Bruxelles : un Allemand interpelle sur l’usage du smartphone avec des affiches
Mattéo, la vingtaine, s’arrête quelques instants devant des affichettes collées près d’un poteau électrique. Benno Flügel, un militant allemand, a collé ces affichettes ces derniers jours pour sensibiliser aux usages excessifs des écrans, en particulier ceux des téléphones intelligents.
« C’est écrit quoi ? ‘Moins de stories, plus d’histoires. Moins d’Insta, plus d’instant’. Sympa le jeu de mots. Oui, j’aime bien. ‘Moins de vues, plus de vécu’. Moi je suis totalement d’accord avec ces phrases ». Mattéo, la vingtaine, s’arrête quelques instants devant des affichettes collées près d’un poteau électrique.
Interpellé, sur son propre rapport à son téléphone, Matteo complète : « Oui, je passe beaucoup de temps sur mon smartphone. Mais je mets en place des stratégies pour tenter de le réduire. Typiquement, je désinstalle Instagram au moins une fois par mois, pendant une semaine ou deux. Et, comme ça, je sais que je ne vais pas y aller. Ou alors, je me force, quand je suis en concert ou quand je vis un chouette moment, à ne pas prendre de photos pour essayer de me dire que, plus tard, je m’en souviendrai dans ma tête ».
« Moins de vues, plus de vécu »
Ces affichettes ont été collées ces derniers jours par un Allemand, Benno Flügel, comme nous l’indiquent nos confrères de Bruzz. Après Berlin, Paris et Londres, c’est dans les rues de la Capitale que cet artiste et militant poursuit des campagnes d’affichage du Radical Anti Smartphone Front (RASF), un collectif qu’il a cofondé il y a dix ans. Ce mouvement vise à sensibiliser aux usages excessifs des écrans, surtout ceux des téléphones intelligents.
« Nous avons fondé ce mouvement car nous constations que beaucoup de gens étaient distraits et mettaient en scène leur vie sur les réseaux sociaux. À nos yeux, la société se dégradait« , explique-t-il.
Économiste de formation, Benno Flügel a quitté son travail à Berlin pour s’investir dans cette initiative, qu’il finance en grande partie lui-même, notamment pour ses déplacements et son logement, ainsi que l’impression des affiches.
On voit parfois des gens qui regardent nos affichettes. Ils les prennent en photos, puis s’éloignent. Et, quelques minutes après, ils se rendent compte qu’ils ont fait juste ce qu’on dénonce.
Une campagne qui veut faire réfléchir
La campagne adopte un ton détendu. « On a préféré choisir l’humour avec des slogans qui accrochent pour tenter de faire passer notre message, qui est que chacun puisse s’interroger sur son rapport à son téléphone ».
Benno précise qu’il n’est pas contre l’utilisation du smartphone. « Mais contre son usage excessif. On voit parfois des gens qui regardent nos affichettes. Ils les prennent en photos, puis s’éloignent. Et, quelques minutes, après, ils se rendent compte qu’ils ont fait juste ce qu’on dénonce. C’est une bonne manière aussi de pouvoir engager le dialogue avec les passants ».
Le mouvement RASF appelle notamment à une meilleure régulation des géants du web et des entreprises qui produisent toutes ces applications en ligne, et que les dirigeants du monde se saisissent du dossier. « Ce que nous voudrions, c’est que les entreprises technologiques soient mieux réglementées. C’est primordial. Elles savent que leurs applications créent une dépendance et elles savent aussi pourquoi. Elles disposent des données et des preuves, on en est convaincu, et nous exigeons qu’elles adaptent immédiatement leurs applications, voir qu’on en interdise« .
Il a lui-même un smartphone
Et quand on demande à Benno Flügel s’il arrive lui-même à vivre aujourd’hui sans smartphone ? « Avant, j’avais un vieux Nokia. Mais aujourd’hui, pour acheter des billets d’avion, de concerts ou autre, il faut presque obligatoirement un smartphone. On a souvent besoin d’applications aussi pour accéder aux services publics. De manière plus personnelle, mes amis avaient un peu de mal à m’inviter à des anniversaires parce que tout ou presque passe aujourd’hui par internet. Voilà pourquoi j’ai décidé d’acheter moi-même un smartphone. C’était il y a un an. Mais je tente de l’utiliser au minimum. Nous devrions tous essayer d’employer cet outil comme un avantage qui nous permet de gagner du temps, et non comme un jouet qui nous en fait perdre », conclut-il.

