Belgique

Belgique à +3 °C : comment adapter notre agriculture au réchauffement climatique ?

En Belgique, l’agriculture couvre 44% du territoire et il reste près de 35.000 exploitations, dont 12.000 en Wallonie. Xavier Fettweis, climatologue à l’ULiège, prévient que « l’agriculture et donc la sécurité alimentaire sont en danger » en raison des changements climatiques.


En Belgique, l’agriculture occupe 44 % du territoire. Bien que de nombreuses fermes aient disparu, environ 35 000 exploitations demeurent, dont 12 000 en Wallonie. Ce secteur fait face à plusieurs enjeux, notamment l’adaptation au changement climatique. Cette pression est accentuée par un contexte mondial où les rendements agricoles deviennent de plus en plus incertains. Un rapport de l’AWAC, l’Agence wallonne de l’Air et du Climat, indique : « Pour toutes les cultures et de manière croissante selon les niveaux de réchauffement, la stabilité des rendements entre les années sera vraisemblablement fortement négativement impactée par le réchauffement climatique ! »

Face à cette réalité, les scientifiques alertent. Xavier Fettweis, climatologue à l’ULiège, avertit : « L’agriculture et donc la sécurité alimentaire sont en danger. Dans une Belgique à + 3 °C, il y a un aspect positif avec l’effet fertilisant du CO2 qui est en augmentation, mais en réalité, avec les changements climatiques, le rendement va globalement diminuer. Soit on aura beaucoup trop de pluie et les champs seront complètement inondés. Ou alors pas assez d’eau et plus rien qui ne pousse. Surtout pour des espèces comme le maïs, qui vont être très impactées avec une diminution significative du rendement, alors que d’autres espèces, comme la betterave dont les racines vont plus en profondeur, pourraient augmenter certaines années. Par ailleurs, dans un monde à plus 3 ou 4 degrés, l’Espagne deviendra désertique et ne pourra plus produire les fruits et les légumes que nous importons massivement. Donc ça veut dire que, globalement, il y aura un problème au niveau de l’alimentation. »

Les experts appellent à un changement radical. « Sans adaptation rapide, l’agriculture wallonne risque de voir sa stabilité, sa productivité et sa rentabilité sévèrement mises à mal par les changements climatiques. Un changement complet de paradigme impliquerait un accompagnement de l’ensemble des agriculteurs dans une transition agroécologique des exploitations. Les principes majeurs de cette transition seraient de voir la qualité du sol comme un partenaire majeur de l’agriculture ! » (rapport de l’AWAC, l’Agence wallonne de l’Air et du Climat : « Diagnostic de vulnérabilités pour augmenter la résilience wallonne à travers l’adaptation aux changements climatiques – scénarios, impacts et mesures »)

Pour illustrer cela, direction des champs agricoles du Brabant wallon qui ne sont plus labourés depuis plus de 30 ans pour pratiquer l’agriculture de conservation des sols. Dans ces paysages vallonnés, ces parcelles constituent « le laboratoire » de Géraud Dumont, un jeune agriculteur passionné par la vie du sol. Il explique : « Regarde cette motte de terre, on peut voir nos petits copains (les vers de terre) qui travaillent pour nous sept jours sur sept, 24h sur 24, qui nous font un sol bien grumeleux, qui nous font les canalisations de drainage. Il faut imaginer que chaque petit trou permet d’infiltrer l’eau. »

Son approche repose sur une agriculture régénérative, visant à nourrir cette vie souterraine qui rend sa terre fertile. « Ici, on voit les déjections de ver de terre. Ce sont eux qui ramènent de la fertilité dans le sol parce qu’ils vont digérer la matière organique et rendre les éléments minéraux accessibles. Et donc c’est pour ça qu’on n’a plus envie de travailler le sol, c’est vraiment pour les déranger le moins possible. »

Ici, le labour est abandonné et le sol est toujours couvert. Au fil du temps, cette terre est devenue plus poreuse et plus résiliente face aux problèmes d’eau et d’érosion. Cette méthode correspond aux principes de l’agriculture de conservation des sols : couverture permanente, diversification des cultures et perturbation minimale. Ces pratiques permettent de stocker du carbone, d’améliorer la structure du sol et de mieux retenir l’eau, ce qui est crucial face aux événements climatiques extrêmes. « Notre terre devient comme une grosse éponge en fait. Il faut imaginer la porosité d’un sol comme une éponge qui permet de stocker l’eau et de la redistribuer quand les plantes en ont besoin. C’est vraiment un des bénéfices de cette technique-là par rapport au changement climatique. On va avoir des années très humides, des années très sèches, très chaudes. Ça nous permet de faire un tampon ! »

En protégeant sa terre avec des couverts végétaux, en favorisant la vie du sol plutôt que les intrants chimiques, et en laborant le moins possible, il reste optimiste pour l’avenir. Géraud nous emmène sur une autre parcelle où il va semer une culture dans un couvert de luzerne. « C’est un couvert permanent qu’on va garder pendant deux ou trois ans. J’ai commencé mes premiers essais avec les couverts végétaux en 2003-2005 avec ma grand-mère, j’avais treize ans. C’est devenu une passion. Chaque fois qu’on s’intéresse un peu plus au sol, on découvre qu’on ne sait rien et qu’on a encore beaucoup de choses à découvrir. Les grands problèmes actuels ne sont pas nouveaux, on en parle depuis 20-30 ans. J’ai en permanence cette envie de faire évoluer les systèmes et de trouver des solutions et de ne pas devoir subir des changements. »

Il est temps pour notre agriculture de s’adapter et le terreau de la résilience est certainement sous nos pieds.

Retrouvez le reportage « Belgique à + 3 °C : comment notre agriculture s’adapte face au réchauffement climatique ? » ci-dessus ou dans l’émission « Quel Temps pour la Planète » de ce mercredi 6 mai 2026 sur RTBF Auvio.