Après Nicolas Maduro, une procédure judiciaire contre Raul Castro : que préparent les États-Unis ?
Le 24 février 1996, trois avions appartenant à l’association « Hermanos al Rescate » décollent de Floride avec des dissidents cubains en exil. Le 20 mai 2026, le ministre de la Justice américain annonce l’inculpation de Raul Castro pour complot en vue d’assassiner des citoyens américains et de destruction d’aéronefs.
Le 24 février 1996, trois avions de l’association « Hermanos al Rescate » décollent de Floride, transportant des dissidents cubains en exil, devenus citoyens américains. « Ce sont des opposants qui s’occupent principalement de venir en aide à des Cubains qui tentent de fuir l’île sur des radeaux », déclare Janice Argaillot, maîtresse de conférences en langue et cultures hispaniques à l’Université de Grenoble Alpes.
« Les semaines précédentes, plusieurs survols de l’île ont été effectués par des avions de l’association. Le gouvernement cubain avait émis des notes diplomatiques, avertissant les États-Unis. On comptabilise 16 avertissements », ajoute-t-elle. Cuba, de son côté, qualifie ces avions d’espions.
En janvier, « Hermanos al Rescate » a largué des milliers de tracts anti-Castro sur l’île. Les autorités cubaines ont indiqué qu’ils pourraient abattre ces avions. Fin février, deux MIG fournis par la Russie décollent, ouvrent le feu et abattent deux avions américains, tandis que le troisième parvient à s’échapper.
Les proches des quatre victimes – dont les corps n’ont jamais été retrouvés – ont engagé des procédures judiciaires, sans succès.
Trente ans plus tard, le 20 mai 2026, le ministre de la Justice américain annonce l’inculpation de Raul Castro pour complot en vue d’assassiner des citoyens américains et destruction d’aéronefs.
Janice Argaillot souligne que « la date du 20 mai pour annoncer cette inculpation n’a pas été choisie au hasard. C’est la date de l’indépendance officielle de la république de Cuba, soulignant que le 1er janvier 1959 – la date de la révolution castriste – ne marque pas le début de l’histoire cubaine. Cela rappelle qu’il y avait quelque chose avant ». En d’autres termes, l’histoire a existé sans la famille Castro et il y aura un avenir sans eux.
Donald Trump a exprimé son désir de prendre possession de l’île, mettant en avant « le soleil et les beaux terrains de golf qu’on pourra y construire ». Pourquoi alors s’attaquer aujourd’hui à Raul Castro, qui n’est ni ministre ni président à Cuba ?
Janice Argaillot explique que « Fidel Castro était un symbole et Raul l’est encore pour les Cubains et pour le monde. Le président Diaz Canel n’a pas la même relation avec son peuple. Il n’a pas fait la révolution en armes, et les critiques à son encontre sont beaucoup plus acerbes que celles visant les héros de la révolution. Il s’agit donc d’attaquer un symbole. »
L’inculpation elle-même est également un symbole. Il n’existe pas d’accord d’extradition avec les États-Unis, donc le régime ne livrera pas Raul Castro pour qu’il assiste à un procès. Même si le ministre américain de la Justice a déclaré qu’il « s’attendait à ce que Raul Castro se présente devant la Cour », cela ne semble pas réaliste.
Le gouvernement cubain a immédiatement réagi en affirmant que cette inculpation était une tentative de justifier une intervention militaire sur l’île. On pourrait envisager que Washington envisage une opération à Cuba pour capturer les dirigeants cubains, comme cela a été fait au Venezuela avec Nicolas Maduro.
« Oui mais on est à Cuba », ajoute Janice Argaillot. « La révolution cubaine a suscité une forte conscience nationale. Même si les Cubains sont en majorité découragés et ne désirent plus du système actuel, ils ne souhaitent pas non plus nourrir un retour à l’influence américaine. Avec l’arrivée de Donald Trump, il y a eu un retour, presque romantisé, vers les figures de Castro et Che Guevara. Certains Cubains pensent que si Fidel était encore là, on ne leur parlerait pas de cette manière. »
Ceci est un autre symbole, qui transcende Cuba. Certains pays latino-américains et même la Russie pourraient s’opposer à une intervention militaire.
Le jour même de l’annonce de l’inculpation, le porte-avions américain Nimitz a fait son apparition dans le sud de la mer des Caraïbes. Il devrait y rester quelques jours, selon le New York Times. C’est exactement de cette manière que les opérations ont commencé au Venezuela. L’histoire ne se répétera peut-être pas, mais des similitudes apparaissent.
À Cuba, le journal officiel Granma annonce que les organisations de masse organisent un rassemblement ce vendredi matin « pour condamner l’acte méprisable et infâme » de l’administration américaine. « Ni les menaces, ni le blocus, ni l’encerclement énergétique, ni les fausses accusations ne parviendront à briser la volonté de tout un peuple dans la défense de sa Révolution. »
Le discours révolutionnaire demeure présent, mais Cuba est plus affaiblie que jamais.

