Belgique

576.643 malades de longue durée en Belgique : un record et des bonnes nouvelles

576.643 Belges sont en incapacité de travail depuis plus d’un an et bénéficient d’une indemnité de maladie, représentant une augmentation de plus de 4,6% depuis 2024. En 2025, le nombre de personnes en arrêt maladie pour cause de troubles psychiques atteint 209.245, soit près de 20% de plus que la seconde plus grande cause d’incapacité.


C’est un sommet historique : 576.643 Belges sont désormais en incapacité de travail depuis plus d’un an et perçoivent donc une indemnité de maladie. Sur le papier, c’est non seulement un nouveau record mais aussi l’une des plus fortes hausses enregistrées ces dernières années : plus de 26.600 personnes ont rejoint les rangs des malades de longue durée depuis 2024, soit une augmentation de plus de 4,6 %.

Ce constat inquiétant ressort du dernier rapport du comité de gestion de l’assurance indemnités des travailleurs salariés et indépendants que notre rédaction a pu consulter. Cela survient alors que le gouvernement a fait de la remise au travail d’une partie des malades de longue durée l’une de ses priorités absolues ; et alors que la question de savoir combien de personnes déclarées en incapacité pourraient retrouver le chemin du travail a récemment été au centre de plusieurs polémiques.

### Le relèvement de l’âge de la pension comme facteur principal

Cependant, un élément majeur obscurcit la situation : le relèvement de l’âge de la pension. Passé de 65 à 66 ans au début de l’année 2025, ce seul changement fait bondir le nombre de personnes touchant une indemnité maladie au-delà de 65 ans de 1600 personnes en 2024 à 19.928 l’année suivante. Ces individus, sans le relèvement de l’âge légal, auraient sans doute aujourd’hui accès à une pension et non une indemnité maladie.

Si l’on met de côté cet important changement de paradigme entre 2024 et 2025, les chiffres prennent une toute autre dimension. Non seulement le total est moins élevé, mais surtout, on passe d’une forte hausse à… la plus faible jamais enregistrée. En effet, la progression du nombre de malades de longue durée descend à 1,6%, contre environ 3 % par an depuis plus de vingt ans ! En chiffres absolus, la hausse pour les moins de 65 ans est même la plus faible depuis 2008. Un ralentissement quasi inattendu, d’autant plus que, avec le relèvement de l’âge légal de départ à la retraite, le gouvernement anticipait en réalité des chiffres encore plus élevés dans ses estimations.

Ce qui incite le cabinet du ministre fédéral de la santé Franck Vandenbroucke (Vooruit) à affirmer que « c’est certainement un pas important dans la bonne direction. La politique de retour au travail et la réactivation des personnes en maladie sont l’une des principales priorités. On constate que cette approche renforcée commence à porter ses fruits”. « Les mesures que nous prenons cette année dans le cadre d’une quatrième vague, en collaboration avec les mutualités, les médecins et les entreprises, renforceront ce revirement », ajoute sa porte-parole.

Autre motif de satisfaction, si la tranche des 50-64 ans représente toujours environ deux tiers de l’ensemble des malades de longue durée, les chiffres de cette année confirment également un net ralentissement à ce niveau, déjà observé ces dernières années. « Ceci traduit de manière positive les effets des différentes vagues de mesures prises depuis plusieurs années pour encourager et accompagner les personnes en incapacité vers un retour sur le marché du travail lorsque leur état de santé le permet”, explique une responsable de l’Inami. « Le rapport récent de Securex met d’ailleurs également en avant que l’absentéisme en Belgique connaît une baisse significative pour la première fois en 25 ans », souligne-t-elle.

### Le revers de la médaille : l’envolée des troubles psychiques

Toutefois, ces bonnes nouvelles s’accompagnent d’autres réalités moins réjouissantes. À commencer par l’augmentation du nombre d’arrêts de longue durée en raison de troubles psychiques, principalement des burn-outs ou des dépressions. Ce type de diagnostics croît quasiment deux fois plus vite que les autres causes d’incapacité et se creuse en tant que première cause d’invalidité. Avec 209.245 personnes concernées en 2025, c’est désormais près de 20 % de plus que la seconde plus grande cause d’incapacité (les maladies du système locomoteur et du tissu conjonctif).

### Les femmes et les jeunes en première ligne

Enfin, les données de l’année dernière révèlent une plus grande vulnérabilité des jeunes et des femmes en matière d’incapacité de travail. En omettant une fois de plus la question statistique des plus de 65 ans, les augmentations les plus fortes se situent dans les groupes d’âge inférieurs : +28,52 % chez les moins de 35 ans, contre +22,42 % chez les plus de 50 ans.

Le nombre de femmes (+26,08 %) augmente également plus fortement que celui des hommes (+15,13 %). Actuellement, environ six malades de longue durée sur dix sont des femmes.

Des phénomènes inquiétants sont liés entre eux : la nette hausse des burn-outs et des dépressions se manifestant principalement parmi les femmes et les jeunes travailleurs. Bart Teuwen, expert en lutte contre l’absentéisme pour le Service externe de prévention et de protection au travail Mensura, observe : « On voit une vraie augmentation de ces chiffres et on constate depuis plusieurs années déjà que c’est surtout le groupe des jeunes qui est touché par les burn-outs et les dépressions”. Il ajoute qu’il « faudra mettre encore plus d’attention sur la prévention parce qu’on peut essayer de diminuer ce groupe d’absences de longue durée mais il faut surtout éviter qu’il y ait encore plus de personnes qui vont tomber malade ».

Tout cela, alors qu’il convient de rappeler que les enjeux budgétaires autour des malades de longue durée sont gigantesques : le coût pour l’État s’approche des dix milliards d’euros par an.