Washington interdit les IA d’Anthropic : en 1999, un Mac classé arme de guerre.
Le gouvernement américain a ordonné la coupure de Fable 5 et Mythos 5, rappelant qu’en 1999, un ordinateur de bureau d’Apple, le Power Mac G4, avait également été jugé trop puissant pour circuler librement. En vertu de l’Export Administration Act de 1979, toute machine dépassant un gigaflop, soit un milliard d’opérations par seconde, était classée comme une arme potentielle et ne pouvait pas être exportée librement.

Cette situation rappelle un précédent, avec une touche de nostalgie. La décision du gouvernement américain de couper l’accès aux Fable 5 et Mythos 5 n’est pas la première à interdire un produit jugé trop puissant pour circuler librement. En 1999, la cible n’était pas une intelligence artificielle, mais un ordinateur personnel fabriqué par Apple.

Cette année-là, Apple lançait le Power Mac G4, considéré comme le premier ordinateur personnel à dépasser les performances d’un gigaflop, soit un milliard d’opérations par seconde. Cependant, une loi américaine de 1979, l’Export Administration Act, classait toute machine dépassant ce seuil comme une arme potentielle, afin d’éviter qu’elle ne soit accessible à des acteurs hostiles. Par conséquent, le G4 ne pouvait pas être exporté librement, notamment vers la Chine. En pratique, un Mac de bureau était classé au même niveau qu’une munition.
Quand Apple faisait d’une restriction un argument de marketing
Alors qu’Anthropic subit cette coupure, Apple a adopté une approche inverse. La marque a promu le G4 comme le « premier supercalculateur personnel » et a diffusé une publicité télévisée où des chars entouraient l’ordinateur. La publicité se concluait par une remarque acerbe : les PC sous Pentium, eux, ne présentent aucun danger. Steve Jobs, à l’époque directeur intérimaire, a utilisé cette controverse pour écouler la machine à l’international tout en exerçant des pressions pour lever l’interdiction.
Pourtant, cette stratégie n’était pas tout à fait authentique. L’administration Clinton avait déjà décidé de relever le seuil d’exportation, une mesure devant entrer en vigueur en janvier 2000. Apple a simplement tiré parti d’une période de quelques mois pour transformer une règle désuète en atout marketing. Vingt-cinq ans plus tard, la décision concernant Anthropic suscite les réactions de la classe politique française, illustrant un changement d’échelle dans les enjeux.
La distinction réside dans le fait qu’aujourd’hui, un gigaflop semble dérisoire (un iPhone récent effectue des milliers d’opérations par seconde), tandis qu’une intelligence artificielle bloquée pour des raisons de sécurité nationale ne deviendra pas inoffensive dans six mois.
