelmajid Tahiri et Saïd Talb, partis en 2019, ainsi que des élus régionaux et des assistants parlementaires.
Nous avons tenté de joindre ces 25 démissionnaires. Certains n’ont pas répondu, et moins encore ont accepté de donner une interview, mais ceux qui ont partagé leurs expériences formulent souvent des critiques analogues à l’encontre du PTB.
Un pouvoir centralisé et une absence de débat
Le conseiller communal de Saint-Nicolas, Giacomo Bellavia, a exprimé : « L’implication des militants semble limitée et la parole de terrain est reléguée au second plan. » Ce message reflète son raisonnement pour quitter le PTB. D’autres ont rapporté des expériences semblables, comme un élu qui témoigne : « Quand j’ai fait remonter des problèmes du terrain, on m’a dit que les ouvriers n’allaient pas décider. » Rachida Ait Alouha, ancienne parlementaire wallonne, résume : « Si vous ameniez un dossier, un combat, mais qu’il n’était pas considéré comme primordial par le parti, vous pouviez oublier. » Youssef Handichi confirme : « Tout vient d’en haut et on se tait. On ne décide rien. »
Une autre source illustre la situation par analogie : « Le PTB dit fièrement qu’il écoute sa base. On peut voir cela comme un ascenseur. Un problème part de la base, remonte dans le parti et une prise de position redescend pour être défendue dans les parlements et conseils communaux. C’est faux. Rien ne remonte et c’est un ascenseur à sens unique, tout vient d’en haut, l’ascenseur ne fait que descendre. » Ce constat souligne la carence de débats internes, le parti étant jugé comme prenant toutes les décisions de manière autonome.
Une secte qui surveille la vie privée…
Parmi les démissionnaires figure Élodie Caussin, qui a quitté le PTB en 2024. Elle se dit épuisée, déclarant : « On nous dit ce que vous devez penser, dire, faire et voter. » Élodie confirme l’absence de débat interne au PTB et indique que le contrôle va jusqu’à surveiller la vie privée, en se basant sur des coachs. « C’est quelqu’un qui vous forme, vous accompagne dans votre parcours au PTB, mais il s’assure que vous ne quittez jamais la ligne au quotidien, » explique-t-elle.
« Il surveille vos réseaux sociaux et si vous exprimez un avis qui s’éloigne de l’idéologie, il vous recadre et finalement, vous dites ce qu’on vous dit de dire. C’est vraiment un gendarme de la pensée. » Elle ajoute que ces coachs n’encadrent pas tous les membres, mais ciblent principalement ceux qui sont en position de responsabilité.
Une autre source appuie ces déclarations : « Le coach doit être proche de vous, il doit tout savoir de vous. Si vous avez un décès dans la famille et que vous héritez ou que vous recevez une donation, il doit le savoir, car chez les cadres du parti, on pousse à faire don des héritages aux ASBL liées au PTB. Certains ont même légué des maisons de vacances. »
…et qui pousse à l’isolement
Le compagnon d’Élodie, Nicolas, a également quitté le PTB. Il le qualifie de secte, tout en expliquant : « Il y a vraiment une intrusion dans la vie privée. » Selon lui, cela a affecté sa capacité à penser de manière autonome : « Il m’a fallu longtemps avant que je ne me demande plus si c’est autorisé. » Il compare les méthodes du PTB à la gestion de certaines entreprises qu’il critique. « C’est capitaliste. Vous devez être disponible 24h/24 et ils demandent toujours plus. En fait, vous n’avez plus de vie privée, » résume-t-il.
Les assistants parlementaires, en plus de leurs tâches quotidiennes, doivent s’impliquer dans le militantisme et participer aux événements. Cela contribue à un sentiment d’isolement volontaire. Une source témoigne : « En fait, vous vivez PTB, vous fréquentez uniquement des gens du PTB. Le but, c’est de vous maintenir dans l’idéologie. »
Youssef Handichi partage ce sentiment après avoir quitté le PTB : « Je me sens enfin libre, serein. Je me demande comment j’ai pu accepter de telles intrusions dans ma vie privée. » Il précise que le contrôle s’étend à des choix quotidiens : « Ça allait jusqu’à comment faire mes courses… Je devais fournir des relevés bancaires. »
Le contrôle s’étend également aux relations personnelles, comme en témoigne un incident impliquant un ami : « Quand un ami est devenu entrepreneur, j’ai été rappelé à l’ordre avec une bonne lecture de morale révolutionnaire. »
« C’est un sketch » répond le PTB
En réponse à ces critiques, le PTB a choisi de riposter. C’est Benjamin Pestieau, le secrétaire général adjoint, qui a défendu le parti : « Quand vous voyez certains de nos élus anciens délégués syndicaux, qui ont mené des grèves, je peux vous dire qu’il y a du débat chez nous. » Il insiste sur l’importance de la base du parti pour faire remonter les problèmes et n’adhère pas à l’idée d’une hiérarchie rigide.
Concernant les accusations de contrôle et d’isolement, Pestieau a rétorqué : « Nous encourageons à avoir une vie sociale, artistique et sportive. » Sur ce point, il affirme que le parti encourage également des échanges d’idées avec d’autres courants.
Une doctrine révolutionnaire
Des élus comme Jori Dupont ont critiqué l’attitude politique du parti. Selon lui, au PTB, le parlement est principalement un moyen de dénoncer. « Gouverner serait une compromission, » affirme-t-il. L’ancien député justifie le refus du PTB de participer aux gouvernements en le considérant comme un outil bourgeois.
Ce point de vue est partagé par plusieurs intervenants. Une source souligne que « ce qui les intéresse, c’est infiltrer les usines, avoir le contrôle de la rue. » Selon Nicolas, un nouveau membre serait persuadé que changer la société par les urnes est inefficace, prônant plutôt une approche révolutionnaire.
Youssef Handichi, ancien député, va dans le même sens. « Le pouvoir est aux ouvriers, pas dans le parlement bourgeois, » dit-il. L’activité parlementaire n’est qu’un vecteur pour faire connaître le message et préparer une révolution.
En réponse à ces allégations, le PTB rappelle ses participations aux majorités communales et nuance sa vision d’un parti révolutionnaire, soulignant que les avancées sociales sont souvent le résultat de mouvements collectifs.
Une contre-communication organisée ?
Récemment, les réseaux sociaux ont été le théâtre d’échanges tendus entre élus du PTB et ceux qui ont quitté le parti. Uniquement d’un côté, les soutiens au PTB, de l’autre, ceux qui légitiment leur démission. Une source commente : « Tout est calculé, ils sortent tous d’un coup pour montrer l’unité. »
Pour étayer son analyse, la source souligne des éléments communs dans les messages de solidarité, tous évoquant leur expérience au PTB et la loyauté à une cause qui ne les a pas déçus. Des passages relatifs à l’écoute et la liberté d’expression sont cités comme des réponses aux critiques.
Le PTB a été interrogé sur ces allégations et a affirmé qu’il ne s’agissait pas d’une opération de communication, mais d’une réponse spontanée des membres choqués par des critiques qui ne reflètent pas leur expérience au sein du parti.

