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Protocole d’accord Iran-USA : qui sont les gagnants et perdants ?

Un protocole d’accord a été conclu le 15 juin entre Israël et les États-Unis, après une quarantaine d’annonces faites par Donald Trump depuis le lancement des hostilités contre l’Iran fin février. Selon des sources, cet accord prévoit le déblocage de 24 milliards de dollars d’avoirs iraniens gelés au cours de la période de négociation de 60 jours.


Il avait été évoqué à de nombreuses reprises par Donald Trump depuis le début des hostilités contre l’Iran, lancé fin février. Un accord a enfin été conclu le 15 juin entre Israël et les États-Unis. Il s’agit en réalité d’un protocole d’accord (mémorandum of understanding, ou MOU), qui établit le cadre pour les négociations de fond qui vont débuter.

Les détails précis de cet accord ne sont pas encore connus, ce qui permet à chaque partie de présenter cette étape de manière avantageuse. Cependant, il y a des gagnants, des perdants et des rescapés de cette guerre qui a redistribué les cartes au Moyen-Orient. Voici un aperçu, fondé sur les analyses des meilleurs experts de la région.

**Les gagnants**

L’Iran a subi de lourdes pertes. De nombreux sites militaires ont été détruits et plusieurs dirigeants ont été tués. Pourtant, le régime de la République islamique est toujours en place et revendique sa victoire : il a résisté à l’agression américano-israélienne, son programme nucléaire reste intact, et il a pu dans une certaine mesure imposer ses conditions à tous ses interlocuteurs.

Elizabeth Sheppard Sellam, professeure de Relations internationales à l’université de Tours, constate : « À ce stade, le grand gagnant semble être le régime iranien. Il reste au pouvoir, voit les sujets les plus sensibles reportés à plus tard, retrouve une marge de manœuvre économique et diplomatique, et échappe, pour l’instant, à toute remise en cause fondamentale. »

Elle rappelle les objectifs initiaux de la guerre : la destruction du programme nucléaire iranien, des missiles balistiques, des proxys iraniens (Hezbollah, Houtis, Hamas), et surtout, la chute du régime. Aucun de ces objectifs n’a été atteint pour l’instant.

Dan Shapiro, ancien ambassadeur des États-Unis en Israël, explique que le scénario imaginé par les alliés américano-israéliens ne s’est pas concrétisé : « Le président Trump pensait que le régime iranien s’effondrerait rapidement, mais ce ne fut pas le cas. Le régime a été renforcé stratégiquement par sa survie face à la lourde attaque américano-israélienne et par quelques contre-attaques efficaces. De nombreux pays de la région courtisent désormais l’Iran, cherchent la désescalade et à rebâtir des liens. Rouvrir le détroit d’Ormuz est le résultat le plus important de ce MOU. »

L’agence de presse iranienne Mehr rapporte que l’accord prévoit aussi « le déblocage de 24 milliards de dollars d’avoirs iraniens gelés pendant la période de négociation de 60 jours », dont la moitié versée avant le début des pourparlers. Cinq grands pays (Royaume-Uni, France, Allemagne, Italie, Canada) ont exprimé leur disposition dans un communiqué commun à lever certaines sanctions contre l’Iran.

Karim Emile Bitar, interrogé sur France Info, estime : « Cette guerre a été très contre-productive. Le régime est enhardi. Le simple fait qu’il ait résisté à un déluge de fer et de feu lui permet de crier victoire, d’autant plus que les voisins, notamment les Émirats arabes unis, ont succombé à ce bon vieux racket à la protection. Ils auraient déjà débloqué 3 ou 4 milliards sur les avoirs dont l’Iran devrait pouvoir bénéficier. Et il y aura un ruissellement vers les proxys iraniens. »

**Le commerce mondial et les marchés**

« Navires du monde entier, mettez les moteurs en marche. Que le pétrole coule à flots ! » a annoncé triomphalement Donald Trump à propos de la réouverture du détroit d’Ormuz, « dès la signature de l’accord vendredi afin de permettre le déminage ».

La reprise de navigation à travers ce détroit stratégique, où transite normalement un cinquième du commerce mondial d’hydrocarbures, ne sera pas instantanée. Michel Liégois, professeur de Relations internationales à l’UCLouvain, prévoit que « la reprise réelle de la navigation prendra deux semaines. Il faut déminer. Il faut que la confiance revienne. »

L’annonce a immédiatement déclenché une chute d’environ 5% des cours du pétrole, qui avaient flambé après le début de la guerre et le blocage du détroit. Les Bourses, quant à elles, ont bondi en moyenne de 5%. Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, juge l’accord « une bonne nouvelle », tout en restant prudente quant à son succès futur.

**Les perdants**

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou est resté silencieux à l’annonce de l’accord. Il a toujours fait de l’affrontement avec l’Iran le cœur de la politique extérieure israélienne. Cependant, depuis le début des hostilités, rien ne s’est déroulé comme prévu. Donald Trump a conclu un accord avec Téhéran sans consulter son partenaire israélien.

Esther Solomon, du journal israélien Haaretz, écrit : « Pour Netanyahou, c’est un échec sur plusieurs fronts. La dernière année d’attaques américano-israéliennes était censée être l’aboutissement de son obsession visant à neutraliser complètement la capacité de l’Iran à menacer Israël. »

Romuald Sciora, directeur à l’IRIS, confirme : « Netanyahou mène une guerre existentielle. Selon lui, un Iran doté d’armes nucléaires est une menace pour Israël. Or, malgré tout, le programme nucléaire ne sera pas stoppé. »

La menace pèse aussi sur sa survie politique. Netanyahou, qui doit faire face à des élections, pourrait se retrouver devant les juges et achève de se sentir abandonné par les États-Unis, surtout par Trump.

Danny Citrinowicz, ancien du renseignement militaire israélien, note : « Le régime que nous voulions renverser ressort renforcé. » Sima Shine, ex-responsable du renseignement israélien, déclare que le pays sort de cette guerre en très mauvaise posture.

**Les monarchies du Golfe**

Les pays du Golfe ont payé un lourd tribut à cette guerre. Le régime iranien a répliqué aux frappes américano-israéliennes en ciblant des bases américaines dans les monarchies voisines ainsi que des infrastructures énergétiques.

Au Qatar, le plus grand pôle de liquéfaction de gaz a subi d’importants dommages, et la réparation pourrait prendre jusqu’à cinq ans, selon le directeur général de QatarEnergy.

Le Qatar a concouru à la médiation entre l’Iran et les États-Unis, visant à finaliser l’accord. La diplomatie s’est poursuivie à Doha avec des réunions préparatoires pour la signature officielle.

Andreas Krieg, professeur au King’s College de Londres, note : « Israël déclenche une guerre, plongeant la région dans le chaos, puis le Qatar intervient pour sauver la situation. Les monarchies du Golfe sortent de cet épisode largement affaiblies face à l’Iran. »

**Les rescapés de la guerre**

Pour le Liban, ce protocole est un soulagement, même avec les zones d’ombre qui subsistent. Près de quatre mois de bombardements israéliens ont causé plus de 3700 morts et plus d’un million de déplacés.

Le président Joseph Aoun a exprimé l’espoir que l’accord mettrait fin à la guerre avec Israël et ouvrirait une ère de stabilité. Toutefois, Israël n’a pas confirmé cet engagement.

Karim Emile Bitar souligne le point faible du protocole : « Si Israël ne se retire pas du Liban, cela donne une justification au Hezbollah pour ne pas remettre ses armes. »

Un retour timide d’habitants a été constaté dans certaines zones non occupées par l’armée israélienne, mais l’armée libanaise a demandé de retarder le retour dans les zones proches de la frontière.