L’aide alimentaire saturée : travailleur pauvre et exclus du chômage remplissent les files.
En 2024, 561.000 personnes avaient eu recours à l’aide alimentaire en Belgique, un nombre qui a doublé en 10 ans. Les sollicitations en aide alimentaire ont augmenté de presque 73% au premier semestre 2025.
La Concertation Aide Alimentaire, qui regroupe des organisations d’aide alimentaire en Wallonie et à Bruxelles, ainsi que la Fédération des Services Sociaux, qui représente les services sociaux en Belgique francophone, expriment leur inquiétude. En début d’année, plus de 1000 associations avaient collaboré pour publier une étude indiquant que **561.000 personnes avaient eu recours à l’aide alimentaire en Belgique en 2024**, un chiffre qui a doublé en dix ans. Ces données préoccupantes, associées à une enquête récente menée en avril et mai, inquiètent fortement le secteur.
### Un secteur sous tension
Pour une grande majorité des 120 associations d’aide alimentaire, un sentiment de « saturation » est dominant. Au cours du premier semestre, **les demandes d’aide alimentaire ont augmenté de presque 73% par rapport à 2025**. Cela a conduit certains services à étendre leurs listes d’attente de plusieurs semaines, voire à fermer.
### Porosité entre précarité et emploi
Les profils des demandeurs d’aide se diversifient : on observe une augmentation des **personnes seules, des femmes avec enfants, et des pensionnés**. Près de 20% des étudiants sollicitent de l’aide. « Depuis la période COVID, les étudiants sont fragilisés », souligne Brigitte Grisar, chargée de projet à la Concertation Aide Alimentaire. « Ce qui nous a le plus surpris, c’est que la moitié des associations rapportent une augmentation des demandes d’aide de la part de travailleurs. Cela met en lumière la **disparition progressive de la frontière entre emploi et précarité** ». **47% des sollicitations proviennent de ce que l’on qualifie de « travailleurs et travailleuses pauvres ».**
### Plusieurs mois sans revenus
Un autre groupe concerné est celui des **personnes exclues du chômage**. « Nous fournissons des colis alimentaires aux personnes exclues du chômage qui se dirigent vers le RIS du CPAS. Le temps que l’enquête sociale soit effectuée, ces personnes se retrouvent temporairement sans revenus. Nous rencontrons de nombreux problèmes avec certains CPAS qui accusent des retards dans le traitement des dossiers, laissant les personnes sans ressources financières pendant plusieurs mois. »
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### Peur du déclassement
De nombreux chiffres sont préoccupants, comme le fait que **20% des Wallons vivent en situation de précarité alimentaire**. Cela signifie qu’une personne sur cinq a du mal à se procurer de la nourriture ou se voit contrainte de se priver pour nourrir un enfant ou un proche (14% des Wallonnes). Il est à noter que **sur ces 20%, seulement 6,4% accèdent réellement à l’aide alimentaire**. Brigitte Grisar explique : « Les personnes qui n’ont pas recours à l’aide ne viennent pas la demander soit par manque d’information, soit parce qu’elles dépassent le seuil d’admission – cela peut être dû à une marge de 5 ou 10 euros. Mais surtout, ce qui empêche de nombreuses personnes précarisées de demander de l’aide est souvent un sentiment de honte. »
### Des chocs à la chaîne
Dans un contexte de difficultés pour les centres d’aide, aggravé par l’accroissement de la précarité dans divers segments de la population, le gouvernement fédéral a choisi de réduire les financements du secteur, diminuant cette année le budget de presque la moitié, passant de 27 millions à 15 millions d’euros par an. Cette situation génère de l’anxiété parmi les acteurs du secteur. Pour près de la moitié des associations, cela se traduit par une **diminution des quantités de nourriture distribuées aux bénéficiaires ou par un recours à leurs réserves financières**.
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### S’approvisionner devient de la débrouille
Un autre phénomène préoccupant est la baisse des approvisionnements. Les invendus collectés auprès des grandes surfaces deviennent plus rares. « Il y a une concurrence de plus en plus forte avec des acteurs marchands spécialisés dans la récupération des invendus ». Les banques alimentaires tentent donc de trouver d’autres solutions pour maintenir leurs stocks. « Les acteurs de terrain sont poussés à bout et doivent trouver des solutions, souvent temporaires, face aux crises répétées », ajoute Brigitte Grisar.
### Pression sur le politique
En résumé, les temps sont difficiles, et les acteurs du secteur expriment des préoccupations : « Malgré les alertes répétées, les différents niveaux de pouvoir se renvoient la responsabilité et aucune réponse d’urgence n’est mise en place. Pendant ce temps, **un secteur porté à 70% par des bénévoles continue de faire face** seul à une situation qui se dégrade et qui conduit certains services à renvoyer des personnes chez elles sans solution pour se nourrir. » Ils attendent des signaux concrets venant des autorités politiques et une volonté de coordination pour dégager des moyens « à la hauteur de l’enjeu ». Pour l’ensemble du secteur, il s’agit d’une question urgente d’humanité et de santé publique.
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