Feryel Lakhdar témoigne : un jour sans un oiseau
Feryel Lakhdar a présenté un ensemble de sculptures et une collection de tableaux médaillons lors d’une exposition d’art de la table. Elle a conçu deux ensembles de plats, objets et bougies en deux gammes de couleurs différentes : une série florale à dominante bleu et vert, et une seconde vers des roses de douceurs.
Feryel ne cesse de se réinventer et d’explorer de nouvelles voies. Elle présente un ensemble de sculptures ainsi qu’une collection de tableaux médaillons où la toile se transforme en capiton, acquérant relief et profondeur.
La Presse — C’est sur un poème d’Aragon que l’oiseau a fait son entrée dans l’atelier de Feryel Lakhdar. Dans cet atelier-maison au charme désuet et gracieux, l’oiseau n’était pas dépaysé. Il y trouva un mélange délicat de genres et de styles, ainsi que de jolies collections d’objets où il pouvait retrouver ses congénères, tels qu’un moineau en Lalique, des colombes en porcelaine, et des cacatoès exotiques. L’oiseau s’imposa donc dans l’imaginaire de l’artiste, d’autant plus que, selon Aragon, il annonçait « un temps où les gens s’aimeront ».
Cette aventure commença ainsi et dura plus d’un an, durant lequel l’artiste chercha à apprivoiser cet oiseau fugace, souvent difficile à cerner, fuyant les formes qu’elle souhaitait lui donner dans l’art de la table qu’elle voulait créer. Oiseau rebelle et fantasque, il acceptait de se poser sur le marli d’une assiette, mais plus difficilement sur le pourtour d’une tasse.
Les plats à servir, avec leur générosité, s’accordaient à sa fantaisie, tandis que les plats à cake et les assiettes à pain nécessitaient un effort de stylisation qu’il n’acceptait qu’à condition de recevoir des éclats de dorure et une explosion de couleurs. Feryel Lakhdar laissait libre cours à sa créativité, tandis que sa complice Leyla Saadallah, en tant que technicienne du projet, imposait les limites et les contraintes nécessaires.
Cette équipe féminine performante, sous l’égide de la commissaire d’exposition Leila Sellami, a présenté récemment, durant trois jours, une magnifique exposition d’art de la table. Feryel Lakhdar, qui y présentait son cinquième service, à la créativité renouvelée, a conçu deux ensembles de plats, d’objets et de bougies, déclinés en deux gammes de couleurs : une série florale, à dominante bleu et vert, et une seconde proposition gourmande assortie de nuances plus douces.
Pour réaliser cela, de nombreux dessins ont été réalisés, si variés que l’artiste elle-même ne se souvient plus combien elle en a produits durant ces mois de préparation. Leyla Saadallah, qui collabore pour la troisième fois avec l’artiste, maîtrise parfaitement le processus, équilibrant la liberté de la créatrice et la rigueur technique à respecter. Réaliser un service avec autant de couleurs est en effet rare.
Et parce que Feryel ne cesse de se réinventer et d’ouvrir de nouvelles perspectives, elle présente aussi des sculptures et une collection de tableaux médaillons où la toile acquiert relief et profondeur. L’inspiration, découverte plus tard, provient d’une petite reproduction d’un tableau de Greuze, trouvée dans une brocante, représentant une jeune fille tenant un oiseau. « C’est incroyable le nombre de choses inconscientes qui entrent en jeu dans le processus de création.
Là, c’est surtout la poésie, la liberté et l’espoir de temps meilleurs, comme chantés par Aragon. Sur la surface lisse et immaculée de la porcelaine, j’ai tenté de déposer ce vœu pieux, ces fragments d’un paradis dont je cherche les signes dans la beauté des petites choses. Les dessins, les peintures et les sculptures que ce poème m’a inspirés ne sont rien d’autre qu’une longue, patiente incantation au bonheur. »
