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Les pronostics sur le Mondial ne renforcent pas les liens au bureau

Depuis le début de la Coupe du monde 2026, l’application Mon Petit Prono a compté trois millions d’utilisateurs et a été la plus téléchargée en France pendant douze jours consécutifs à la mi-juin. Dans le groupe Tribouillet, grossiste et distributeur en boissons, 130 des 400 collaborateurs ont rejoint le jeu de pronostics lancé pour créer un lien entre les employés.

Est-il temps de parier sur Panama-Croatie ? Haïti peut-elle réaliser une performance surprenante contre le Maroc ? Le Qatar encaissera-t-il encore une lourde défaite ? Depuis le début de la Coupe du monde 2026, les matchs de poules suscitent de vives discussions. Le site Mon Petit Prono, connu sous l’acronyme MPP parmi les passionnés, y contribue fortement. Avec trois millions d’utilisateurs, l’application a été la plus téléchargée en France pendant douze jours consécutifs à la mi-juin.

Ce jeu, qui consiste à pronostiquer les résultats des matchs pour accumuler des points et se placer en tête, a permis au football de s’inviter dans divers milieux. Dans les open spaces, les boutiques ou les administrations, des ligues informelles entre collègues ont vu le jour, parfois encouragées par la direction. « Cela crée des conversations légères, des échanges autour de la machine à café où l’on plaisante sur les résultats de la veille », explique Vincent, trentenaire parisien. Journaliste pour un youtubeur au sein d’une petite équipe de quatre personnes, il souligne que ce nombre, insuffisant pour former une équipe de football, n’a pas freiné leur envie de créer une ligue MPP, qui alimente de nombreux échanges et plaisanteries « bon enfant ».

« Phrase d’accroche »

« Le football est plein de surprises et les résultats inattendus créent un espace d’inclusion pour tous », ajoute Vincent. Ce sentiment illustre bien le parcours d’Annaïck, 49 ans, responsable d’un magasin Foussier, fournisseur d’équipements pour le BTP à Quimper. Bien que ses trois collègues se livrent une véritable compétition, elle a « tout mis au hasard ». « Parfois je me retrouve mieux classée qu’eux et ça les amuse », plaisante-t-elle. N’est-elle pas trop modeste sur ses aptitudes ? Il y a quelques années, elle avait déjà gagné une cafetière grâce à ses bons pronostics.

C’est l’entreprise qui a suggéré de créer cette ligue pour tous les collaborateurs, avec en jeu une télévision. L’engouement a été immédiat : les pronostics entraînent un débrief quotidien et suscitent des échanges plus informels avec des collègues du siège ou d’autres services. « Ce sont des sujets que nous n’aurions pas abordés auparavant. Cela aide à briser la glace et à ne pas parler uniquement de travail », précise-t-elle.

Sur LinkedIn, de nombreuses entreprises diffusent des messages concernant le lancement des ligues MPP comme moyen de renforcer les liens entre collègues. Groupement de grossistes et distributeurs de boissons fondé à Chartres, le groupe Tribouillet avait déjà mis en place des initiatives similaires lors de l’Euro 2024 ou de la Coupe du monde de rugby. Cependant, cette année revêt une importance particulière. « Nous faisions partie d’un groupe avec plusieurs filiales, mais depuis janvier 2026, nous avons une entité commune. MPP est donc notre premier événement interne inter-filiales », confie Renaud Derrien, responsable de la communication. Les paris ont ainsi permis de créer des échanges entre des salariés qui ne se connaissaient pas. « Nous sommes très satisfaits : cela a engendré une émulation, c’est très fédérateur », se réjouit-il. Sur 400 employés, 130 ont rejoint le jeu.

Bataille de classements

Pour Thomas et son équipe, cela a également servi de respiration après des mois d’activité intense. « Cela coïncide parfaitement avec le moment où nous commençons à alléger notre charge de travail, et cela crée une ambiance agréable », se réjouit-il. Au sein d’une collectivité territoriale d’Île-de-France, c’est un collègue qui a pris l’initiative de lancer les paris, en expliquant les règles via un groupe WhatsApp. « Tout le monde a joué le jeu », affirme-t-il, y compris dans les équipes de direction. « Cela permet, pendant une conversation, de ne plus avoir de rapport hiérarchique, mais juste de discuter entre deux personnes sur leur ligue MPP, en essayant de faire les meilleurs pronostics possibles », s’amuse ce jeune homme de 25 ans.

« Un peu comme lors d’un team building, on voit les collègues sous un autre jour : les regards changent, les barrières disparaissent, et c’est là que l’on constate des gains de productivité », avance Julien, consultant indépendant en transformation d’entreprise à Lyon. Dans son précédent emploi, il y a quatre ans, MPP avait permis de détendre les relations tendues au sein d’un service d’une trentaine de personnes.

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« On découvre aussi les personnalités de chacun que l’on n’avait pas forcément remarquées : certains vont abandonner, d’autres vont relever le défi », poursuit-il. Comme Camille, journaliste dans une rédaction parisienne, qui a constaté une légère « guerre des classements » au sein de la ligue de trente collègues formée au début du tournoi. Avec l’envie de surpasser les prétendus experts du football. « Nous avons tous un peu l’esprit de compétition », admet-elle. Puis elle rassure : « Mais c’est dans un bon esprit ! »