France

Jeanne décrit la terreur de son accouchement.

Jeanne témoigne des violences obstétricales qu’elle dit avoir subies lors de son accouchement dans un hôpital public français. Selon une enquête nationale réalisée par l’association StopVOG, 24,5 % des répondants déclarent avoir subi des violences obstétricales au cours de leur parcours de soins.

«On va procéder à une expression abdominale. Si vous refusez, nous allons faire venir le médecin et cela deviendra une autre affaire. » Jeanne témoigne des violences obstétricales qu’elle prétend avoir subies lors de son accouchement dans un hôpital public en France. Avant la naissance de sa fille, elle avait rédigé un projet de naissance, un document de plus en plus utilisé par les femmes enceintes pour clarifier leurs souhaits et leurs limites le jour J : gestion de la douleur, positions d’accouchement, présence d’un accompagnant ou encore refus de certains gestes médicaux.

Un projet de naissance non respecté

Théoriquement, ce document devrait servir de base d’échange avec l’équipe soignante afin de favoriser un consentement éclairé tout au long du suivi. À cet égard, Jeanne avait clairement indiqué son refus de l’expression abdominale, une technique qui consiste à appliquer une pression sur le ventre de la mère pour accélérer l’expulsion du bébé. Ce geste est aujourd’hui considéré comme interdit dans de nombreuses recommandations professionnelles en raison des risques qu’il peut faire peser sur la mère et l’enfant.

Lors de la dilatation complète, Jeanne reste près de six heures en salle de naissance. Elle évoque une période longue, sans explications précises sur la suite, accompagnée d’une douleur constante. La péridurale lui est refusée, il serait « trop tard » pour l’administrer. Puis la décision est annoncée, de manière brève et sans détour : une expression abdominale va être effectuée. Malgré son refus initial, Jeanne affirme que l’acte est réalisé par un auxiliaire de puériculture. « La sage-femme a demandé à un homme de le faire, donc avec une force physique considérable », confie-t-elle.

Des séquelles immédiates et durables

Les conséquences de l’expression abdominale sont rapides. L’atmosphère dans la salle d’accouchement change soudainement. Sa fille naît en détresse et doit être rapidement prise en charge en réanimation. Jeanne ne peut pas la voir immédiatement. « Elle a été emmenée en réanimation tout de suite, et cela m’a hantée. Je faisais des cauchemars. »

Après l’accouchement, la souffrance physique est de mise : déchirure complète du périnée, atteinte des tissus jusqu’au sphincter anal. Les complications s’ensuivent rapidement. Jeanne parle notamment d’une névralgie pudendale, une atteinte des nerfs qui irriguent la zone pelvienne et qui interviennent dans plusieurs fonctions essentielles, comme la miction, la digestion, mais aussi certaines sensations de plaisir. Selon son récit, le nerf aurait été gravement endommagé, nécessitant plusieurs années de récupération.

À cela s’ajoutent une descente d’organes et une disjonction de la symphyse pubienne, l’articulation à l’avant du bassin. Autant de séquelles qui, encore aujourd’hui, demeurent très présentes. « C’est encore un endroit très douloureux. Je ne peux plus faire de vélo », avoue-t-elle.

« J’ai également vécu une forme de terreur due au comportement de la sage-femme qui n’a pas du tout respecté mon consentement, qui a pratiqué et fait pratiquer des violences physiques sur moi. »

Sur le plan psychologique, les conséquences sont tout aussi graves. Elle raconte des nuits sans sommeil pendant près d’un an, hantées par des images intrusives et une peur persistante : « Pendant presque un an, je ne dormais plus. Je voyais ma fille mourir. » Elle sera ensuite diagnostiquée avec un syndrome de stress post-traumatique qu’elle attribue directement à cet accouchement.

Des violences à caractère systémique

Son témoignage s’inscrit dans un contexte plus large de dénonciation des violences gynécologiques et obstétricales. Selon la première enquête nationale sur le consentement en gynécologie réalisée par l’association StopVOG auprès de plus de 10 000 personnes, 24,5 % des répondants déclarent avoir subi des violences obstétricales et 28,7 % des violences gynécologiques au cours de leur parcours de soins.

L’étude met également en lumière la question du consentement : plus d’une femme sur deux indique avoir déjà subi un examen poursuivi malgré la douleur ou sa volonté d’y mettre fin. Et 4,1 % affirment avoir été exposées à un acte réalisé malgré un refus explicite.

Le consentement à l’épreuve de la salle de naissance

Vingt-quatre ans après la loi Kouchner, qui affirme le droit au consentement libre et éclairé pour tout acte médical, ces chiffres relancent le débat sur les pratiques en maternité. Ils soulèvent surtout la question de la possibilité concrète de refuser un soin en situation d’urgence, où la relation entre patientes et soignants reste profondément déséquilibrée.

Jeanne, quant à elle, dit avoir voulu témoigner pour une raison simple : « Il me semble important de comprendre que les violences qu’on peut subir lors d’un accouchement ont des retentissements pour nos enfants, nos familles et tout notre entourage. »