Belgique

Faut-il arrêter de boire du lait de vache ? Deux visions s’opposent.

Gaïa souligne que, dans les élevages laitiers, les veaux sont généralement séparés de leur mère quelques heures après leur naissance. Selon l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), la séparation précoce de la mère et du veau a des conséquences négatives sur le bien-être animal.

Comme souvent, Gaïa mise sur l’émotion pour faire passer son message. Vous avez peut-être vu récemment sa campagne à la télévision : dans un court métrage sans paroles, une vache s’échappe de son étable et parcourt champs, routes et rivières pour retrouver son petit… un périple imaginaire qui se termine brutalement. Mais ce n’était qu’un rêve. La réalité, rappelle l’association, est que les veaux sont généralement séparés de leur mère quelques heures après leur naissance dans les élevages laitiers.

Les veaux séparés de leurs mères, une pratique contestée

Pour Sébastien De Jonge, directeur des opérations de Gaïa, cette campagne vise avant tout à informer : « C’est une campagne qui veut d’abord rappeler la réalité de l’industrie laitière« . Selon lui, le grand public a longtemps été exposé à une image idéalisée de la production laitière. « On a été pendant des décennies abreuvé d’un message qui était mensonger. On voyait des animaux heureux, la vache qui rit par exemple, courir dans les champs« .

L’association s’appuie notamment sur les avis scientifiques de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), qui estime que la séparation précoce de la mère et du veau a des conséquences négatives sur le bien-être animal. « La séparation précoce n’a aucun bienfait documenté scientifiquement et il y a une atteinte au bien-être animal« , soutient ainsi Sébastien De Jonge.

Des éleveurs qui défendent leurs pratiques

Le constat factuel de cette séparation n’est pas contesté par les représentants agricoles. En revanche, ils rejettent fermement l’interprétation qu’en fait Gaïa.

Président de la Fédération wallonne de l’agriculture et éleveur laitier, Daniel Coulonval rappelle que le retrait du veau intervient effectivement peu après le vêlage. Mais, selon lui, cette pratique répond avant tout à des impératifs sanitaires. « C’est à des fins de bien-être animal« , affirme-t-il. « Lorsqu’on sèvre rapidement un veau, on peut lui assurer des soins qu’une vache qui vient de vêler n’est pas toujours en mesure de donner« .

L’éleveur défend également un accompagnement individualisé des jeunes animaux dès leurs premières heures de vie. « C’est une pratique de soin« , insiste-t-il, estimant qu’une séparation plus tardive serait source de davantage de détresse pour la mère et son petit.

Deux récits opposés de l’élevage laitier

Au-delà du fond, c’est aussi la forme de la campagne qui fait réagir. Les organisations agricoles reprochent à Gaïa de présenter une image industrialisée de l’élevage qui ne correspondrait pas à la réalité wallonne. Daniel Coulonval souligne que l’immense majorité des exploitations laitières wallonnes demeurent de type familial et ne ressemblent pas aux fermes géantes parfois montrées dans certaines vidéos militantes.

Un argument que balaie en partie Gaïa. Pour l’association, le débat ne porte pas sur la taille des exploitations mais sur les pratiques elles-mêmes. « Le problème, c’est la séparation précoce, immédiate, dès la naissance« , insiste Sébastien De Jonge. L’organisation met également en avant la mortalité des veaux et certaines conditions d’élevage qu’elle considère incompatibles avec les besoins naturels des animaux.

Derrière le lait, un débat de société

Cette nouvelle campagne révèle surtout deux visions profondément différentes de l’élevage. D’un côté, Gaïa estime que les consommateurs disposent aujourd’hui d’alternatives leur permettant de réduire, voire de supprimer, leur consommation de produits animaux. « Dans un monde idéal, oui, on devient végétalien« , assume Sébastien De Jonge.

De l’autre, les représentants agricoles défendent une activité qu’ils considèrent indispensable à l’équilibre des territoires ruraux et à la production alimentaire. Daniel Coulonval rappelle notamment le rôle des élevages dans la valorisation des prairies permanentes et dans le maintien de certaines formes de biodiversité.

► Écoutez ci-dessus l’intégralité de ce débat dans le podcast du Monde en direct.