« 1% de chances de guérir : la lutte d’une jeune femme contre le cancer »
Mariia, 21 ans, a été diagnostiquée avec un cancer du sang et a dû quitter l’Ukraine pour la Belgique en 2022, où elle espérait poursuivre son traitement au CHU Saint-Pierre. Après une rechute en mai 2025, son lymphome de Hodgkin a été diagnostiqué au stade 4, et elle envisage un traitement expérimental à Barcelone coûtant 150.000 euros, sans garantie de remboursement.
Mariia n’avait que 21 ans lorsqu’elle a été confrontée à deux réalités difficiles : un diagnostic de cancer du sang, suivi de près par le début de la guerre en Ukraine.
Nous sommes en 2022. Mariia suit une chimiothérapie, mais les médicaments manquent. Avec sa mère et sa tante, elle décide de quitter son pays pour la Belgique, espérant poursuivre son traitement au CHU Saint-Pierre.
Les premières années sont plutôt optimistes. Elle pense avoir vaincu son cancer. Cependant, une rechute se produit en mai 2025. Chimiothérapie, immunothérapie, thérapie ciblée : Mariia tente tous les traitements conventionnels, mais rien ne fonctionne. Le diagnostic est sans appel : son lymphome de Hodgkin est au stade 4, le plus avancé de la maladie.
« Psychologiquement, c’est difficile. J’ai tout essayé », confie Mariia. Son hématologue, le Dr Jade Ku, ajoute que « la prise en charge est très compliquée ».
Pour survivre, les options sont limitées. Une première possibilité est une greffe de cellules souches de la patiente. « Mais ayant montré une résistance à la chimiothérapie, il n’est pas sûr du tout qu’elle y réponde », explique le Dr Ku. La seconde option est une greffe avec des cellules souches d’un donneur. « Mais il y a énormément de comorbidités », précise-t-elle.
Le traitement est très toxique, avec des séquelles potentielles telles que l’infertilité, des troubles cardiaques, et la maladie du greffon contre l’hôte, qui peut engager le pronostic vital.
Mariia choisit donc une troisième option : un traitement expérimental à Barcelone, appelé thérapie CAR-T. « C’est une thérapie extrêmement innovante », souligne le Dr Sarah Bailly, hématologue aux Cliniques Universitaires Saint-Luc. « Une efficacité a été démontrée pour d’autres types de lymphomes, mais pas encore pour celui de Hodgkin. »
Elle place beaucoup d’espoir dans ce traitement : « S’il y a 1% de chance de guérir, d’avoir une victoire, ça en vaut la peine ». Son rêve est simple : « Je voudrais savoir que j’ai un futur, une stabilité qui m’attend. »
Mais ce rêve a un coût : le traitement s’élève à 150.000 euros. Étant donné qu’aucun remboursement n’est prévu à ce stade, cela pose un problème.
Mariia se sent abandonnée par les autorités belges. « J’ai demandé à la mutuelle, aux ambassades, aux banques, personne ne peut m’aider. »
Pourtant, elle est déterminée à se battre. « J’ai lancé un crowdfunding et je m’adresse à tout le monde, aux églises, à mon université, mon école, à mes amis, à des blogueurs,… pour récolter de l’argent. Je ne suis pas riche, je n’ai pas d’autre choix », raconte-t-elle.
Pour son hématologue, la meilleure solution aurait été de participer à une étude clinique, où les frais auraient été couverts. Malheureusement, aucune étude sur ce sujet n’est actuellement prévue en Belgique, laissant les 150.000 euros à la charge du patient, ce qui inquiète le Dr Jade Ku. « Si cette technologie avait été disponible dans une étude clinique ouverte, je l’aurais encouragée à ce traitement. Mais débourser 150.000 euros sans garantie de réussite, je ne peux pas encourager cela », avoue-t-elle.
Le temps joue contre Mariia. « On est encore un peu trop tôt », explique le Dr Sarah Bailly. « L’Europe n’a pas encore approuvé ce traitement pour ce type de cancer. Il n’y a pas de données suffisantes pour justifier la mise sur le marché. » Cela explique l’absence de remboursement.
« C’est dramatique. On est vraiment dans un paradoxe pour le patient, quand les traitements connus sont épuisés », admet le Dr Bailly. Néanmoins, elle tient à préciser que « ce sont des cas extrêmement rares, et que les choses ont beaucoup évolué ces dernières années. » Le ministre fédéral de la santé, Frank Vandenbroucke, a d’ailleurs récemment proposé un plan pour améliorer l’accès aux traitements innovants, avec un remboursement plus rapide pour les patients.
Mais pour Mariia, chaque option est incertaine. Elle peut envisager une greffe en Belgique, malgré les risques, participer à une étude clinique à l’étranger, ou essayer de rassembler les 150.000 euros nécessaires pour le traitement expérimental à Barcelone.
peu importe l’issue, elle reste convaincue : continuer à se battre. Elle partage un message simple : « Appréciez chaque moment avec votre famille. Vivre dans la stabilité, c’est vraiment une chance. »
Son témoignage met en lumière les inégalités d’accès aux traitements, alors que le taux de guérison du lymphome de Hodgkin est supérieur à 80%.

