Belgique

Mathieu Bihet (MR) : « Pas question d’acheter un chat dans un sac » concernant le rachat des centrales nucléaires.

Le gouvernement belge souhaite racheter les outils nucléaires d’Engie pour redémarrer les installations dans le cadre de l’opération nommée Aurora. Actuellement, sur les sept réacteurs en Belgique, cinq sont à l’arrêt et leur démantèlement est en pause pendant les négociations entre l’État et Engie.


D’un côté, un gouvernement qui désire relancer le nucléaire. De l’autre, une entreprise exploitante qui souhaite s’en éloigner. Depuis plusieurs mois, des discussions sont en cours entre le ministre de l’Énergie et Engie, visant à racheter par l’État les installations nucléaires belges pour les redémarrer. Une nationalisation ? « Plutôt une joint-venture (c’est-à-dire un accord entre deux entités ou entreprises pour mener un projet à bien) », juge le ministre. Le projet porte le nom d’Aurora.

« Nous avons constaté que la sécurité d’approvisionnement énergétique est devenue une question de sécurité nationale. Il faut, d’une part, disposer d’énergie en abondance, mais également d’une énergie décarbonée. Le nucléaire répond à ces deux exigences », précise le ministre Bihet. Toutefois, Engie, qui gère les centrales depuis 20 ans, refuse de continuer dans le nucléaire : « C’est le droit de l’entreprise », affirme le ministre, « mais nous avons le devoir de respecter notre accord de gouvernement. Il a donc fallu trouver un accord. »

Parmi les sept réacteurs en Belgique, cinq sont actuellement à l’arrêt. Doel 3 et Tihange 2, dont les cuves présentent des microbulles d’hydrogène, sont en phase de démantèlement avancé. Tihange 1, Doel 1 et Doel 2 sont également à l’arrêt depuis 2025. Leur démantèlement a débuté mais est mis en pause depuis l’ouverture des négociations avec Engie.

Le gouvernement refuse cependant de « payer pour un chat dans un sac ». Les réacteurs sont anciens, en partie démantelés, et ne sont donc pas dans un état optimal. Le ministre en est conscient : « Nous avons commandé un audit technique et financier. Cela nous permettra d’examiner en détail l’état des réacteurs et la possibilité de les prolonger. L’analyse inclura les travaux nécessaires et le coût à engager. L’objectif est de déterminer si ce modèle est viable financièrement pour l’État. »

Peut-on envisager que le gouvernement abandonne le projet si l’état des centrales s’avère trop vétuste ? Cela est tout à fait possible, selon Mathieu Bihet : « À la fin de cette période d’audit, il y a une clause de ‘go, no go’. C’est-à-dire que nous déciderons si nous avançons ou non. Si nous ouvrons le capot et constatons qu’il faut changer une ou deux bougies, cela va, mais si toute la mécanique doit être remplacée, cela compliquera les choses », illustre le ministre.

Interrogé sur la question du prix de rachat des centrales par rapport aux coûts de fermeture, le ministre préfère ne pas se prononcer : « Nous avons entouré cette analyse d’experts en la matière. Nous travaillons avec Engie pour éviter de nous engager dans une décision imprudente. »

Dans un article publié début juin dans le journal l’Echo, la PDG d’Engie, Catherine MacGregor, a jugé que le rachat des centrales par l’État belge était une surprise. « Mais pour s’engager dans le nucléaire à long terme, Engie n’est pas le meilleur partenaire. Nous avons toujours été clairs : de nouvelles centrales nucléaires ne font pas partie de notre stratégie », a-t-elle déclaré au quotidien.

Cette position ne surprend pas le ministre Bihet : « Cela correspond à leur stratégie. Ils veulent sortir du nucléaire, tandis que le gouvernement aspire à prolonger les capacités. Comment concilier ces deux positions ? C’est l’objectif de l’opération Aurora. »

À la question de savoir pourquoi le gouvernement réussirait ce qu’Engie n’est pas prêt à faire, le ministre répond : « Dans l’interview à l’Echo, il y avait un deuxième paragraphe où elle reconnaissait qu’ils n’avaient pas forcément analysé tous les éléments pour savoir si c’était réalisable. »

Un bon deal pour Engie ? « Nous verrons », déclare le ministre, « mais aujourd’hui, nous leur offrons la possibilité de quitter le nucléaire selon leurs souhaits, et nous nous donnons la possibilité de concrétiser notre accord de gouvernement. »

Si l’État récupère la gestion du parc nucléaire, cela comprendra également le démantèlement des centrales vieillissantes. « Si nous reprenons les obligations, nous reprendrons également les droits associés », souligne le ministre, « nous ne pouvons pas reprendre des actifs sans garantir le financement pour le démantèlement. Sinon, cela serait une erreur. »

Depuis des années, Engie alimente un fonds géré par Synatom, destiné au démantèlement des installations. Cette contribution est réévaluée tous les trois ans par la Commission des provisions nucléaires, et l’Ondraf, l’organisme public chargé de la gestion des déchets nucléaires, doit fournir un avis. En janvier, l’Echo a alerté sur une éventuelle réévaluation de 3 milliards supplémentaires à payer par Engie au fonds en question.

Pour le ministre, les inquiétudes concernant un éventuel manque d’argent sont prématurées : « Il faut être prudent. J’ai vu des chiffres dans la presse qui additionnent des éléments sans lien entre eux. Synatom a été provisionné sur demande de la Commission des provisions nucléaires. Cette commission, qui est un organe indépendant du gouvernement depuis 2022, a rendu une analyse. Et celle-ci confirme qu’il faut investir autant dans ce fonds, et l’argent est disponible. »

Quant à la future exploitation des centrales si le projet Aurora se concrétise, le ministre n’exclut pas des partenariats privés : « Pour l’heure, il y a une demande d’ENGIE pour une négociation exclusive entre l’État belge et l’entreprise. Mais il est évident qu’à long terme, une vision unique de l’État belge ne semble pas être la meilleure opportunité, donc il sera nécessaire de chercher des partenaires. »