250 ans des Etats-Unis : Miami Beach ne célèbre pas le 4 juillet comme les autres.
Le 4 juillet 2023, les États-Unis ont célébré leurs 250 ans d’existence en tant que nation. Donald Trump a fait son discours de célébration du 250e anniversaire de l’indépendance des États-Unis dans l’indifférence générale.
De notre envoyé spécial à Toomuchland,
La tâche confiée par le grand raïs de 20 Minutes Sport était claire : « Raconte-moi un 4 juillet à Miami ». Bien, défi accepté. Cependant, après presque un mois à parcourir les États-Unis de long en large, l’enthousiasme n’était pas au rendez-vous cette fois-ci, et la fatigue se faisait sentir.
C’est peut-être pour cela que nous avons choisi la solution de facilité en nous rendant à Miami Beach, quelques heures après la victoire de l’équipe de France contre le Paraguay en huitièmes de finale du Mondial, sur les traces de Tony Montana ou de Dexter, selon que l’on préfère le trafiquant de drogue cubain ou le découpeur blond.
Sur le papier, Miami Beach est un lieu intéressant pour prendre le pouls de cette Amérique qui célébrait samedi soir ses 250 ans en tant que nation une et indivisible. En effet, Miami Beach incarne à elle seule les excès et les extravagances des États-Unis, souvent mieux dépeints dans les séries télévisions. Toutefois, le voyage se révèle épuisant pour celui ou celle qui s’y aventure avec réticence, tout en alimentant la volonté de réduire en cendres le capitalisme américain et les personnages qu’il a engendrés.
Un patriotisme discret à Miami Beach
Avant d’aller plus loin, et nous excusant d’avance auprès de ceux qui chérissent ce quartier (bande de zinzins), un premier constat : que l’on célèbre ou non 250 ans d’existence, les 4 juillet ici, jour de fête nationale, ressemblent à nos 14 juillet, soit une occasion de s’habiller un peu chic et de sortir faire la fête jusqu’à tard dans la nuit en famille ou entre amis. Rien de plus, rien de moins. Ici aussi, et aussi étonnant que cela puisse sembler dans un pays où le patriotisme est exalté, il n’y a pas de célébration ostentatoire du drapeau américain.

Nous avons tout de même aperçu Donald Trump sur Fox News aux côtés d’un ancien combattant en fauteuil roulant, projeté sur des écrans géants depuis la terrasse d’un restaurant chic le long de Lummus Park. Les clients, sirotant des cocktails à 30 dollars, observaient le Commander In Chief avec une certaine distance. À part cela, ce 4 juillet à Miami Beach ressemblait à un samedi soir classique (en plus bondé, bien sûr) dans la ville du vice et du péché. Et des clichés, pourrait-on ajouter, tant les passants semblent tout droit sortis d’une série TV ou de GTA Vice City.
Des looks à tomber à la renverse à tous les coins de rue
Les jeunes gangsters affichent des poses fières, leurs chaînes en or tombant au niveau de leur nombril, tandis que les femmes, maquillées de manière ostentatoire et vêtues légèrement, pourraient être confondues avec des nudistes en plein été au Cap d’Agde. Dans les bars, les spectacles se succèdent pour le plus grand plaisir des clients. Au Palace, un spectacle de drag-queens où le maître de cérémonie lance des « This is Saturday night in Miami Beach, bitches!!! », pendants qu’un gogo danseur en costume pailleté bleu et chapeau de cow-boy fait monter le volume et la température.

À proximité du front de mer, des familles pique-niquent sans prêter attention à ce défilé de looks extravagants, où chacun observe et juge son voisin, tout en ayant l’illusion d’être plus beau que les autres. Au loin, on perçoit les moteurs rugissants des Ferrari ou Lamborghini coincées dans les embouteillages typiques de cette zone de Miami.
Depuis le début de notre périple, les Américains nous avaient impressionnés en défaisant peu à peu les stéréotypes que nous avions en tête. Cependant, Miami a rehaussé la barre sur l’échelle des préjugés. Ici, tout n’est que démesure, excès et superficialité. Mais allez savoir, c’est peut-être cela qu’ils désignent par « liberté ».
L’autre 4 juillet, le beau, le vrai
Finalement, pour vraiment comprendre ce qu’est un 4 juillet dans ce pays, il faut se diriger vers les quartiers résidentiels moins prestigieux. Là-bas, comme partout ailleurs aux États-Unis, des feux d’artifice illuminent chaque coin de rue. Pendant près de dix heures, du coucher du soleil jusqu’à tard dans la nuit, chaque famille sort pour embellir le ciel avec des milliers de feux achetés en supermarché, dans des magasins spécialisés ou dans ces petits stands temporaires qui prolifèrent les jours précédant la fête nationale.
Nous avons ainsi rencontré Patrick et ses deux adolescents, Noah et Aaron, responsables des feux d’artifice dans le quartier de Buena Vista, au nord de Downtown Miami. Émerveillés par la quantité incroyable de feux d’artifice qu’ils avaient devant chez eux – une quantité suffisante, chez nous, pour animer un 14 juillet à Carcassonne – nous nous sommes approchés pour discuter. « C’est une tradition aux États-Unis. Nous faisons cela deux fois par an, le 4 juillet et pour le Nouvel An », explique-t-il, tout en présentant son arsenal avec fierté.

On y trouve des pétards, des fusées, des cierges magiques, des fontaines, des bombes aériennes, tout le nécessaire pour ravir les enfants et rendre folle la voisine, qui, malgré ses cris pour faire stopper le spectacle, est ignorée par notre trio. En termes de budget, Patrick ne lésine pas. « Il y en a pour environ 500 dollars. Mais pour chaque chose achetée, une est offerte », précise-t-il avec le sourire. « Mais ce n’est pas dangereux ? », lui demandons-nous néanmoins. « Pas quand on fait ça intelligemment : sans alcool », répond-il, sa canette de bière à la main, le sourire aux lèvres.
« Vous n’avez pas cela en France ? », s’interroge-t-il, intrigué par nos coutumes. En effet, nous avons aussi des feux d’artifice, mais en France, ils sont organisés par les municipalités et supervisés par des pompiers formés, qui possèdent des compétences en matière de sécurité incendie. « Te souviens-tu de l’année dernière, quand on a failli brûler le toit de la maison ? », rappelle Noah à son père en riant, tandis qu’Aaron allume des pétards qui explosent légèrement trop près de nous. D’un bout à l’autre, de Miami Beach au quartier de classe moyenne de Buena Vista, cette ville abrite indéniablement des personnages uniques qui, bien qu’ils ne résument pas l’Amérique lors d’un 4 juillet, en illustrent tout de même une partie de ses excès.
