Guy Verhofstadt : une alternative ne convainc pas contre le populisme
Guy Verhofstadt, eurodéputé belge et ancien Premier ministre libéral, a publié un livre intitulé « ‘Defeating Trumpism » (« Vaincre le Trumpisme ») où il appelle à lutter contre le populisme, qualifiant ce phénomène de « problème européen ». Selon lui, le pacte sur la migration et l’asile récemment approuvé au Parlement européen témoigne d’une logique de déplacement du centre de gravité politique européen vers une droite franche, tout en soulignant l’importance d’une position commune sur cette question.
C’est dans les couloirs du Parlement européen que notre journaliste Baptiste Hupin a pu rencontrer Guy Verhofstadt. Ancien Premier ministre libéral (Open VLD) de 1999 à 2008 et eurodéputé pendant plus de 15 ans, il est aujourd’hui un fervent défenseur d’une Europe unie et d’une intégration renforcée. Dix ans après le Brexit et un peu plus d’un an après la réélection de Donald Trump, il appelle à vaincre le populisme dans son livre « Vaincre le Trumpisme ».
Créer une alternative
Pour l’eurodéputé belge, le populisme est un problème résolument européen, influencé par des figures telles que le président américain : « C’est un problème européen parce qu’il y a beaucoup de populistes en Europe qui s’inspirent de Donald Trump. Donald Trump est arrivé au pouvoir en 2015. On a vu aussi Nigel Farage (leader du parti populiste Reform UK) en Angleterre, ou encore Marine Le Pen en France s’inspirer de ce populisme de Trump. Et ils utilisent toujours la même recette. Ils ne disent pas la vérité, et ils sèment la panique, la peur dans les couches populaires », constate le libéral.
Afin de combattre ces idées populistes, Guy Verhofstadt appelle à « créer une alternative qui peut convaincre et qui peut donner de nouveau de l’espoir aux générations à venir. »
Alignement européen
Ces dernières semaines, le pacte sur la migration et l’asile était au centre de l’actualité du Vieux continent. Ce règlement controversé sur le renvoi des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier a été approuvé par une majorité droite-extrême droite au Parlement européen.
Pour l’eurodéputé, cet exemple témoigne d’un déplacement du centre de gravité politique européen vers une droite franche. « Néanmoins, ce paquet est bon dans ce sens où – pour la première fois au niveau européen – on décide quelque chose au niveau de la migration », note l’ancien Premier ministre belge. « Par le passé, chaque pays a fait ses propres politiques et ils se contredisaient entre eux. Ici, il y a une position commune. »
« Par le passé, chaque pays a fait ses propres politiques et ils se contredisaient entre eux. Ici, il y a une position commune. »
C’est donc une Europe qui avance en front commun. Mais pour Guy Verhofstadt, il y a d’autres priorités que l’immigration : « La défense européenne est une priorité. Il y a aussi le marché intérieur, la question des technologies et du digital… Il y a d’autres projets à défendre aujourd’hui. »
Parmi les projets à prioriser, selon le libéral, figure la fin de l’unanimité au niveau européen. Dernier exemple en date : l’aide financière à l’Ukraine, bloquée par le seul veto de l’ancien Premier ministre hongrois Viktor Orbán.
« On ne peut pas vivre dans un monde avec des empires qui se combattent mutuellement. Heureusement, on est maintenant libéré de Viktor Orbán. Mais ça ne veut pas dire qu’il n’y aura pas d’autres leaders politiques qui vont l’utiliser de nouveau. Donc, en finir avec les règles de l’unanimité est une priorité absolue pour l’Europe », estime Guy Verhofstadt.
La défaite de Viktor Orbán et l’arrivée de Peter Magyar au pouvoir en Hongrie sont vues positivement par l’ancien Premier ministre belge. « Cependant, cela ne veut pas dire qu’on a vaincu le populisme », alerte Guy Verhofstadt. « Il y aura d’autres élections qui opposeront un candidat populiste et un candidat démocrate. Et donc, la vraie question est alors de voter ou non pour la démocratie. »
« Bardella ou Le Pen pourraient gagner en France, ce qui serait un problème pour le moteur européen. »
Le prochain combat électoral de ce type pourrait avoir lieu chez nos voisins français en 2027 : « Bardella ou Le Pen pourraient gagner en France, ce qui serait un problème pour le moteur européen. Pour vaincre le populisme, il faut une autre alternative qui peut de nouveau créer de l’espoir dans les couches populaires, chez la population. C’est ça qui manque. Le problème de la politique et de la démocratie libérale aujourd’hui, c’est qu’il y a une crise dans les partis politiques centristes. Là, il n’y a plus de vrais projets, de visions pour l’avenir. »
Un Brexit au goût amer
Dix ans après le Brexit, Guy Verhofstadt porte un regard amer sur le départ des Britanniques : « C’est une catastrophe pour l’Angleterre, pour la Grande-Bretagne et une catastrophe pour l’Europe. Pour l’Europe parce qu’on a quand même diminué l’influence de l’Europe au niveau mondial. Et c’est une catastrophe économique pour la Grande-Bretagne quand on voit les chiffres d’aujourd’hui. Mais je suis persuadé qu’on va voir le retour de la Grande-Bretagne dans l’Union européenne dans le futur. Moi je suis pour, mais il faut changer les règles alors. Il ne faut plus avoir le droit de veto, il ne faut plus avoir les règles de l’unanimité. Donc il faut aussi créer la défense européenne le plus vite possible. »
L’Europe face aux ogres de la tech
À travers son livre, Guy Verhofstadt essaie de définir cette vision d’avenir, un avenir centré sur le combat contre l’inégalité dans les sociétés, devenue très massive.
Le libéral est toujours partisan d’une libéralisation du marché. Toutefois, l’Europe fait face à des puissances étrangères qui se renforcent avec les technologies, fer de lance économique du 21e siècle : « Le marché fonctionne bien, sauf que dans le monde d’aujourd’hui, ce sont les grandes compagnies technologiques américaines qui ont des monopoles et qui reçoivent tout le bénéfice du système capitaliste. Et ces bénéfices ne sont plus suffisamment redistribués. Il faut redistribuer ces bénéfices dans le capitalisme actuel envers les couches populaires, envers la classe moyenne », estime Guy Verhofstadt.
« On a donné gratuitement nos données aux GAFAM, qui les ont ensuite monétisées pour faire des bénéfices. Il faut aujourd’hui que ces entreprises payent pour l’utilisation des données que nous avons produites. »
Un capitalisme populaire, qui exigera de réviser l’imposition afin de mieux redistribuer les richesses : « C’est ce que proposent plusieurs partis de gauche. Je pense surtout que si on parle de taxation, il faut diminuer la taxation sur la classe moyenne, sur les jeunes, sur les gens qui travaillent ; et augmenter la taxation, pas spécialement sur les fortunes des individus, mais sur les bénéfices des grandes entreprises américaines qui ont un monopole aujourd’hui », conclut l’eurodéputé, visant frontalement les GAFAM. « On a donné gratuitement nos données à ces entreprises, qui les ont ensuite monétisées pour faire des bénéfices. Il faut aujourd’hui que ces entreprises payent pour l’utilisation des données que nous avons produites. »
