Un chef-d’œuvre que le musée maison Victor Hugo n’exposera jamais.
L’exposition Hugo et l’architecture se tient à la Maison Victor Hugo, située place des Vosges, du 11 juin au 22 novembre 2026. Victor Hugo vécut dans cette demeure de 1832 à la révolution de 1848 et y dessina de nombreux édifices tout au long de sa vie.
Attention, chef-d’œuvre ! À l’occasion de l’exposition Hugo et l’architecture, récemment inaugurée à Paris, un trésor peu accessible et que aucun musée au monde ne pourra exposer est enfin révélé : Le Burg à la Croix. Ce dessin remarquable, daté de 1850, vient clôturer le parcours riche proposé par la Maison Victor Hugo, soulignant qu’en plus d’être un écrivain, l’homme était un génie des arts graphiques passionné par l’architecture tout au long de sa vie.
Des dessins entre les lignes
« C’est notre Joconde », s’enthousiasme Alexandrine Achille, commissaire de l’exposition Hugo et l’architecture à propos de Le Burg à la Croix, qui sera exposé du 11 juin au 22 novembre 2026 à la Maison Victor Hugo*. Cette grande demeure, située place des Vosges (ancienne place Royale), fut le foyer de l’écrivain de 1832 jusqu’à la révolution de 1848. Il y a écrit plusieurs œuvres remarquables, telles que Ruy Blas, Les Rayons et les ombres et des parties des Misérables, achevées lors de son exil après le coup d’État du 2 décembre 1851 orchestré par Louis-Napoléon Bonaparte. C’est également dans cette maison qu’il a dessiné, et sans doute beaucoup.
Sous le titre De la pierre à la plume, l’exposition Hugo et l’architecture souligne que dès son jeune âge en Espagne, Victor n’a cessé de dessiner. « L’architecture irrigue son œuvre graphique et littéraire », note Alexandrine Achille, commissaire. L’accrochage, divisé en plusieurs thématiques au premier étage de la Maison Victor Hugo (située au-dessus des appartements de l’écrivain, qu’il est nécessaire de visiter), met en lumière la fascination d’Hugo pour l’architecture. Très tôt, grâce à des techniques de fusain ou de plume, il immortalisa des pignons, des abbayes, des cathédrales, des châteaux, ainsi que des ruines. Ses nombreux voyages à travers la France, la Belgique, la Vallée du Rhin et l’Espagne lui fournirent l’inspiration nécessaire pour illustrer ses souvenirs. Insatiable dans l’écriture, il l’était tout autant dans le dessin.
Paradoxalement, Hugo n’a réalisé qu’un dessin de Notre Dame de Paris, un roman architectural datant de 1831, auquel une salle entière de l’exposition est consacrée. Le succès de l’histoire d’Esmeralda a permis à Hugo de jouer un rôle clé dans la préservation et la restauration de cet édifice, alors en danger de destruction à cause de son état déplorable.

Attiré également par la photographie, Hugo a compilé dans un album intitulé Phébus, spécialement dédié à son fils François Victor, des photographies commerciales (ancêtres des cartes postales) ainsi que ses propres dessins de lieux visités. L’exposition présente cet ouvrage, révélant l’attention portée par l’auteur-dessinateur à décrire minutieusement les façades ou détails des bâtiments, prenant soin d’annoter chaque image. « Chez lui, le dessin est souvent accompagné d’une description que l’on retrouve dans des lettres à sa femme, à sa fille ou dans des carnets de voyage », souligne Alexandrine Achille. « Il évoque ses passions, ainsi que ses regrets, notamment face aux destructions révolutionnaires, il se remémore ».
Un château fantasmé entre Allemagne et Espagne
Hugo imagine également. C’est l’un des aspects de l’exposition qui captivera encore plus le visiteur. Par exemple, avec le dessin Le Phare d’Eddystone (1866), sans doute l’une de ses plus belles œuvres, qui dépeint un bâtiment apparemment fragile, une interprétation fictive d’un phare mentionné dans son roman L’homme qui rit.
Et il y a Le Burg à la Croix !

Ce dessin, créé par Hugo pour embellir son appartement de la rue de la Tour d’Auvergne (où il résida de fin 1848 jusqu’en 1851, avant son exil), est le plus grand qu’il ait signé. Mesurant 115,5 x 169,5 cm et exécuté sur papier marouflé, il offre une vision onirique d’un château, probablement inspiré par ses voyages en Allemagne et en Espagne. Mêlant différentes techniques, ce paysage allégorique au crayon, à la plume, au lavis, au fusain, à la gouache, à l’encre et même au pochoir, attire le regard du visiteur, incitée à franchir les portes de cette bizarre cité obscure, à s’y perdre également, laissant libre cours à son imagination.
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Des années plus tard, en 1871, Hugo prit soin d’encadrer son œuvre, ornée cette fois de larges motifs floraux et d’insectes. Superbe. « Il s’agit d’un trésor national qui n’a jamais été prêté à aucun musée », précise la commissaire de l’exposition. Si l’exposition ne peut pas être visitée, Le Burg à la Croix, numérisé en Gigapixels, est disponible en suivant ce lien.
La maison qu’il ne construisit jamais
Enfin, véritables curiosités et exposées pour la toute première fois, les plans originaux d’une maison parisienne que Victor Hugo souhaitait voir construire à la fin de sa vie. Ce ne sont pas ses dessins, mais ceux de l’architecte Philippe Leidenfrost.

Derrière des images d’une majestueuse maison en pierres et briques, manifestement inspirée par sa propre demeure de la place des Vosges, on ressent que Hugo guide le bâtisseur. « Je veux un hôtel entre cour et jardin avec une grande porte au milieu » avait-il demandé dans les derniers instants de sa vie. Trop tard, l’architecte Hugo s’est éteint à l’âge de 83 ans, le 22 mai 1885, alors que les plans de son projet de maison venaient juste d’être finalisés.
* Maison de Victor Hugo, 6, place des Vosges, 75004 Paris.
