France

Affaire Lyhanna : le clan Barella échappe à la justice depuis 20 ans.

Depuis l’arrestation de Jérôme Barella, 41 ans, suspecté d’avoir enlevé et tué la collégienne dans le Gers, la justice a rattrapé son père Joël, 71 ans, et son frère Yannick, 44 ans, soupçonnés d’avoir abusé sexuellement de fillettes et de femmes de leur entourage. En août 2018, Maëva, alors âgée de 12 ans, accuse Joël Barella de lui avoir fait subir des attouchements sexuels pendant qu’elle était seule chez sa grand-mère.


L’affaire Lyhanna a agi comme un déclencheur à retardement. Suite à l’arrestation de Jérôme Barella, 41 ans, suspecté d’avoir enlevé et tué la collégienne dans le Gers, la justice a également rattrapé son père Joël, 71 ans, et son frère Yannick, 44 ans. Ces derniers sont soupçonnés d’avoir, dans le passé, abusé sexuellement de fillettes et de femmes de leur entourage. Bien qu’aucun lien direct entre ces différentes affaires n’ait été établi à ce jour, le timing intrigant soulève des questions. L’examen des procédures révèle une simultanéité manifeste : durant près de deux décennies, les trois hommes ont agi ensemble.

« À l’aune des derniers événements », le procureur de la République de Béziers, Arnaud Faugère, a décidé de réexaminer la procédure à l’encontre de Joël Barella. Le parquet a ainsi choisi de rouvrir l’enquête pour agression sexuelle sur « une mineure de son environnement familial », ouverte en 2019 et classée sans suite l’année suivante.

Cette jeune fille, c’est Maëva, aujourd’hui âgée de 20 ans. En août 2018, alors qu’elle n’avait que 12 ans, elle s’est retrouvée seule pendant un mois chez sa grand-mère, alitée. Elle accuse le compagnon de celle-ci, Joël Barella, de lui avoir fait subir des attouchements sexuels. « C’était devenu naturel pour lui, c’était quelque chose qu’il avait acquis, donc il en profitait », a-t-elle confié à BFMTV. Elle précise : « je savais que ce n’était pas normal, mais je l’ai gardé pour moi jusqu’à mes 13 ans. » Après un an de silence, ses confidences à un enseignant déclenchent un signalement.

Entendue par les gendarmes, la jeune fille voit toutefois sa procédure, initialement suivie par le parquet de Castres, être classée en 2020 par le parquet de Béziers. Le motif invoqué : l’infraction est « insuffisamment caractérisée ». Pourtant, Joël Barella avait déjà fait l’objet d’une plainte quelques années plus tôt. Prescyllia, la demi-sœur aînée de Maëva, dénonçait elle aussi des faits particulièrement graves, à savoir des viols et des agressions sexuelles subis lorsqu’elle avait 13 ans.

Là encore, la justice n’a pas jugé nécessaire de poursuivre les investigations. « Cette procédure, confiée à un juge d’instruction de Béziers, a fait l’objet d’une ordonnance de non-lieu rendue en 2021. La partie civile, qui en avait relevé appel, s’est finalement désistée de son recours. Le désistement a été constaté par la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Montpellier en avril 2022 », détaille le communiqué du procureur de Béziers.

« Elles ont été salies physiquement et moralement car elles ont été rejetées par toute la famille au final, parce qu’ils ont tous protégé Joël », dénonce sur BFMTV leur mère, Bérengère, signalant des pressions continues. « Encore aujourd’hui, on leur demande de se taire. Leur père leur a dit hier au téléphone que si leur nom de famille sortait dans la presse, il les renierait », assure-t-elle. Si la justice se réveille pour Maëva, le dossier de Prescyllia est juridiquement clos. Pour rouvrir un non-lieu, la loi exige l’apport d’une « charge nouvelle ».

Mais l’effet domino provoqué par l’interpellation de Jérôme Barella ne s’arrête pas là. À Auch, dans le Gers, c’est la trajectoire de l’aîné de la fratrie, Yannick Barella, qui a brutalement émergé dans l’actualité. À 44 ans, il a été mis en examen mercredi pour des viols répétés sur deux de ses anciennes compagnes. Bien que le procureur d’Agen, Olivier Naboulet, ait requis son placement en détention provisoire, le juge des libertés et de la détention l’a laissé libre sous contrôle judiciaire, une décision dont le parquet a immédiatement fait appel.

Sa première victime présumée, mineure de 17 ans au début des faits, dénonce des abus commis entre 2007 et 2011. Le scénario se serait à nouveau répété en mars 2018, lorsque Yannick Barella s’en serait pris à sa seconde ex-compagne.

L’homme dissimulait derrière son quotidien une double vie active en ligne. Comme le révèle Le Figaro, son nom et son visage apparaissent sur de nombreuses plateformes de rencontre pour adultes, où sa dernière connexion remonte au 18 mai, trois semaines seulement avant son arrestation. Se décrivant comme un homme « svelte » aux « piercings cachés », il y affichait des descriptions explicites, se disant « nymphomane » et adepte de pratiques BDSM.

Bien que les deux frères aient coupé les ponts depuis des années, les trois hommes du clan semblaient partager le même sentiment d’impunité. Bien avant le meurtre de la petite Lyhanna, Jérôme Barella avait déjà été l’objet d’alertes restées sans réponse. Les archives judiciaires révèlent qu’il avait d’abord été visé par une première plainte dès 2017 pour des faits de nature sexuelle sur mineure.

Une deuxième procédure similaire, ouverte à son encontre en 2022, a finalement été classée sans suite, tandis qu’une troisième plainte, déposée pour des griefs identiques au cours de l’année 2025, est toujours en cours d’instruction. Une procédure dont la lenteur suscite aujourd’hui une vague d’indignation et de questionnements. Trois trajectoires parallèles, trois séries d’alertes ignorées, et jamais aucun recoupement.