Belgique

En Champagne, le plus grand immeuble imprimé en 3D d’Europe fait 800 m2 sur 3 étages.

L’immeuble imprimé en 3D, situé à Bezannes, mesure 66 m² et comprend deux chambres, un séjour avec cuisine ouverte et une terrasse. La construction a duré 34 jours, nécessitant deux fois moins de temps et de personnel par rapport à un immeuble traditionnel.


Nous avons visité l’un des appartements situés au rez-de-chaussée de cet immeuble à Bezannes. D’une superficie de 66 m², il comprend deux chambres, un séjour avec une cuisine ouverte donnant sur une terrasse entourée de pelouse. Ce nouveau logement social est supposé accueillir une famille, mais son mode de construction est surprenant !

À l’extérieur, le bailleur social Plurial Novilia a choisi de laisser les murs bruts, révélant un béton gris qui montre les différentes couches déposées par une imprimante 3D de grande dimension. Cet immeuble de trois étages, aux formes arrondies, est le plus grand d’Europe construit avec cette méthode d’impression en 3D sur site. Nicolas Bouillard, directeur adjoint de l’agence Champagne de Demathieu Bard Construction, décrit ce processus comme une véritable révolution pour les ouvriers du bâtiment. « Dans notre secteur, nous avons beaucoup de troubles musculo-squelettiques, des problèmes de dos, d’articulations, de muscles. Sur ce chantier, ces problèmes sont considérablement réduits« , explique-t-il. « Le travail de nos équipes s’est résumé à contrôler le robot via une tablette, pour garantir la bonne impression« .

C’est comme si on avait une voiture qui fonctionnait au charbon et une voiture qui fonctionnait à l’électricité

Nicolas Bouillard, directeur adjoint de l’agence Champagne de Demathieu Bard Construction

Simultanément à la construction de cet immeuble en impression 3D, un bâtiment traditionnel a été édifié avec des dimensions identiques pour réaliser une étude comparative. Pour le gros œuvre, l’immeuble imprimé a nécessité 34 jours de travaux, soit deux fois moins de temps et d’effectifs que pour le bâtiment classique. Les nuisances sonores diffèrent également largement entre les deux chantiers.

« On entend un léger sifflement, tout léger« , se remémore Nicolas Bouillard. « D’un autre côté, le bâtiment traditionnel, où l’on utilise du matériel lourd et encombrant, génère un bruit nettement plus fort. C’est comme une voiture fonctionnant au charbon face à une autre à électricité, si l’on fait une comparaison !« .

Dans l’immeuble imprimé, le béton n’exige ni piliers ni armatures : il a été conçu par le cimentier Holcim avec des macrofibres synthétiques intégrées dans l’encre (la matière utilisée par l’imprimante 3D). La structure des murs a également été optimisée pour l’imprimante, offrant une isolation efficace. Hélène Lombois-Burger, directrice Recherche et développement granulats et bétons chez Holcim, explique : « C’est en dessinant le mur qu’on a intégré l’isolation : l’isolant est logé dans la paroi de la façade, avec une cavité à l’intérieur. Nous pouvons ajuster cette cavité à la dimension souhaitée pour y verser l’isolant. Ainsi, nous obtenons une isolation continue de grande qualité, mise en place rapidement« .

Les métiers du gros œuvre vont devenir beaucoup moins pénibles et surtout plus qualifiés

Jérôme Florentin, directeur de la maîtrise d’ouvrage chez le bailleur social Plurial Novilia

Ces bâtiments en impression 3D pourraient transformer le marché du travail dans le secteur de la construction. Jérôme Florentin, directeur de la maîtrise d’ouvrage chez Plurial Novilia, souligne que « les métiers du gros œuvre vont devenir beaucoup moins pénibles et surtout plus qualifiés. Il faudra des jeunes formés aux connaissances de la machine, à la maintenance et au suivi de l’évolution de l’imprimante 3D. Nous observons déjà un intérêt croissant de la part des étudiants pour notre projet, ce qui peut améliorer notre attractivité« . Le secteur fait face à des pénuries chroniques de main-d’œuvre. Pour l’instant, les autres métiers du chantier (pose des escaliers, des planchers, etc.) demeurent identiques à ceux des immeubles traditionnels une fois les murs érigés.

Les architectes devraient aussi apprécier ce nouvel outil : « Nous élargissons les possibilités architecturales« , précise Jérôme Florentin. « Que le robot soit dirigé pour tourner ou aller de manière droite ne coûte pas plus cher. Il suit les plans de l’architecte, qu’il s’agisse de lignes droites, de courbes ou d’ellipses. Pour lui, c’est la même chose« .

Dans quelques années, les équipes ayant contribué à ce projet estiment qu’il sera possible de concevoir son logement sur une tablette avant de faire appel à une imprimante 3D pour la construction, à l’image de la conception sur mesure des cuisines chez les cuisinistes ou dans les grands magasins de meubles.