Tunisie

Administration : La Tunisie est-elle vraiment la championne des jours fériés ?

La Tunisie compte aujourd’hui quinze jours fériés chômés et payés dans la fonction publique, dont sept sont consacrés aux fêtes religieuses et six aux fêtes nationales. En comparaison, le Maroc en compte dix-sept et l’Argentine occupe l’une des premières places mondiales avec dix-neuf jours fériés.

La Tunisie, avec quinze jours fériés officiels chômés et payés par an, se classe parmi les pays les plus généreux en matière de repos légal. Cependant, contrairement à une idée répandue, elle ne détient pas le record mondial. Au-delà des chiffres, il est essentiel de s’interroger sur le temps de travail effectif.

La Presse — Ce débat resurgit régulièrement à chaque fête nationale ou religieuse, comme celles marquant l’an de l’Hégire. Certains jugent les jours fériés comme un acquis social et culturel à protéger, tandis que d’autres estiment qu’ils nuisent à la productivité et freinent l’activité économique.

Actuellement, le calendrier tunisien comprend quinze jours fériés chômés et payés pour la fonction publique. Parmi eux, sept jours sont dédiés aux célébrations religieuses : trois pour l’Aïd El-Fitr, deux pour l’Aïd El-Idha, un pour le Nouvel An de l’Hégire et un pour le Mouled. Les fêtes nationales totalisent six jours : le 17 décembre (fête de la Révolution), le 20 mars (Indépendance), le 9 avril (journée des Martyrs), le 25 juillet (fête de la République), le 13 août (fête nationale de la Femme) et le 15 octobre (fête de l’Évacuation). À ces jours s’ajoutent deux fêtes universelles : le Jour de l’An, le 1er janvier, et la fête du Travail, le 1er mai.

Avec ses quinze jours fériés, la Tunisie est au niveau de Chypre. Elle reste cependant derrière le Maroc qui en a dix-sept et loin derrière l’Argentine qui figure parmi les pays leaders avec dix-neuf jours fériés. En comparaison, l’Espagne en compte quatorze, l’Algérie treize, la France onze, les États-Unis dix, tandis que le Canada et l’Allemagne en ont neuf chacun. Le Royaume-Uni, la Belgique et les Pays-Bas en dénombrent seulement huit. La Suisse se positionne en bas de ce classement avec seulement six jours.

Ces comparaisons relativisent les affirmations selon lesquelles la Tunisie serait « championne du monde » en matière de jours fériés. Elle se place plutôt dans le groupe des pays présentant un nombre élevé de jours de repos officiels sans occuper la première place.

Néanmoins, le nombre de jours fériés ne représente qu’une image imparfaite du temps de travail réellement effectué au cours de l’année. Dans la fonction publique, d’autres éléments viennent réduire la durée effective de présence. Par exemple, le régime de la séance unique est appliqué pendant environ trois mois, notamment durant le mois de Ramadan et pendant les mois de juillet et août, diminuant ainsi la durée quotidienne de travail dans les administrations.

À cela s’ajoutent des congés annuels, généralement d’un mois, ainsi que des congés de maladie régis par le statut général des personnels de l’État, des collectivités publiques locales et des établissements publics à caractère administratif, qui distinguent plusieurs situations.

Durant les premiers mois de service, tant que le fonctionnaire n’a pas accompli une période minimale de 365 jours de services effectifs, il a droit à un congé de maladie ordinaire à plein traitement, dans la limite de cinq jours par mois de service. Après cette période, il peut prétendre à un congé de maladie ordinaire d’une durée maximale de douze mois, dont deux mois à plein traitement et dix mois à demi-traitement, tout en continuant à percevoir l’intégralité des indemnités familiales durant cette dernière période.

Le texte précise également que sont ajoutés dans le calcul des 365 jours de référence les services effectifs, les congés de repos, les jours fériés, les congés de formation continue, les congés de maternité, ainsi que les congés exceptionnels. Une fois les droits épuisés, un fonctionnaire ne peut bénéficier d’un nouveau congé de maladie ordinaire qu’après avoir terminé une nouvelle période de 365 jours, laquelle débute dès le retour au service.

En cas d’absence prolongée après épuisement des droits, le fonctionnaire est placé en position de disponibilité d’office. S’il est reconnu définitivement inapte à reprendre ses fonctions, il peut faire valoir ses droits à la retraite.

En conséquence, l’horaire légal de quarante heures par semaine apparaît davantage comme un plafond théorique que comme une réalité constante tout au long de l’année.

Ainsi, la question ne porte peut-être pas sur le nombre de jours fériés, mais plutôt sur celle de la productivité. Les expériences internationales montrent que les économies les plus performantes ne sont pas forcément celles où l’on travaille le plus longtemps, mais celles où le travail est le mieux organisé et le plus efficace.

Le débat concernant les jours fériés renvoie donc à une réflexion plus large sur le rendement de l’administration, l’organisation du temps de travail et la qualité des services offerts aux citoyens. Car si les jours de repos sont faciles à dénombrer, la productivité demeure le véritable indicateur de la performance d’une économie.