
L’AMOC ralentit : une mauvaise nouvelle pour le climat français.
Fin juin, la température moyenne à la surface des océans gravitait autour de 21 °C, au-dessus des précédents records. Le 8 avril, une équipe de chercheurs a publié dans la revue Science Advances une estimation revue à la hausse d’un affaiblissement de l’AMOC : elle projette une perte d’environ 50 % de la force du courant d’ici la fin du siècle.
Fin juin, la France était étouffée par une vague de chaleur. Le 21 juin, la température moyenne à la surface des océans atteignait environ 21 °C, ce qui dépassait les précédents records. Cependant, au sud du Groenland, une zone d’eau froide résistait à cette fournaise mondiale : le « cold blob », ou « tache froide » de l’Atlantique Nord. Ce phénomène n’est pas simplement un caprice météorologique. Il symbolise un problème concernant l’AMOC, un courant sous-marin, et son ralentissement pourrait modifier le climat européen.
L’AMOC, qu’est-ce que c’est ? C’est l’acronyme anglais pour « circulation méridienne de retournement de l’Atlantique ». Il désigne un vaste système de courants marins dans l’océan, qui fonctionne comme un « tapis roulant » : l’eau chaude des tropiques circule en surface vers le nord, se refroidit, descend au fond des océans et retourne dans l’autre sens. Ce mouvement contribue à réguler le climat, en particulier en Europe.
Cependant, il semble que ce tapis roulant soit en train de ralentir. Le 8 avril, une équipe de chercheurs a publié dans la revue *Science Advances* une estimation révisée à la hausse de l’affaiblissement de l’AMOC : elle projette une diminution d’environ 50 % de la force du courant d’ici la fin du siècle. Cette perspective est inquiétante, même si l’hypothèse d’un arrêt complet doit encore être nuancée. Dans son sixième rapport, le GIEC jugeait peu probable un effondrement total de l’AMOC durant le XXIe siècle.
Pour Davide Faranda, directeur de recherche au CNRS à l’Institut Pierre-Simon-Laplace et à l’université Paris-Saclay, ce constat rejoint le consensus qui s’affirme depuis plusieurs années. « Les observations et les modèles convergent vers un même constat : l’AMOC s’est probablement affaibli depuis le milieu du XXe siècle et devrait continuer à ralentir au cours du XXIe siècle en raison du réchauffement climatique », observe-t-il. Cependant, quantifier précisément cet affaiblissement reste un défi. « Les mesures directes ne couvrent qu’une vingtaine d’années et les reconstitutions du passé comportent encore des incertitudes », ajoute le chercheur.
Pour la France, un affaiblissement significatif de l’apport des eaux chaudes ne supprimerait pas le réchauffement climatique. Au contraire, cela pourrait engendrer des contrastes plus marqués. « Les étés continueraient à être très chauds à cause du réchauffement climatique, tandis que les hivers pourraient devenir temporairement plus froids dans certaines régions », explique Davide Faranda. Il mentionne un climat s’apparentant à celui de New York ou Boston, avec des étés chauds et humides côtoyant des hivers bien plus rigoureux qu’en Europe occidentale.
La fameuse tache froide, souvent évoquée, est-elle une preuve d’un ralentissement ? Elle est « cohérente », répond le chercheur, car « une circulation plus faible transporte moins d’eau chaude vers les hautes latitudes ». Elle s’ajoute à d’autres signes compatibles avec un ralentissement, bien qu’aucun événement météorologique isolé ne puisse être directement lié à ce ralentissement de l’AMOC. « Les effets se manifestent principalement sur les tendances climatiques à long terme », précise Davide Faranda.
Néanmoins, ce changement n’est pas inévitable. « Plus le réchauffement climatique est limité, plus le risque d’un affaiblissement important ou d’un éventuel basculement diminue », souligne Davide Faranda. Les deux mécanismes à l’origine du ralentissement des courants, le réchauffement des océans et l’apport d’eau douce provenant de la fonte du Groenland, dépendent directement des émissions de gaz à effet de serre. Cependant, si un point de non-retour était franchi, certains changements deviendraient très difficiles à inverser pendant plusieurs siècles.
