Belgique

Adrien Dolimont : ‘La tâche ne sera pas facile en Wallonie’

Le discours sur l’Etat de la Wallonie a été présenté par le Ministre-Président wallon Adrien Dolimont (MR) pendant près d’une heure. Ce dernier a affirmé que la Wallonie « doit être boostée dans les 10 ans à venir » et a préconisé un retour à l’équilibre budgétaire à l’horizon 2029.


Le discours sur l’État de la Wallonie est devenu un événement incontournable, auquel, sauf exception, le Ministre-Président wallon ne peut échapper.

Adrien Dolimont (MR) a consacré près d’une heure à faire le point sur les « défis immenses » auxquels la Région wallonne doit faire face et sur la manière dont le gouvernement envisage de les relever.

**Accroître la puissance économique**

La capacité industrielle de la Wallonie « doit être boostée dans les 10 ans à venir » et l’emploi « devenir l’épicentre de notre action », a déclaré le Ministre-Président wallon. « La tâche est rude, elle sera longue. Ceux qui prétendent le contraire vous mentent », a-t-il ajouté.

Pour l’avenir, le Ministre-Président évoque des choix « de plus en plus difficiles », notamment « parce que l’argent public est plus rare », mais aussi parce que « le monde est plus dur » avec une compétition accrue et un besoin accru d’attention envers les ressources stratégiques. « Chacun doit prendre sa part de responsabilité », a plaidé Adrien Dolimont, s’adressant à « les acteurs économiques, les administrations, les territoires, les partenaires sociaux, les corps intermédiaires et les citoyens ».

Réindustrialiser la Wallonie « est la seule voie », a affirmé Adrien Dolimont, qui souhaite « maintenir l’unité des Wallons autour de cet objectif ». Pour relancer l’industrie, le gouvernement projette de « déployer et remobiliser 1500 hectares durant la législature », avec la reconversion en priorité des friches industrielles.

L’acier reste l’un des secteurs sur lequel la Wallonie devrait pouvoir compter à l’avenir en se spécialisant dans « des filières de haute valeur ajoutée et des savoir-faire de précision », selon Adrien Dolimont.

L’investissement dans la recherche est également une priorité. « Un euro investi dans la recherche, c’est jusqu’à 5 euros de retombées », a souligné le Ministre-Président. « Avec les aides à la recherche validées en 20 mois, cela représente 2800 temps plein maintenus, et au minimum 8500 emplois créés », a-t-il précisé.

La Défense figure également parmi les secteurs sur lesquels la Wallonie doit miser.

Les infrastructures numériques telles que les centres de données, les plateformes de calcul haute performance ou les capacités de cloud adaptées aux besoins industriels doivent être implantées « pas n’importe comment, et pas à n’importe quel prix », pour servir les usines, les services publics et les centres de recherche wallons.

Le gouvernement wallon entend aussi soutenir les acteurs wallons de l’intelligence artificielle, de la cybersécurité et des technologies numériques. « La Wallonie a un avantage comparatif à saisir », a affirmé Adrien Dolimont.

**Viser l’autonomie énergétique**

La Wallonie doit faire face à des défis en matière d’énergie. En ce qui concerne l’électricité, « la demande ne fera que continuer à croître », a expliqué le Ministre-Président.

La guerre dans le Détroit d’Ormuz et la flambée des prix des produits énergétiques ont été évoquées dans le discours d’Adrien Dolimont. « Notre responsabilité est simple : ne pas laisser les citoyens payer seuls les conséquences de chocs qu’ils ne maîtrisent pas », a déclaré le Ministre-Président, tout en précisant qu' »une réponse publique massive et généralisée n’est pas envisageable à ce stade, tout simplement parce que nous n’en avons ni les leviers, ni les moyens ». Il préconise plutôt « la prudence budgétaire » et des interventions ciblées.

Le Ministre-Président a souligné la nécessité de la transition énergétique, mais celle-ci ne doit pas « pénaliser celles et ceux qui travaillent, entreprennent et se déplacent chaque jour ». Il a ainsi souhaité la révision, le report et le phasage de législations européennes, comme l’ETS 2, qui devraient entrer en vigueur d’ici 2030, car elles auront « un impact considérable sur les entreprises et le portefeuille des Wallonnes et des Wallons ».

La Wallonie devra également diversifier ses sources d’énergie, estime Adrien Dolimont. Il a mentionné un investissement essentiel : la Boucle du Hainaut, une ligne à haute tension qui doit relier Avelgem à Courcelles et faire le lien entre les éoliennes de la Mer du Nord et le Hainaut. Ce projet fait l’objet de recours. « Nous ne pouvons pas accepter que, faute de réseau suffisant, des projets d’électrification, d’extension ou d’implantation soient remis à plus tard ou partent ailleurs », a déclaré le Ministre-Président.

Concernant l’énergie, Adrien Dolimont a encouragé à miser sur l’hydrogène blanc, les capacités de stockage de gaz et l’enfouissement du CO2 capté. Selon lui, la transition énergétique pourrait encore générer 15 000 emplois supplémentaires dans les prochaines années.

**Changer les méthodes**

L’un des objectifs du gouvernement wallon est d’atteindre un taux d’emploi de 70% en Wallonie. « Nous n’atteindrons pas cet objectif avec les mêmes habitudes, les mêmes réflexes, les mêmes méthodes que par le passé », a estimé Adrien Dolimont. Il s’agit ici de mieux fixer les objectifs, de « mesurer », « d’évaluer », « de corriger » et de « concentrer les efforts sur quelques grands axes ».

L’objectif est de faciliter la vie des investisseurs concernant l’obtention de permis. « Nous refusons d’être la Région où les projets viennent mourir d’excès de paperasse et de labyrinthes de procédures », a affirmé le Ministre-Président.

La simplification administrative et la modernisation de la fonction publique s’intègrent dans cette logique. Adrien Dolimont a souligné le « choc de la simplification administrative promis en 2024 », qui « a déjà permis d’implémenter plusieurs centaines de mesures concrètes ».

La fusion des ports wallons, la création d’une Agence wallonne de l’Habitation ou la simplification du paysage de l’insertion socioprofessionnelle sont d’autres exemples de cette rationalisation. La réforme des provinces est également un sujet sur lequel Adrien Dolimont a insisté.

**Retrouver l’équilibre budgétaire**

La Wallonie doit faire face à un important défi financier. « La Wallonie vit aujourd’hui avec une charge d’intérêts qui atteint environ 700 millions d’euros par an », a rappelé Adrien Dolimont. Sans un changement de direction, « nous n’aurons plus les moyens de financer ni nos hôpitaux, ni nos infrastructures, ni notre stratégie industrielle », a précisé le Ministre-Président. Ce dernier vise un retour à l’équilibre budgétaire à l’horizon 2029, via des économies structurelles, des réformes de dépenses et une rationalisation des structures.

Le gouvernement wallon fait face à un défi : maîtriser les finances publiques tout en redonnant du pouvoir d’achat aux citoyens. « Il ne pourra jamais être reproché à notre gouvernement de se démener sans relâche pour résoudre cette équation que certains qualifient d’impossible ».

**L’insertion vers l’emploi, le « cœur » de la politique wallonne**

Le gouvernement wallon souhaite « revaloriser le travail ». En réponse à l’opposition qui fait état d’une augmentation du nombre de demandeurs d’emploi, le Ministre-Président souligne que « le taux d’emploi progresse et que des milliers de citoyens retrouvent un travail ».

Adrien Dolimont a évoqué les réformes en cours concernant l’insertion, les aides à l’embauche et la formation, avant de passer en revue les projets portés par les différents ministres de l’exécutif wallon.

Ces projets, selon le gouvernement, doivent permettre à la Wallonie de redresser la situation. « Au XIXᵉ siècle, nous avons été l’atelier de l’Europe bien avant que le mot ‘mondialisation’ n’existe », a déclaré Adrien Dolimont. « Un peuple qui a déjà été au centre peut le redevenir, à condition d’accepter de se remettre au travail », a-t-il ajouté, soulignant l’importance stratégique du territoire wallon, au cœur de l’Europe, « une Région où, contrairement aux territoires voisins, il y a encore de la place pour entreprendre », a précisé le Ministre-Président.

Mercredi après-midi, le discours sera débattu par les parlementaires wallons.