France

Accoucher en période de canicule : moments importants volés

Célia et Romain, jeunes parents, ont vécu des conditions difficiles à la maternité des Bluets lors de la naissance de leur fils Ezio, le samedi 20 juin dernier, en raison de la chaleur extrême dans les chambres. La maternité ne dispose pas de climatisation ni de volets aux deuxième et troisième étages, et le personnel est en pourparlers avec la direction pour tenter d’améliorer la situation.


Ils auront des histoires à raconter… La vague de chaleur qui frappe actuellement la France depuis une semaine n’épargne personne, pas même les maternités. Célia, 34 ans, et Romain, 37 ans, en ont fait l’expérience lors de la naissance de leur premier enfant, Ezio, survenue dans des conditions difficiles le samedi 20 juin dernier.

Le vendredi après-midi, premier jour de canicule, le couple se rend à la maternité des Bluets, située dans le 12e arrondissement de Paris, pour l’accouchement de Célia, avec toutes les inquiétudes de nouveaux parents, sans se douter de ce qui les attendait : une « maternité fournaise. »

« J’y avais pensé un peu avant parce qu’il y avait eu de fortes chaleurs deux semaines auparavant alors que j’approchais du terme », indique Célia. Le dernier rendez-vous médical n’avait pas été plus rassurant : on leur avait dit qu’il y aurait peut-être un ventilateur dans leur chambre « avec un peu de chance. »

« Pour moi, il n’était pas envisageable d’héberger des nourrissons et des jeunes parents dans des chambres où il fait entre 35 °C et 40 °C. Ce n’était pas imaginable, donc nous n’avions pas anticipé cela, » ajoute Romain, soulignant qu’en fin de grossesse, de nombreux autres problèmes préoccupent les futurs parents.

L’arrivée à la maternité se déroule sans encombre et le samedi, le petit Ezio naît après un long travail dans une salle de naissance où la chaleur est élevée mais « acceptable. » « Nous ne le savions pas encore, mais nous avons eu de la chance », souligne Célia. En effet, leur salle de naissance est orientée vers le nord. « Nous avons su par la suite que d’autres femmes accouchaient dans des chambres orientées vers le sud, où la chaleur était insupportable », ajoute-t-elle.

Trois heures après l’accouchement, ils sont transférés au troisième étage de la maternité dans une chambre où ils sont censés rester entre 3 et 5 jours. « Là, nous avons compris notre douleur », confie Romain. La chambre est inondée de soleil. La grande baie vitrée, qui ne s’ouvre pas, n’a même pas de volets extérieurs, juste un modeste rideau. « Il faisait 35 °C dans la chambre, c’était irrespirable », se rappelle Romain.

L’auxiliaire de vie les accueille et leur annonce qu’ils n’auraient probablement pas de ventilateur. « Il n’y en avait pas pour tout le monde. Nous avons commencé à paniquer, à nous demander comment Célia, qui sortait d’un long travail, et Ezio, notre bébé qui vient de naître, allaient passer la nuit dans de telles conditions », raconte Romain, notant qu’il est déjà 20h30.

Célia ne se pose plus de questions : « J’ai dit à Romain : “Tu cours dans tout Paris s’il le faut, peu importe le modèle, peu importe le prix, il faut que tu trouves un ventilateur.” » Le jeune papa parvient à en trouver un. Malgré cela, la chambre reste étouffante et Célia ressent une pression énorme. « Nous avions choisi l’allaitement maternel, mais nous savons que cela peut prendre du temps. Surtout, il faut des conditions décentes pour que la maman puisse en fournir », déplore-t-elle. Les jeunes parents sont conscients qu’un bébé se déshydrate rapidement.

Romain et Célia sollicitent de l’aide auprès du personnel. Installer un dispositif extérieur, un volet, la climatisation dans les parties communes, n’importe quoi pour faire baisser la température. Rien. « Les soignants commençaient à s’irriter de nos demandes. Mais en fait, tout le monde leur demande de l’aide et ils sont totalement impuissants. Évidemment, ils sont à bout aussi », déplore Romain.

Dans cette maternité, aucun volet ni climatisation ne peuvent être installés aux deuxième et troisième étages, le bâtiment étant protégé. Pour tout l’étage en surchauffe, une seule fontaine d’eau fraîche, d’où Romain enchaîne les allers-retours avec d’autres papas pour tenter de rafraîchir sa petite famille : « C’était la queue en permanence. » « Avec ça et la chaleur, tout le monde était obligé de garder les portes ouvertes, ajoute Célia, nous n’avions aucune intimité… »

Le seul refuge, le sous-sol et la cafétéria, qui sont les seuls lieux climatisés de la maternité. « Nous avons passé trois nuits d’enfer à retrouver tous les autres parents dans le sous-sol. Une ambiance de réfugiés… » Finalement, Célia et Romain décident de raccourcir leur séjour à la maternité pour revenir chez eux et retrouver un environnement plus sain. « Au moment de partir, une infirmière a demandé si nous laissions le ventilateur… Elle avait l’air dépitée quand nous lui avons dit que nous en avions besoin chez nous. Cela montre l’état de désarroi dans lequel ils se trouvent », raconte le jeune papa.

« Le personnel nous a demandé d’écrire un courrier à la direction », poursuivent-ils. Ils ont expliqué que cela faisait plusieurs jours qu’ils étaient en discussions avec la direction. Ils essaient de faire bouger les choses, mais visiblement, cela ne fonctionne pas. Ils nous ont demandé de contacter directement la direction… C’est incroyable pour une maternité qui se vante d’avoir le label “ami des bébés” (IHAB délivré par l’OMS et l’UNICEF). »

Célia et Romain s’apprêtent à rédiger ce courrier après avoir pris le temps d’apaiser leurs émotions, mais des souvenirs difficiles resteront, comme l’exprime Célia : « On nous a volé des moments très importants de notre vie… »

Contactée par *20 Minutes*, la maternité des Bluets n’a, pour le moment, pas répondu à nos sollicitations.