France

« Au procès de Ma Dalton, le fils de Corinne Di Dio ému »

Marie-Thérèse Garcia accuse le coup dans le box au tribunal des Yvelines, ce mardi matin, après avoir déclaré : « Elle ne m’explique rien du tout, elle m’a demandé de lui rendre service et de garder Romain jusqu’à la fin des classes ». Romain Marquez Di Dio, lors de son témoignage, évoque les souvenirs douloureux de son enfance en déclarant : « C’est le dernier meilleur été que j’ai eu ».

À la cour d’assises des Yvelines,

Dans la chaleur étouffante de la cour d’assises des Yvelines, sans climatisation, Marie-Thérèse Garcia semble submergée. Assise dans le box, avec ses cheveux blancs, ses lunettes noires et sa robe à fleurs, la septuagénaire donne l’impression d’être épuisée ce mardi matin. « Elle n’a pas dormi depuis deux jours, il faudrait qu’elle puisse être entendue ce matin », demande d’emblée son avocat, Me Jérôme Goudard.

Face à elle, entourée de tous les ventilateurs disponibles, la présidente Emmanuelle Bessone accorde qu’il s’agit d’un début difficile : « Des techniciens sont intervenus hier et ce matin. Nous allons démarrer ainsi. » Une ambiance suffocante pour une journée déjà chargée de tension, avec l’interrogatoire de l’accusée le matin et le témoignage très attendu de Romain, le fils de la victime, l’après-midi.

« Elle avait confiance à 200 % »

En avril 1995, deux mois avant le drame, c’est bien à Marie-Thérèse Garcia que Corinne Di Dio confie son fils unique, Romain. « Je pense que c’est une question de confiance, son fils, c’était son fils. Elle n’avait que ça. Romain, c’était Romain. Si elle me l’a confié à moi, c’est parce qu’elle avait confiance à 200 %. Corinne, c’était une personne secrète, mais elle savait ce qu’elle faisait », affirme-t-elle d’une voix éraillée. Elle décrit une relation qui a pris du temps à se nouer : « Quand j’ai connu Corinne, je ne l’appréciais pas, j’ai appris à la connaître. C’est une femme qui avait besoin de tendresse, d’amour, elle avait également des qualités. »

La présidente Emmanuelle Bessone interroge cette amitié et rappelle les tensions du passé. Il y a eu une ancienne querelle pendant des vacances, liée à une banale histoire de tâches ménagères. Il y a surtout le soupçon d’une jalousie persistante, l’accusation se demandant si « Ma Dalton », comme elle est surnommée, n’en voulait pas à Corinne pour une liaison secrète qu’elle aurait eue dans les années 1980 avec Francesco Marquez, le frère d’Antonio et compagnon de l’accusée. Dans le box, la septuagénaire rétorque vigoureusement : « Certes, c’est impossible. Elle avait des principes, elle n’aurait jamais fait ça. »

La présidente souligne un terme lié aux codes du grand banditisme, auxquels appartenaient les frères Marquez. « Vous l’avez décrite comme une balance », rappelle la magistrate, évoquant le fait que Corinne Di Dio n’avait pas hésité à faire condamner Antonio pour l’enlèvement de leur enfant en 1987. Face à cette accusation, Marie-Thérèse Garcia ne bronche pas et assume : « Oui je l’ai dit. Je l’ai pensé à ce moment-là, tout à fait. »

« Elle ne m’explique rien du tout »

Marie-Thérèse Garcia assure qu’elle ignorait pourquoi Corinne Di Dio lui avait demandé de garder son fils chez elle à ce moment-là dans son pavillon de Saint-Hilarion, dans les Yvelines. « Elle ne m’explique rien du tout, elle m’a demandé de lui rendre service et de garder Romain jusqu’à la fin des classes », soutient la septuagénaire. « Sans vous expliquer ? », questionne la présidente. « Non. » « Cela paraît étonnant », insiste Emmanuelle Bessone. « Ça l’est, mais c’était Corinne », conclut l’accusée.

Comment le petit garçon s’est-il retrouvé dans ce pavillon ? C’est Romain Marquez Di Dio lui-même qui s’en explique l’après-midi à la barre. En polo blanc et pantalon beige, les cheveux courts, ce jardinier de 41 ans remonte le temps pour partager ses souvenirs d’enfance. En 1995, il vit à Trappes avec sa mère, Corinne. Son quotidien est difficile : il est victime de harcèlement scolaire et fait encore pipi au lit. Un jour, sa mère lui demande s’il veut revoir son père, Antonio. Il accepte. Les parents se rapprochent et emmènent l’enfant d’abord à Barcelone, puis aux sports d’hiver.

C’est là que se profile l’idée de l’exil. Corinne lui demande s’il veut partir vivre en Colombie avec ses deux parents. L’enfant répond « oui » sans hésitation. « Je ne savais même pas où c’était », mais « j’étais content de partir là-bas », se souvient-il. En attendant le grand départ, le petit garçon refuse de retourner à l’école. Sa mère cherche alors une solution temporaire, qui passe par le pavillon de Saint-Hilarion. « Chez Marité, on attendait de savoir si on allait partir en Colombie ou pas », explique le quadragénaire. Mais l’espoir de voir la famille réunie s’effondre rapidement. « Ça devait durer peu de temps, mais les jours passaient et aucune nouvelle de mon père », confie-t-il. Un jour, il finit par apprendre « que le voyage est annulé ».

« Moi, je mets trois points d’exclamation ! »

Romain se souvient précisément de son dernier week-end avec sa mère, les 17 et 18 juin 1995. Dans les jours précédents, Corinne l’avait appelé pour lui dire qu’elle cherchait une maison pour elles deux. Un projet d’avenir au contraire d’une fuite soudaine. Mais la victime disparaît dans la nuit du 19 au 20 juin. C’est à ce moment que Marie-Thérèse Garcia confie l’enfant à son père, Antonio, pour les vacances d’été. Une initiative qu’elle attribue à des instructions laissées par Corinne : selon elle, la mère de Romain lui avait dit de faire cela si elle ne donnait plus de nouvelles. « C’est ce qui est arrivé », élude l’accusée dans le box.

Mais pourquoi s’être hâtée de confier le petit garçon à son père moins d’une semaine après ? Interrogée sur ce timing, la septuagénaire balaye. « Je me suis dit : « Dans quelle merde elle s’est encore mise ? » » Elle assure avoir appelé Antonio Marquez « pour lui demander s’il avait des nouvelles de Corinne ». La réponse du voyou est brève : « Pas de nouvelle, je ne sais pas où elle est, je vais venir chercher Romain. » Une réponse qui lui semble adéquate. « Son père, ce n’est pas un inconnu. »

L’intensité monte lorsque l’avocat de Romain, Me Joseph Cohen-Sabban, l’interroge directement sur la responsabilité de son ancien beau-frère : « Est-ce que vous attribuez à Antonio un rôle dans la disparition ? » La réponse de Marie-Thérèse Garcia reste vague : « Moi personnellement, après réflexion, je mets un point d’interrogation, je ne dis pas oui, je ne dis pas non. » « Moi, je mets trois points d’exclamation ! », réplique le pénaliste avec force. Le conseil des parties civiles fait alors remarquer une constante troublante dans le comportement de la septuagénaire depuis le début de l’enquête : « Vous avez accusé plein de gens dans ce dossier, sauf Antonio. » L’accusée défend sa position : « Je ne peux pas l’accuser sans rien de concret. »

« C’est le dernier meilleur été que j’ai eu »

Après cet épisode, Antonio emmène Romain en Espagne, où il reconstruit sa vie. Trente ans plus tard, à la barre, le quadragénaire ressenti une culpabilité d’enfant qui n’a pas sa place et peine à aborder cette mère disparue, tant le souvenir est douloureux. Pour raviver cette mémoire, des photos prises en 1994 sont projetées sur l’écran de la salle d’audience. On y voit un petit garçon souriant aux côtés de Corinne dans une piscine, lors de vacances dans un camping à Fréjus. « C’est le dernier meilleur été que j’ai eu », confie Romain. Il rappelle au tribunal la force de leur lien : « Elle ne pouvait pas vivre sans moi, elle me l’a dit plusieurs fois. »

Une dernière question de la présidente vient contrecarrer la défense de l’accusée : « Si elle avait voulu vous confier l’été à votre père, elle vous en aurait parlé avant ? » À la barre, la réponse de Romain est directe et définitive : « Totalement. »