Belgique

Logements en surchauffe pendant la canicule : l’indicateur PEB est-il toujours adapté ?

En juin 2026, 35% de l’électricité provenait des centrales à gaz au matin du 26 juin à 2 heures. D’après une étude récente, seulement 15% à 30% des bâtiments résidentiels en Europe sont équipés de systèmes de climatisation active.


Si les températures extérieures atteignent des niveaux records en juin 2026, la chaleur dans nos habitations ne fait pas exception. Cependant, les niveaux de fraîcheur fluctuent considérablement d’un logement à un autre, même au sein d’une même localité.

Initialement, la réglementation européenne sur la performance énergétique des bâtiments (PEB) visait principalement à favoriser une bonne isolation hivernale. Aujourd’hui, un nouveau défi se pose : celui de la chaleur stagnante en été.

De nombreux Européens ont récemment adopté des systèmes de climatisation face à la répétition des vagues de chaleur. Cela engendre des problèmes majeurs lors des pics de consommation, faisant augmenter le coût de l’électricité et perturbant l’équilibre énergétique. Par exemple, dans la nuit du 26 juin à 2 heures du matin, 35 % de notre électricité provenait des centrales à gaz.

Pour réduire cette dépendance à des solutions énergivores, la directive européenne sur la PEB a été actualisée en 2024, afin de « privilégier les stratégies visant à améliorer la performance thermique des bâtiments pendant l’été ». Dans ce cadre, l’indicateur de surchauffe, établi depuis plusieurs années, a été révisé.

Quelle est la portée de cet indicateur de surchauffe et est-il suffisant ?

**Indicateur de surchauffe**

La surchauffe désigne des températures intérieures élevées susceptibles d’affecter la santé et la productivité des occupants.

Cet indicateur impacte le score PEB uniquement dans le cadre des travaux de construction et de rénovation (et non pour le certificat PEB des bâtiments existants). En plus du label de performance énergétique (allant de A à G), cet indicateur, mesuré en Kelvin-heures par an (Kh/an), évalue le risque d’inconfort thermique en période de fortes chaleurs. À partir d’une simulation théorique annuelle, il comptabilise le temps pendant lequel la température intérieure dépasse le seuil de confort, fixé à 25 °C durant plus de 5 % de l’année.

L’indicateur est calculé en tenant compte des apports de chaleur (solaire, occupants), des pertes thermiques (ventilation, parois) et de l’inertie du bâtiment. Plus cette valeur est élevée, plus le risque d’inconfort thermique en été est conséquent. Les seuils réglementaires varient selon la région, comme l’indique l’organisme de contrôle PEB Atlas Controle :

| Région | Méthode | Seuil acceptable (résidentiel) |
|———————|——————————|——————————————————————–|
| Bruxelles Capitale | PEB Bruxelles (logiciel régional) | Variable selon catégorie (typiquement 6500 Kh/an pour habitations individuelles) |
| Wallonie | PEB Wallonie | 17.500 Kh/an (au-delà : refroidissement comptabilisé d’office) |
| Flandre | PBB Flandre / Calcul de la performance énergétique | Indicateur de surchauffe + heures de dépassement de température |

**Isoler son logement de la chaleur**

Pour maintenir son logement au frais, « il n’existe pas de matériau miracle », souligne Shady Attia, professeur en architecture durable et technologies du bâtiment à l’Université de Liège. « Les matériaux à forte inertie thermique, comme le béton, la brique ou la terre crue, permettent généralement de ralentir les variations de température intérieure. »

« Les mesures passives restent essentielles et doivent constituer la première ligne de défense », précise-t-il. Toutefois, « même les meilleures solutions constructives peuvent devenir insuffisantes lors de canicules prolongées si elles ne sont pas associées à une stratégie globale de refroidissement », ajoute l’expert. Il souligne cinq mesures passives prioritaires : « les protections solaires extérieures, la réduction des surfaces vitrées excessives, la ventilation nocturne, la végétalisation et l’inertie thermique. »

Pour éviter d’accumuler trop de chaleur et respecter les seuils de l’indicateur de surchauffe, plusieurs gestes peuvent être adoptés. Xavier Loncour, responsable Valorisation et Impact Bâtiments chez Buildwise, recommande d’isoler les toitures, de prévoir de l’ombrage et des stores extérieurs, ainsi que de favoriser la ventilation intensive pendant la nuit.

L’expert en Systèmes Intelligents et Durables souligne aussi que « l’autre point difficile à prendre en compte dans une méthode de calcul est comment aérer le logement : ai-je une fenêtre traversante ? Si je suis au rez-de-chaussée en ville, je n’ouvre pas par souci de sécurité. »

Atlas Controle précise comment évacuer la chaleur par ventilation nocturne intensive :
1. Une ouverture motorisée et sécurisée au rez-de-chaussée (séjour), avec protection antieffraction ;
2. Une cage d’escalier ouverte ou temporairement maintenue ouverte en été, créant un effet cheminée entre les étages ;
3. Deux ouvertures dans le hall de nuit, idéalement sur deux parois différentes (toit, façade, palier).

**La climatisation : la fausse bonne idée**

Cependant, « dans certaines situations, notamment dans les zones urbaines exposées aux îlots de chaleur et pour les populations vulnérables, ces mesures pourraient ne plus suffire à garantir des conditions de confort acceptables lors des canicules futures », nuance Shady Attia.

Face à des mesures passives et une évacuation nocturne insuffisantes, une troisième option s’offre : le refroidissement actif. Atlas Controle évoque le « free geocooling » avec pompe à chaleur géothermique, les pompes à chaleur réversibles, et les climatiseurs « split » traditionnels. Cependant, cette dernière alternative est conseillée « à éviter sauf cas particuliers (pièce technique avec serveurs, local commercial dense) ».

Installer un climatiseur dans un logement neuf ou rénové dégrade le score PEB en entraînant une hausse de consommation d’énergie. Shady Attia indique qu’un climatiseur « pénalise le score total, faisant passer la note de A, B ou C, à D ou G ». Il ajoute que la généralisation des climatiseurs entraînera « beaucoup de rejets d’air chaud dans les rues », contribuant au réchauffement climatique.

Une étude récente indique qu’en Europe, la présence de climatiseurs actifs reste faible, avec seulement 15 % à 30 % des bâtiments résidentiels équipés. En fonction des méthodes de calcul de la surchauffe et des seuils de confort thermique, la demande en climatisation devrait augmenter, entraînant une hausse de la consommation d’énergie et des émissions de gaz à effet de serre.

**L’usage et les locaux**

Bien que les mesures passives soient essentielles pour rester en-deçà de l’indicateur de surchauffe, leur efficacité dépendra toujours de leur mise en pratique. C’est une des limites de l’indicateur de surchauffe.

Didier Vander Heyden, architecte et expert PEB, rappelle que « c’est un indicateur théorique ». « La surchauffe dépend tellement de l’usage », affirme-t-il. Xavier Loncour de Buildwise confirme cette idée : « Cet indicateur dépend énormément de la façon dont on occupe le logement. Bien qu’il attire clairement l’attention dans certains cas, où organiquement il y a beaucoup de surfaces vitrées au sud, il ne remplace pas le rôle de l’architecte. »

Un autre problème soulevé est que certains certificateurs vont parfois trop vite dans leurs calculs, rendant incertain le traitement de la surchauffe.

**Conseils pratiques**

D’ici là, voici cinq conseils à appliquer lors d’une vague de chaleur, selon Atlas Controle :

– **Protéger du soleil :** Garder les stores et volets fermés toute la journée sur les façades exposées.
– **Calfeutrer le jour :** Assurer que les fenêtres soient hermétiques dès 10 h ou 11 h (lorsque l’extérieur devient plus chaud que l’intérieur).
– **Ventiler la nuit :** Ouvrir les fenêtres une fois que la température descend sous 22-23 °C (après 22 h si c’est le cas).
– **Couper le chaud :** Éviter d’utiliser le four, le sèche-linge ou des appareils électriques gourmands pendant les heures critiques.
– **Climatiser intelligemment :** Ne jamais laisser de fenêtres ouvertes si la climatisation est en marche.

Pour conclure, ces conseils participent à la gestion de la chaleur dans nos logements en cas de canicule, mais il est crucial de continuer à chercher des solutions innovantes et durables face aux défis climatiques.