Canicule : Les vagues de chaleur ne sont pas sans impact économique.
Le coût cumulé que la chaleur extrême pourrait faire peser sur l’économie française entre 2026 et 2030 est estimé à 240 milliards de dollars, soit 206 milliards d’euros, représentant environ 7 % du produit intérieur brut (PIB) annuel français. Selon l’étude d’Allianz Trade, les pertes de production liées à la chaleur pourraient réduire les recettes fiscales françaises d’environ 1,8 % par an dans les scénarios les plus défavorables.
Un chiffre impressionnant : 240 milliards de dollars, soit 206 milliards d’euros. C’est le coût cumulé que la chaleur extrême pourrait engendrer pour l’économie française entre 2026 et 2030, selon la dernière étude de l’assureur-crédit Allianz Trade. Cette perte estimée représente environ 7 % du produit intérieur brut (PIB) annuel français. Pour l’été 2025 seulement, les événements climatiques extrêmes devraient engendrer plus de dix milliards d’euros de pertes pour la France, d’après une étude publiée en septembre par l’université de Mannheim, en Allemagne.
Derrière ces sommes colossales se cache le phénomène de « stress thermique », analysé par les économistes. « Au-delà de 30 °C, même dans les bureaux, on a tendance à être moins concentré, entraînant une perte de productivité estimée à 10 % », indique Ségolène Journoud, chargée de mission à l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact). Elle identifie les professions les plus affectées, notamment dans le secteur de la construction, l’agriculture, la voirie, ou les espaces verts. Cependant, les employés du secteur tertiaire ne sont pas non plus épargnés. Le manque de sommeil causé par les nuits chaudes, la fatigue accumulée et les difficultés de concentration dues aux fortes températures mènent à une diminution généralisée des performances.
### Des conséquences durables
De surcroît, les effets d’un événement extrême perdurent bien au-delà de sa survenue. Hazem Krichene, économiste senior climat chez Allianz et Allianz Trade et principal auteur de l’étude de l’assureur-crédit, décrit le cercle vicieux : « Les entreprises supportent en premier lieu le coût de ces chaleurs extrêmes via une baisse de la productivité. » S’ensuivent les répercussions sociales. « Les années suivantes, on observe une diminution de la croissance de la masse salariale, ce qui finit par affecter la demande et la consommation des ménages », précise l’économiste, qui évoque un scénario de « stagflation ». Ce phénomène se caractérise par un ralentissement de l’activité économique couplé à une hausse des prix, notamment pour les produits agricoles et l’énergie, impactant directement le salaire réel et le pouvoir d’achat des ménages, explique l’économiste.
Les répercussions ne se limitent pas seulement aux entreprises. Les finances publiques en patissent également. Lorsqu’il y a un ralentissement de la croissance, les recettes fiscales diminuent mécaniquement, avec moins de rentrées de TVA et d’impôts sur les sociétés. Selon l’étude d’Allianz Trade, les pertes de production liées à la chaleur pourraient réduire les recettes fiscales françaises d’environ 1,8 % par an dans les scénarios les plus défavorables. Parallèlement, les dépenses publiques sont en hausse. Il est nécessaire de financer les soins de santé, les dispositifs d’urgence, les indemnisations après des catastrophes climatiques, l’aide aux agriculteurs, ou encore la rénovation des infrastructures, comme la réparation des routes fondues ou des rails déformés. Ces nombreux coûts impactent les équilibres budgétaires pour les décennies à venir. « La problématique du stress thermique pèse sur la fiscalité et le budget, et soulève de grandes questions de politique publique et climatique pour l’État », souligne Hazem Krichene.
### L’inaction coûterait encore plus cher
Ces questions appellent plusieurs types de réponses réglementaires et financières. D’après les travaux de l’Institut de l’économie pour le climat (I4CE), les moyens alloués à l’adaptation au changement climatique ont augmenté entre 2020 et 2024 en France. L’organisme recense 1,7 milliard d’euros dédiés à l’adaptation climatique, auxquels s’ajoutent plusieurs dizaines de milliards d’euros de dépenses publiques, contribuant « indirectement » à renforcer la résilience du pays, particulièrement dans les infrastructures, la rénovation des bâtiments ou la prévention des risques naturels. Toutefois, les experts soulignent que l’effort demeure insuffisant face à l’ampleur des défis, notant que la dynamique se grippe en 2025, à cause de contraintes budgétaires.
Concernant la réglementation, la France avance progressivement. Un décret et un arrêté de 2025 renforcent les obligations des employeurs lors de vagues de chaleur. Cependant, comme le fait remarquer Ségolène Journoud, « contrairement à d’autres pays, il n’existe pas de température maximale au-delà de laquelle le travail est interdit en France ». Elle estime que le pays pourrait s’inspirer de ceux de ses voisins, comme l’Espagne. À l’échelle des organisations, certaines réagissent de manière ponctuelle, tandis que d’autres anticipent vraiment. Elle cite l’exemple de l’entreprise Leroy Merlin, où les employés des entrepôts non climatisés bénéficient de pauses dans des « pièces refuges » climatisées, ainsi que la collectivité de Grenoble, qui a décalé les horaires d’été des équipes travaillant à l’extérieur afin d’éviter les heures les plus chaudes.
La conclusion des experts est claire. « L’adaptation climatique, en particulier face à la chaleur, n’est pas un épiphénomène, mais un défi durable pour la société et le monde du travail », affirme Ségolène Journoud. Elle représente un facteur économique pouvant influencer la croissance, l’emploi, les finances publiques et le niveau de vie des Français pour les prochaines décennies. Toutefois, « si aucune action n’est entreprise, l’impact sera encore plus négatif », conclut Hazem Krichene.
