
Lyon : « Oui, j’ai administré des cachets à ma femme » – Disciple de Pelicot condamné
Anthony a reconnu avoir drogué son ex-conjointe et commis des agressions sexuelles, déclarant : « Je ne peux pas continuer comme ça. Oui, c’est vrai, à deux prises, j’ai administré des cachets à ma compagne ». Le verdict est tombé peu avant 20h30 : condamnation à quinze ans de réclusion criminelle.
À la cour criminelle du Rhône,
Après trois ans d’instruction, neuf auditions et autant de versions différentes, le procès d’Anthony a débuté de manière tumultueuse. Vendredi, lors du deuxième jour de son procès à Lyon, il s’est levé dans son box après l’audition du psychologue qui l’a examiné. Toujours vêtu d’une chemise blanche, il a déclaré : « Je ne peux pas continuer comme ça. Oui, c’est vrai, à deux reprises, j’ai administré des cachets à ma compagne. » Âgé de 39 ans et ancien garde du corps, il a reconnu avoir drogué son ex-conjointe avant de l’agresser sexuellement.
« J’ai réalisé des vidéos où je l’ai pénétrée avec un sextoy et je me suis masturbé, éjaculant sur ses cheveux. Je le regrette », a-t-il précisé. À ce moment, la présidente Dominique Thevenet lui a demandé : « Vous reconnaissez les faits de viol et d’agressions sexuelles ? ». « Oui », a-t-il répondu.
Se tournant vers son ex-compagne, il lui a présenté ses excuses, ainsi qu’à leurs enfants et à sa famille. « J’avais tout. Un travail que j’aimais, une femme magnifique, un fils merveilleux, une belle-fille adorable. J’ai tout détruit », a-t-il déclaré avec émotion. Il a alors promis : « Je veux payer pour cela. J’accepterai la sentence, peu importe ce qu’elle sera. Je ne ferai pas appel. »
Des aveux immédiatement contestés
La veille, il avait pourtant juré de n’avoir « jamais drogué [sa] femme ». Ce vendredi, ses aveux sont restés prudents. Concernant les deux administrations de cachets, Me Julia Studient, l’avocate de la victime, a rétorqué : « Ce n’est pas possible. L’analyse des cheveux de la victime prouve la présence de ces substances sur une longue période. Nous avons une fois de plus des déclarations qui ne correspondent pas au dossier. » Il a également poursuivi ses contestations concernant la diffusion de ses vidéos et celles des premières photos de son ex-compagne, publiées dès 2015 sur des sites tels que Coco. « Vous avez été entendu neuf fois et vous avez donné neuf versions différentes. Comment peut-on vous croire ? Pourquoi maintenant ? », l’a-t-elle interrogé. « Aujourd’hui, je dis toute la vérité et j’assume les conséquences », a-t-il répondu, alors qu’il avait déjà affirmé cela la veille.

De nouvelles vidéos ont mis à mal ses déclarations. Il s’y filme en train d’éjaculer dans le pot de crème hydratante de sa compagne de l’époque, tout en l’insultant. D’autres scènes montrent l’accusé utilisant sa brosse à dents sur la cuvette des toilettes, ainsi qu’une nouvelle agression sur un corps inerte. Un enregistrement en caméra cachée, dans l’obscurité de la chambre conjugale, a capturé un acte sexuel où « l’on entend une seule personne avoir un rapport », a ajouté Me Julia Studient, qualifiant cela de second viol. « C’était toujours ainsi que nous avions des relations », s’est défendu Anthony. Interrogée à nouveau, la victime a assuré que « cela ne s’était jamais produit » qu’elle ne « bouge pas ou ne gémisse pas » durant les rapports.
Le matin, la psychologue avait évoqué un stress post-traumatique chez cette femme qui « ne peut plus envisager de relation amoureuse », « effrayée par cette idée ». Selon l’experte, les vidéos projetées, malgré leur caractère douloureux, pourraient l’aider à « prendre conscience que c’est réel ». Comme la veille, l’accusé a mis ses actes sur le compte de sa consommation excessive de cocaïne, affirmant qu’il était « convaincu » que « s’il n’y avait pas eu la drogue dans [sa] vie », il n’« aurait pas commis ces actes-là ».
« Ce n’est plus un humain, c’est un objet, un jouet »
L’avocate de la victime a présenté les chiffres lors de sa plaidoirie. « Trois viols minimum », au moins « cinq agressions sexuelles », des centaines de photos et vidéos de sa cliente. « Ce sont des faits, et c’est ce qu’elle a subi. Elle a été déshumanisée, traitée comme un objet. Ce n’est plus un humain, c’est un objet, c’est un jouet. » Manipulée aussi par un homme qui jouait « au pompier pyromane », apportant du réconfort à sa compagne pour le harcèlement qu’il provoquait. Concernant ses versions successives, « cela s’appelle de la torture psychologique ». « Par son comportement, l’accusé l’a soumise à une violence infinie », a-t-elle affirmé. La victime a refusé le huis clos pour « prendre le contrôle de son image pour la première fois ». « Son but est de retrouver sa dignité, celle qui lui a été volée », a-t-elle ajoutée.
L’avocat général Michel Guedes, citant Gisèle Pelicot au début de son réquisitoire, a salué le courage de la victime en lui adressant un « chapeau bas ». « Votre décision devra lui permettre de relever la tête », a-t-il dit à la cour criminelle. Selon lui, Anthony est « plus qu’un disciple de Pelicot, il est un alter ego ». Ce dernier a pris conseil auprès de la personne condamnée pour viols sur Gisèle Pelicot et a appliqué ses méthodes. Il a requis douze ans de réclusion criminelle, avec un suivi sociojudiciaire de six ans, contre celui qui a « chosifié, dégradé, humilié en accessoire sexuel » celle qui partageait sa vie. « Aucune peine ne pourra jamais suffire pour une victime », a simplement noté l’avocate des parties civiles.
Notre dossier sur Dominique Pelicot
En défense, l’avocat Gabriel Versini-Bullara a plaide l’homme « perdu », « au fond du gouffre » au moment de son arrestation, pour expliquer ses premières déclarations. Cependant, il a souligné : « Pelicot n’existe pas dans ce dossier, il ne s’agit que de contacts. Le prétendu disciple n’est qu’un homme en détresse avec des problèmes existentiels et sexuels. » Il a lui-même reconnu l’ampleur du déni de son client. « J’ai mis deux ans à lui faire comprendre que quand on introduit un objet dans le sexe d’une personne, c’est un viol », a-t-il révélé à la cour, tout en demandant une peine inférieure à celle des douze ans requis. « Tout le monde a droit à une seconde chance », a-t-il conclu.
En conclusion, Anthony s’est levé une dernière fois : « Je voudrais demander pardon à Valérie*, à ma famille, à mes enfants. Et à la cour, pour avoir menti hier. » Le verdict est tombé peu avant 20h30 : quinze ans de réclusion criminelle.
