Belgique

« Christian Lacroix se confie à la RTBF : la France n’est pas chez vous en Belgique »

Christian Lacroix est né le 16 mai 1951 à Arles et a fait ses premiers pas dans la conception de costumes pour les opéras à La Monnaie dans les années 80. L’exposition « Lacroix : Dessins, gribouillages et graffitis » se tient au Musée Réattu à Arles jusqu’au 4 octobre 2026.


Christian Lacroix se trouve chez lui, au musée Réattu, au centre d’Arles, entouré de vestiges antiques. C’est ici, dans sa jeunesse, qu’il grimpait sur les toits et explorait les peintures anciennes accrochées au sein de cet ancien hôtel. Cet après-midi, le couturier, affable, est confortablement installé dans un fauteuil en velours vert, et la conversation débute avec entrain autour de Bruxelles.

Dans les années 80, il fait ses débuts à La Monnaie en créant des costumes pour des opéras, emportant avec lui des maquettes et des croquis pour un opéra de Mozart. Il confie son travail à la cheffe d’atelier, « la magnifique et talentueuse Régine ». « Je dois à La Monnaie mon véritable métier, car je ne suis pas couturier, je suis costumier depuis toujours, mais je ne le savais pas. »

« Bruxelles, c’est une passion partagée avec mon épouse Françoise », ajoute-t-il.

À ses débuts, il se souvient de ses incessants gribouillages sur des bouts de papier, des carnets, et même des post-its, n’importe où, même au téléphone lorsqu’il était encore fixe, souvent assis à une petite table penchée sur son travail. En classe de primaire, il imagine les couvertures des romans policiers d’Agatha Christie.

Ses dessins, accrochés autour de lui dans cette pièce au parquet craquant, témoignent du chemin parcouru. Certains de ses premiers dessins d’enfant montrent des mains de patate et des doigts en picots. Son style, jamais identique, reflète une nature instinctive. « Ma grand-mère a brûlé beaucoup de mes dessins, mon père en a jeté beaucoup. C’étaient des dessins d’enfants, quoi. »

Au fil du temps, son trait devient plus précis et libre. Il ne dessine pas de manière naturaliste, ne pouvant reproduire un chat ou un chien, mais illustre l’imaginaire d’autrui, gravant sur le papier l’histoire des costumes à travers les âges.

Des boîtes contenant des planches de costumes du Moyen Âge et de la Renaissance sont aussi présentes. Cette exposition en présente de nombreux, mais beaucoup restent encore cachés aux regards. Ses dessins se caractérisent par des nuances de noir, un choix inattendu pour représenter une Provence souvent associée à des couleurs vives.

« Je suis toujours étonné par les couleurs de Van Gogh qui n’existent pas, qui sont sublimes parce qu’elles n’existent pas, quelque part en Provence. »

Le couturier, lié à sa ville natale d’Arles et à la plaine de Camargue, revendique l’influence de cette terre dans ses créations, mêlant exubérance et mélancolie. « La Camargue, c’est un lavis japonais, une estampe japonaise. Même les Alpilles ont ce vert très foncé, les rochers. Le ciel n’est pas toujours bleu, il peut être brûlant. Mes rêves, la nuit, sont en noir et blanc. »

Christian Lacroix partage ses souvenirs avec générosité, faisant état d’une mélancolie complexe empreinte d’une beauté intérieure. « Ici, on n’est pas joyeux par force, mais c’est pour cacher une mélancolie terrible. »

Les ruines antiques dont il parle évoquent à la fois son émerveillement pour l’histoire et les séquelles de la guerre, souvenirs d’un quartier bombardé en 1944 lors de son enfance.

« J’adore les ruines romaines, elles me parlent. » Enfant, il dessinait les impressions laissées par son environnement et cultive le rêve de spectacles et de théâtre.

« Je suis un homme de costume, pas un homme de mode. » En 1987, il réalise sa première collection de couture, une explosion esthétique faite de noir, de rouge, d’imprimés riches et de tissus baroques. « Plus les choses sont fortes, plus vite elles disparaissent. »

Au fil des années, Christian Lacroix a conçu des tapis inspirés de la mythologie provençale et, durant près de 20 ans, a opté pour la palette graphique, une décision qui l’a éloigné du dessin traditionnel. Aujourd’hui, il entreprend de réapprendre à dessiner, partageant son désir de retrouver le plaisir du geste avec la simplicité du jeu.

« Je retrouve le plaisir du geste que je réapprends, un plaisir d’enfant. »

Christian Lacroix a également déposé des milliers de dessins, maquettes et esquisses dans la fondation « Archives et patrimoine Monsieur Lacroix » à Arles. Prochainement, des chercheurs s’attacheront à archiver et cataloguer ces précieuses œuvres pour retracer son parcours créatif. Cette exposition au musée Réattu offre aux visiteurs, notamment aux Belges attirés par la Provence, une occasion de renouer avec l’œuvre de Christian Lacroix.

Il est à noter que l’exposition « Lacroix : Dessins, gribouillages et graffitis » se tient au musée Réattu à Arles jusqu’au 4 octobre 2026, avec un livre catalogue disponible chez Gallimard au prix de 35 euros.