
Karine Viseur sur l’inculpation de Patrick Bruel : « Les fans n’ont aucune empathie »
Patrick Bruel a été inculpé pour viol, tentative de viol, agression sexuelle et harcèlement sexuel, et est ressorti libre sous contrôle judiciaire du tribunal de Nanterre mercredi soir. Karine Viseur, une des plaignantes, a décrit le parcours judiciaire comme « très long » et a mentionné que d’autres femmes pourraient également témoigner à l’avenir.
Le chanteur et acteur Patrick Bruel, sous le coup de plusieurs plaintes de femmes pour violences sexuelles, a été libéré sous contrôle judiciaire du tribunal de Nanterre mercredi soir, échappant à la détention provisoire demandée par le parquet, a annoncé l’une de ses avocates, Fanny Colin. Plus tôt dans la soirée, Bruel a été inculpé pour viol, tentative de viol, agression sexuelle et harcèlement sexuel.
* »Je me dis déjà que la justice a fait son travail. »*
Les faits reprochés se sont déroulés entre 2008 et 2019 en France et en Belgique. Parmi les plaintes, figure celle de Karine Viseur, une attachée de presse belge, qui a été requalifiée en tentative de viol, selon un communiqué du ministère français de la Justice.
Ce jeudi matin, Karine Viseur a exprimé son soulagement : * »Je me dis déjà que la justice a fait son travail, qu’on a été entendues. Et en plus, on est également soutenues, étant donné qu’il y a cette mise en examen. Donc je suis sereine pour l’évolution des choses. »*
Elle, qui est devenue l’une des figures de cette affaire aux côtés de l’animatrice Flavie Flamant, a révélé qu’elle ne s’attendait pas à cette décision judiciaire. * »Quand j’ai appris sa garde à vue, j’ai été surprise. Je ne m’attendais pas à ce que ce soit avant l’été. Donc je pensais qu’on allait devoir patienter ces deux mois supplémentaires. »* Elle pense que la médiatisation de l’affaire a été un facteur clé. * »Patrick Bruel est un personnage public, déjà. Ensuite, je pense que le travail fait par Flavie et moi, de nous visibiliser, de parler dans la presse, de montrer notre visage, ça a certainement participé à l’avancement de l’affaire. »*
### Une parole écoutée et désormais entendue
Seize ans plus tard, la justice écoute Karine Viseur : * »C’est une étape essentielle dans ma motivation à poursuivre, sans cette décision judiciaire, ça aurait été désastreux. »*
Ancienne attachée de presse cinéma, elle n’a pas encore d’informations sur l’évolution de l’affaire. * »J’ai le communiqué de presse qu’on a reçu hier de Nanterre. On en est là pour l’instant. J’ai un rendez-vous avec mon avocat cet après-midi (jeudi 11 juin, ndlr). J’aurai une avancée sur les choses. Malheureusement, pour l’instant, on n’est que quatre dossiers… Quatre plaintes sur les 13 à être mises en examen de suite. Mais je me dis que les autres viendront certainement compléter ensuite. »*
*“Quand j’ai déposé ma plainte, je savais qu’elle était prescrite. Donc jamais je n’ai pensé que tout ça irait jusque-là et que finalement on garderait ma plainte. La justice a décidé qu’il n’y a plus de prescription. Et en plus, ma plainte permet sa mise en examen”, ajoute Karine Viseur.*
### C’est le début d’un long chemin
Karine Viseur est consciente que le parcours judiciaire sera long. * »Le chemin va encore être très long c’est certain. On nous parle d’un an à 18 mois. Pendant cette période, on va vivre en permanence avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête, avec ce poids sur les épaules. Ma prochaine étape, c’est l’audition, je vais être entendue également. J’essaie d’évoluer étape afin de minimiser la pression que l’on a au quotidien. »*
### Une campagne de haine « infecte » sur les réseaux sociaux
Cette pression vise les femmes ayant osé parler, mais pas seulement. * »C’est un énorme investissement personnel, familial. Il y a eu une vie avant, et il y a désormais une vie après. C’est perturbant pour l’osmose de la famille, des amis. Ma vie est totalement différente. Il faut pouvoir assumer, je dois assumer cette plainte. »*
Karine Viseur dénonce également une campagne de haine sur les réseaux sociaux. * »C’est infect, il n’y a pas d’autre mot. C’est infect à vivre. Les fans n’ont aucune empathie, pas une once de soupçons sur Patrick Bruel. Et donc ça se transforme en acharnement contre les plaignantes. J’en fais les frais. J’essaie que ça ne me touche pas mais ça nous atteint néanmoins. »*
Elle espère que le travail judiciaire apaisera les attaques. * »Cette décision judiciaire marque quelque chose. Je ne sais pas si ce sera suffisant pour calmer les choses. Je pense qu’on a réussi à ouvrir l’esprit de certains fans, mais d’autres resteront jusqu’au bout dans le déni. »*
Concernant la détention de Patrick Bruel, elle déclare : * »Je n’ai pas de jugement sur cette décision, pour moi, la justice fait son travail. Donc, je ne veux pas porter de jugement sur ça. Je pense que c’est déjà un acte qui a été très lourd, il est sous surveillance judiciaire en permanence. Je n’avais jamais imaginé qu’il passerait une seule nuit en prison. Parce que c’est un personnage extrêmement connu. »*
### D’autres femmes vont parler
Pour Karine Viseur, cette décision judiciaire incitera d’autres femmes à s’exprimer : * »On se tait, on a peur d’être blacklistées, on a peur de ne pas être crues. Donc, c’est un long chemin avant d’oser parler. Je suis certaine qu’aujourd’hui, d’autres femmes vont prendre la parole. Il y en a beaucoup encore. Quand j’ai déposé ma plainte, j’étais la deuxième. Maintenant, on est 13. Et il y en a d’autres qui vont arriver, oui. »*
### Le début de la reconstruction ?
Karine Viseur se sent désormais soutenue et trouve que les actes judiciaires lui confèrent une légitimité. * »Aujourd’hui, je me sens soutenue et les actes qui ont été posés cette nuit donnent une vérité à mon témoignage, à ma plainte. Et donc, évidemment, je me sens plus légère face aux yeux des personnes qui portent encore un regard négatif sur moi. Je veux arrêter de me sentir sale. Je veux que mes enfants se disent, mais oui maman tu l’as fait, tu as vaincu, tu as osé le faire. »*
Elle se prépare pour son audition devant la justice française, qui devrait se tenir prochainement.
Sous pression, Patrick Bruel, qui conteste les accusations, a annulé la majeure partie de sa tournée prévue, qui devait commencer mi-juin à Paris avant de continuer dans les festivals.
