France

Un vendeur de Vinted propose d’acheter une fillette de 7 ans pour 12.000 euros.

Une influenceuse, Djena, a affirmé dans une vidéo visionnée plus de 10 millions de fois que des annonces sur Vinted pourraient cacher un trafic d’enfants, en précisant que « personne ne parle du fait qu’il y a du trafic d’enfants sur Vinted ». Dans un communiqué, Sarah El Haïry, Haute-commissaire à l’Enfance, a déclaré qu’il « n’y a pas une seconde à perdre » lorsque des annonces en ligne peuvent servir de couverture à des trafics visant des enfants.


On peut acquérir de nombreux articles sur Vinted, allant de l’ordinaire au bizarre, comme une paire de chaussettes sales vendue pour 1.500 euros. Toutefois, le réseau dédié à la seconde main serait-il impliqué dans un trafic d’enfants dissimulé derrière des annonces anodines ? C’est ce qu’affirme une influenceuse dans une vidéo qui a atteint plus de 10 millions de vues sur TikTok et Instagram.

« Personne ne parle du fait qu’il y a du trafic d’enfants sur Vinted », déclare Djena, une créatrice de contenu suivie par près de 370.000 abonnés sur TikTok, dans une vidéo publiée il y a une semaine. Pour appuyer son accusation, la jeune femme montre plusieurs exemples d’annonces qu’elle juge suspectes. Il s’agit d’objets peu significatifs vendus à des prix exorbitants, avec des descriptions incluant des précisions sur la taille et l’âge des enfants. « Des codes qu’ils ont entre eux », affirme l’influenceuse. Est-ce un véritable scandale ou une légende urbaine ?

L’influenceuse appelle dans sa vidéo à « signaler en masse » ce type d’annonces, ce que les internautes ont fait sur la plateforme gouvernementale Pharos, signalant divers objets dès lors que le prix semblait incohérent et qu’une tranche d’âge liée à un enfant était précisée. « J’ai échangé avec un vendeur qui proposait une figurine à 20.000 euros et, au vue des messages, il était clair qu’il ne s’agissait pas d’une figurine mais bien d’un enfant », précise Djena à 20 Minutes.

Cette annonce et celles citées dans la vidéo ne sont plus visibles sur la plateforme, mais 20 Minutes a trouvé d’autres annonces similaires. Contactés, les vendeurs ont déclaré qu’ils s’étaient trompés sur les prix et les ont corrigés immédiatement. Concernant la mention de taille et d’âge d’enfant pour des objets, ils expliquent que cela correspond soit à la taille de l’objet, soit à la tranche d’âge adaptée pour le produit.

Vinted avance un argument semblable : « L’âge indiqué dans ces annonces fait référence à la tranche d’âge à laquelle le jouet est destiné, comme sur l’emballage d’un jouet. Ce champ est utilisé dans toutes nos catégories, et pas uniquement pour les vêtements. » Concernant les prix, la plateforme estime, auprès de 20 Minutes, qu’ils « reflètent soit une véritable valeur de collection, soit des provocations, soit des tactiques de négociation ».

L’affaire a néanmoins suscité suffisamment d’attention pour atteindre le gouvernement. Dans un communiqué envoyé lundi, Sarah El Haïry, Haute-commissaire à l’Enfance, assure que « quand des annonces en ligne peuvent servir de couverture à des trafics visant des enfants, il n’y a pas une seconde à perdre ». Elle déclare avoir contacté Pharos et l’Arcom pour « que toute la lumière soit faite sur les annonces suspectes sur Vinted » et salue « la vigilance des internautes ». Selon nos informations, l’Ofmin, « Office mineurs » de la police judiciaire, est saisi du dossier. Pour l’instant, les premiers éléments n’ont pas mis en évidence d’éventuels réseaux de traite des enfants sur la plateforme.

« D’après notre enquête, nous n’avons trouvé aucun élément permettant de les relier à des activités de trafic d’enfants », assure Vinted. En revanche, la plateforme signale « une hausse significative de propos injurieux à l’encontre de certains vendeurs » suite à la publication de la vidéo, laquelle, selon Vinted, est composée de « fausses informations et théories infondées ».

Cette situation n’est pas la première du genre concernant des rumeurs de trafic d’enfants sur Vinted. La dernière vague remonte à novembre 2023, lorsque des vidéos publiées sur TikTok avançaient des arguments similaires à ceux de Djena, selon Le Monde. À l’origine, cette légende urbaine provient de théoriciens du complot américains. « Nos QAnons français relancent un délire à la « Wayfairgate » de 2020. Le site d’e-commerce Wayfair, accusé de vendre des enfants aux pédophiles, est aujourd’hui au goût du jour avec Vinted », affirmait alors Tristan Mendès-France, maître de conférences associé à l’université Paris-Diderot, spécialiste des cultures numériques et de l’extrémisme en ligne.

Cet article aurait pu conclure sur la simple virulence d’une rumeur si 20 Minutes n’était pas tombé sur une annonce Vinted plus troublante que les autres. Une télécommande de climatisation, proposée à 20.000 euros, a été en ligne seulement quelques minutes, juste assez pour contacter le vendeur. Celui-ci a répondu « fille » sans hésitation quand on lui a demandé le sexe de la télécommande. Après plusieurs échanges de messages sur Vinted sans jamais mentionner le mot « enfant », le vendeur a choisi de passer à une messagerie cryptée pour continuer la conversation.

Les échanges ont été très clairs : la personne offrait d’acheter une fillette rousse de 7 ans pour 12.000 euros, photo à l’appui. Il proposait de la livrer à domicile, de changer sa couleur de cheveux ou d’attendre, promettant qu’il « aurait des blondes bientôt ». Il affirmait également posséder une fillette brune dans son entrepôt, mais celle-ci était « déjà réservée ». Dans la galerie photos de ce vendeur se trouvaient, en plus de la fillette rousse, d’autres images d’enfants.

Si la majorité des propos de cet échange sont glaçants, certains semblent incohérents et soulèvent des questions sur les intentions de notre interlocuteur. Après la fillette de 7 ans, le « vendeur » en a proposé une autre, plus jeune. Nos recherches sur la photo de cette dernière ont révélé qu’il s’agissait d’une image ancienne, vraisemblablement volée sur Internet. Méfiant, notre interlocuteur a fini par ne plus répondre. Il est impossible de déterminer l’objectif de cette personne dans cette situation. Étant donné la nature des discussions, 20 Minutes a immédiatement signalé cet échange aux autorités.