Belgique

180 ans du Parti libéral : un anniversaire qui ne rassure pas.

Le MR a fêté en grande pompe ses 180 ans, un événement qui survient cinq ans après les 175 ans du parti libéral. Frédéric De Gucht, président d’Anders, a mis en garde contre la désunion au sein des libéraux et a appelé à un front uni contre le populisme.

Les anniversaires au MR

Le MR apprécie célébrer ses anniversaires. Il y a cinq ans, le parti libéral fêtait en grande pompe ses 175 ans, et il renouvelle l’événement pour ses 180 ans. Mais pourquoi, plus que d’autres partis, les libéraux aiment-ils tant commémorer ces anniversaires ? Je pense qu’il s’agit d’une volonté de rassurer alors que Georges-Louis Bouchez adopte un style en rupture. Il impose au libéralisme, une idéologie très souple, une tension rarement observée en Belgique.

Tensions avec le parti libéral flamand et Frédéric De Gucht

La première tension réside dans la division avec le parti libéral en Flandre. Il y a cinq ans, la cérémonie réunissait le MR et le VLD. Cette année, le MR l’organise seul, ce qui témoigne d’une désunion sans précédent. Frédéric De Gucht, président d’Anders, est finalement venu prononcer un bref discours. Cependant, il est clair que la volonté d’implanter le MR en Flandre ainsi que le style du président francophone ne sont pas bien perçus. Dans son discours, Frédéric De Gucht a averti contre la désunion et a appelé à un front uni contre le populisme, un populisme qu’il a déjà plusieurs fois reproché à Georges-Louis Bouchez.

Respect et raison

C’est la deuxième tension : le style clivant et parfois populiste de Georges-Louis Bouchez est-il conforme à la tradition libérale ? La réponse de Frédéric De Gucht est déjà claire : non. En réalité, Georges-Louis Bouchez a lui-même répondu à cette question. Son discours était, en effet, en opposition flagrante avec ses prises de position passées, offrant une image quelque peu déroutante. Il présente la philosophie libérale comme celle du respect, ce qui signifie, explique-t-il, ne pas céder aux émotions, aux insultes ou à l’irréflexion. Extrait : « La philosophie libérale, c’est la philosophie du respect. […] Le respect, il se traduit par le fait de s’adresser à l’intelligence de l’individu. Ne pas se laisser aller à tomber dans les sentiments, dans l’impulsion, dans le moment où le propos est un peu facile. C’est celui qui consiste à toujours s’adresser à son interlocuteur sur la base d’arguments rationnels. […] Mais on ne peut être qu’un fier et digne libéral que si on conserve cette exigence de respect qui se traduit dans l’intelligence et la clarté ainsi que la rationalité du propos« .

La théorie de l’élastique chez les libéraux

Georges-Louis Bouchez au palais des Académies n’est pas le même Georges-Louis Bouchez sur X. Pour être justes, ce type de contradiction entre les intentions affichées et les réalités politiques se retrouve également dans d’autres partis. Cependant, on atteint ici un niveau exceptionnel en matière de contradictions, tant la polarisation et parfois les invectives semblent souvent constituer la méthode de communication du président du MR.

A travers ce grand écart, se manifeste toute la difficulté du projet de Georges-Louis Bouchez. Il cherche à élargir son électorat en usant d’un discours anti-système, parfois illibéral, au style populiste à la manière de Javier Milei, le président argentin, tout en voulant conserver un électorat libéral de base, plus modéré, qui semble s’éloigner vers Les Engagés. Étendre l’élastique du libéralisme avait bien fonctionné en 2024. Mais la question demeure totalement ouverte jusqu’à 2029 : jusqu’où cet élastique peut-il se tendre sans se rompre ?