Canicule : Risque de pénurie de poulets après l’hécatombe dans les élevages ?
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a contesté ce mardi le chiffre de 10.000 morts avancé par les Écologistes. D’après les premières estimations fournies par l’Association nationale interprofessionnelle de la Volaille de chair (Anvol), ce sont « entre 2,5 et 3 millions de volailles » qui sont mortes la semaine dernière rien que dans le Grand Ouest.
Le bilan de la canicule chez les Français reste indéfini. Ce mardi, le Premier ministre Sébastien Lecornu a remis en question le chiffre de 10.000 morts cité par les Écologistes. Toutefois, le drame a également touché les animaux, avec des millions d’entre eux victimes de la chaleur à travers le pays. Pensez-vous que ce chiffre soit exagéré ? Ce n’est pas le cas.
Selon les premières estimations de l’Association nationale interprofessionnelle de la Volaille de chair (Anvol), « entre 2,5 et 3 millions de volailles » sont décédées la semaine dernière uniquement dans le Grand Ouest. « Globalement, les pertes sont lourdes. La Normandie, la Bretagne et les Pays-de-la-Loire sont les régions les plus affectées. Dans d’autres endroits, nous n’observons pas vraiment de surmortalité », a déclaré Yann Nédélec, directeur de l’Anvol.
Étant donné que la Bretagne et les Pays-de-la-Loire produisent à elles seules plus de la moitié des volailles de chair, il est légitime de se demander si le pays risque de manquer de poulets suite à cette hécatombe. La réponse est plutôt négative. « Le chiffre peut sembler énorme, mais il représente moins d’un pour cent de la production annuelle nationale. Je ne dis pas qu’il n’y aura pas quelques ruptures d’approvisionnement par-ci par-là, mais cela devrait rester très localisé », a affirmé le directeur de l’interprofession.
Plus d’un poulet sur deux est importé
Un Français consomme en moyenne 32 kg de volailles par an, dont 80 % sont des poulets. Ce chiffre a considérablement augmenté au cours des dix dernières années. Bien que la production nationale ait augmenté ces dernières années, elle ne parvient pas à satisfaire les besoins. Plus de la moitié des poulets consommés sont importés, notamment pour les produits transformés. En cas de pénurie, il est probable que les abattoirs et les distributeurs se tournent vers la Pologne, les Pays-Bas ou la Belgique pour se réapprovisionner.

La production de volaille présente l’avantage d’être rapide, permettant une grande agilité. Un poulet standard ne reste que 35 jours au poulailler et 81 jours pour un Label Rouge. Le renouvellement est donc très rapide, permettant de réintroduire des poussins dans le hangar en cas de problème.
Si des tensions étaient à prévoir, elles ne se feraient sentir que dans un mois et demi ou deux. Cela pourrait par exemple concerner le Morbihan, l’un des territoires les plus touchés. « C’est là que la température a atteint son maximum. Dans la plupart des cas, la mortalité a touché des animaux en fin de parcours, prêts à partir à l’abattoir », explique François Kerscaven. La règle est simple : au-dessus de 47 degrés, le poulet meurt. « La moindre panne de ventilation est fatale », affirme l’éleveur breton.
« Elles avaient le bec ouvert »
Dans son poulailler près de Morlaix, le président du Groupe interprofessionnel volailles de chair de Bretagne (GIVC) n’a pas constaté de pertes. « Tout dépend de l’orientation du bâtiment, de sa ventilation », précise l’éleveur. À Piré-sur-Seiche, au sud-est de Rennes, Nicolas Giboire a également limité les dégâts, ne déplorant « qu’une vingtaine » d’animaux morts dans chacun de ses quatre bâtiments, qui en abritent chacun 4.000.
« Mardi, nous avions remarqué qu’elles étaient en stress. Elles avaient le bec ouvert, il n’y avait pas d’air. Nous avons ouvert les pignons au maximum pour ventiler. Nous avons aussi procédé à un arrosage régulier des animaux pour les rafraîchir », raconte cet éleveur membre de la coopérative des poulets de Janzé. L’ombre des arbres autour du bâtiment a été bénéfique. Cependant, face aux 42 degrés mesurés, les poules ont préféré rester dans l’humidité du poulailler, qui était refroidi par une grande turbine acquise il y a quelques années. Un équipement qui pourrait devenir une norme avec l’augmentation des canicules.

Dans la coopérative d’Ille-et-Vilaine, la majorité des 170 éleveurs spécialisés dans le Label Rouge n’ont pas enregistré de pertes importantes. « Nous avons eu jusqu’à 10 % de pertes », admet Stéphane Letué, directeur des Poulets de Janzé. Peut-on prouver qu’un espace extérieur peut les protéger ? Pas vraiment. « Il n’y a pas de système qui a mieux résisté qu’un autre. Cela dépend surtout de l’âge du bâtiment, de son exposition, et des investissements pour le rafraîchir. Si nous n’avions pas adapté nos poulaillers au cours des dix dernières années, cela aurait été bien pire », confirme le directeur de l’Anvol.
Notre dossier sur la canicule
Alors qu’une nouvelle vague de chaleur est prévue, les éleveurs s’efforcent déjà de s’équiper pour soulager leurs animaux. « Nous n’avions jamais connu cela. Cela nous a permis d’apprendre comment nous adapter. En quelques jours, une cinquantaine de bâtiments ont été dotés de systèmes d’arrosage », indique Mickaël Auroy, directeur de la production des Poulets de Janzé. Après cette canicule difficile, la coopérative a promis à ses éleveurs de couvrir 70 % du coût d’achat des turbines. « Nous n’avons pas d’autre choix que de nous adapter. »
