
Canicule : « 36,4 °C à Angoulême » et la couverture médiatique des records de chaleur
Un nouvel épisode de forte chaleur déferle sur la France en cette fin de semaine. En 2025, les records de chaleur ont été dix fois plus nombreux que les records de froid en France, selon le bilan annuel de Météo-France.
Un nouvel épisode de forte chaleur s’installe sur la France en cette fin de semaine. Fin mai, un « dôme de chaleur » avait déjà affecté le pays. En une semaine, Météo-France avait enregistré plus de 1.100 températures records, dont un nouveau record national pour un mois de mai : 37,8 °C. D’autres records incluent 31,8 °C à Noirmoutiers, 36,4 °C à Angoulême et 20,9 °C à Rennes durant la nuit.
Les médias, comme à chaque vague de chaleur, sont envahis par une succession de chiffres. Mais cette « course » aux records est-elle la meilleure manière de sensibiliser le public au dérèglement climatique, ou est-ce devenu lassant ?
Pour Serge Zaka, agroclimatologue, la réponse est évidente. « Il existe des critères objectifs pour aborder le dérèglement climatique : les records, les surfaces touchées, la durée des épisodes », déclare-t-il. Ces indicateurs « évitent les dérives, les sentiments » et permettent de « mesurer les canicules entre elles ». Il souligne que « si soixante-dix ans après le début du suivi des canicules, on continue à battre des records, c’est cela qui devrait susciter l’inquiétude. Ce ne sont pas des superlatifs pour faire peur, c’est factuel. »
### Ne pas confondre météo et climat
Karine Durand, journaliste et coauteure du livre *Les 100 phénomènes météo les plus extraordinaires*, partage cette opinion tout en admettant que ce n’est « pas le seul angle ». La comparaison avec les moyennes saisonnières ou les températures de 1950, par exemple, rend également visible l’évolution climatique. En 2025, les records de chaleur en France ont été dix fois plus nombreux que ceux de froid, selon le bilan annuel de Météo-France. De plus, le nombre de jours de vagues de chaleur a quadruplé entre la période 1947-1976 et la période 1992-2006.
Christine Peña, journaliste météo à France Info, insiste sur la nécessité de ne pas confondre météo et climat : « Une vague de chaleur, c’est un épisode, c’est ponctuel, et grâce aux records, on le relie aux statistiques et au climat. »
### L’impact sur la sécurité et la santé mieux traité
Cela ne signifie pas qu’il n’existe pas d’autres façons d’aborder le dérèglement climatique. « Ce qui permet de vraiment faire prendre conscience au public de l’impact du dérèglement climatique, selon toutes les études et les sondages, c’est l’angle sur la santé », souligne Karine Durand. Elle note aussi un changement dans le traitement médiatique du sujet depuis les années 1990-2000, période de la « météo-loisirs » : de nos jours, la plupart des présentateurs sont des météorologues ou des journalistes formés, et le sujet est désormais traité sous l’angle de la sécurité plutôt que du loisir.
Reste à déterminer s’il faudrait modifier cette approche. Pour Serge Zaka, remplacer les superlatifs par un autre vocabulaire serait une erreur : « Changer de lexique, c’est toujours le même débat stérile. Ce serait une mauvaise idée, car on ne pourrait plus établir factuellement l’importance des canicules. » En résumé, cacher le thermomètre ne fera pas diminuer la chaleur.
