10 ans après le Brexit, le Royaume-Uni baisse au 8e rang des exportateurs en Wallonie
Les entreprises wallonnes se sont adaptées aux nouvelles formalités administratives et douanières après le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne. Selon Baudouin De Hemptinne, le Royaume-Uni est passé du 5e au 8e rang des marchés pour l’économie wallonne depuis le Brexit.
S’adapter. Face à la décision du Royaume-Uni de quitter l’Union européenne et son marché unique, les entreprises wallonnes n’ont pas eu d’autre choix. Beaucoup d’entre elles étaient habituées, avant le Brexit, à exporter des marchandises vers ce pays sans rencontrer de difficultés majeures. Cependant, après le Brexit, elles se sont vues contraintes de respecter un ensemble de formalités administratives, de procédures douanières et de démarches de certification des produits.
Arnaud Browet, administrateur de la société de transport et de logistique Sandermans basée à Ghlin, dans le Hainaut, témoigne : « Au début, il a fallu se roder aussi bien pour les dispatcheurs qui préparent les courses en amont que pour les chauffeurs lorsqu’ils arrivaient aux terminaux de bateaux ou de trains. Il est arrivé au début que certains de nos chauffeurs restent bloqués plusieurs heures, voire des jours, en raison de complexité administrative. Aujourd’hui, on maîtrise mieux les procédures mais c’est certain que le Brexit a considérablement augmenté toutes les procédures douanières, les contrôles documentaires, les exigences administratives. Cela a entraîné une complexité supplémentaire pour les transporteurs et pour les clients, avec des délais parfois plus difficiles à maîtriser et des coûts administratifs qui ont augmenté. »
Chez Sandermans, il est impératif de rester vigilant avant d’envoyer un camion vers le Royaume-Uni. Arnaud Browet précise : « Le moindre document manquant ou non conforme peut entraîner des blocages de marchandises et des retards. Chaque expédition nécessite des déclarations d’exportation ou d’importation en fonction du sens des flux, des codes douaniers. »
Les jeunes fondateurs de Bounce, à Wavre, ont également pris conscience de cette charge administrative lorsqu’ils ont lancé leur produit phare à l’été 2024. Passionnés de tennis et de padel, ils ont conçu un tube capable de maintenir et de restaurer la pression des balles après chaque partie, prolongeant ainsi leur durée de vie. Grégory Merguérian, l’un des cofondateurs, explique : « Cela n’a pas été aussi facile que de vendre nos tubes en France ou aux Pays-Bas. Les contraintes sont avant tout logistiques et douanières. Cela prend plus de temps pour dédouaner nos marchandises, mais une fois qu’elles sont sur le territoire britannique et chez notre distributeur, tout se passe normalement. On a aussi la chance de ne pas être soumis à une certification supplémentaire sur notre produit. »
Le Brexit n’a pas complètement dissuadé ceux qui souhaitent entrer sur le marché britannique, même si cela nécessite de la détermination. Baudouin De Hemptinne, conseiller économique de l’Awex au Royaume-Uni, résume bien la situation depuis le bureau londonien de l’agence wallonne à l’exportation. Il explique que, suite au Brexit, les premières victimes sur le plan économique sont les Britanniques. « Le Brexit a certainement pénalisé les exportations wallonnes, mais pas autant que cela a pénalisé nos amis anglais. Le Royaume-Uni est un marché très important pour nous, c’était le 5e marché pour l’économie wallonne. Cela a progressivement évolué vers le 6e, puis le 7e, pour se stabiliser aujourd’hui au 8e rang. Les entreprises qui étaient habituées à faire des affaires ici ont soit pris peur, soit vu leur marge bénéficiaire fondre. De ce fait, beaucoup d’entreprises ont réorienté leurs exportations vers des marchés où elles se sentent mieux accueillies, sans avoir à remplir une montagne de formulaires. Intuitivement, je dirais que la détérioration des relations commerciales a touché le fond et qu’on est en train de reconstruire. »
En conclusion, « cela reste un marché très important pour l’économie wallonne mais qui est devenu, il est vrai, moins accessible. »
