Belgique

Boualem Sansal élu à l’Académie royale de littérature française de Belgique.

Boualem Sansal a été emprisonné presque un an en Algérie pour avoir contesté les frontières du pays avec le Maroc et a été gracié par le président algérien un mois après son élection à l’Académie royale de langue et de littérature française de Belgique le 11 octobre 2025. Le 26 janvier 2026, il recevra la médaille de la ville de Strasbourg, bien que son élection ne soit pas remise en cause malgré le malaise ressenti au sein de l’Académie.


Il a passé près d’un an dans les prisons algériennes, condamné notamment pour avoir remis en question les frontières entre l’Algérie et le Maroc. L’emprisonnement de Boualem Sansal a suscité une forte vague de soutien au sein du monde politique et littéraire. Le 11 octobre 2025, il est élu à l’Académie royale de langue et de littérature française de Belgique (ARLLFB). Un mois plus tard, il reçoit une grâce du président algérien et fait son retour en France.

Ce samedi 25 avril, l’auteur du *Serment des barbares* sera officiellement accueilli par l’institution belge. Cependant, la cérémonie génère déjà un certain malaise. Boualem Sansal apparaît de plus en plus dans des médias d’extrême droite en France, défendant la théorie du grand remplacement et accusant la Belgique, prétendant que « les islamistes ont conquis des territoires à Bruxelles ». Son arrivée chez l’éditeur Grasset, propriété du milliardaire Vincent Bolloré, a été mentionnée comme l’une des raisons possibles du départ de son éditeur historique, Oliver Nora. Danielle Bajomée, membre de l’Académie, a déjà annoncé sur les réseaux sociaux qu’elle ne participera pas à la cérémonie, « par cohérence idéologique ».

### L’Académie défend un choix purement littéraire

« Nous le connaissons depuis longtemps, il a reçu plusieurs de nos prix », rappelle Yves Namur. « En décembre 2024, Michel Del Castillo, un de nos membres, décède. Parmi d’autres noms, celui de Boualem Sansal apparaît. Dans les chambres secrètes de l’Académie, pendant plusieurs mois, on lit, on choisit. Finalement, ce nom est retenu, et de manière très honorable, par presque l’entièreté des membres présents. »

Un choix fait avant les controverses, qui repose, selon le secrétaire perpétuel, « sur ce qu’il a écrit. Nous nous sommes intéressés à la littérature, pas à dire si c’est quelqu’un d’extrême droite ». Yves Namur critique les « médias qui se servent du sensationnel » et les réseaux sociaux, « je refuse cette poubelle qu’est Facebook », car pour lui, « certainement qu’il a des comportements, des amis, etc. Mais quelle est la part de réelle de tout cela ? »

### L’élection de Boualem Sansal n’est pas remise en cause, malgré un sentiment de malaise dans l’Académie

Yves Namur admet que la situation est délicate pour l’Académie : « Il faut le dire, ça nous met mal à l’aise, ça peut nous troubler, et on essaie parfois de faire le pour et le contre. » Bien que certaines voix s’élèvent dans l’institution, la question de contester l’élection de Boualem Sansal ne se pose pas, précise-t-il : « C’est une impossibilité de toute façon, dans la mesure où lorsqu’on est membre, c’est jusqu’à ce que mort s’ensuive. »

Le secrétaire perpétuel indique qu’il y a « deux ou trois voix qui peuvent s’être mobilisées, qu’on n’a plus vues depuis dix ans parfois » dans l’Académie, ce qui pourrait annoncer une cérémonie plus politique que jamais.

► **Écoutez l’intégralité de cette interview dans le podcast *Le Monde en direct* ci-dessus.**