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Démarchage téléphonique : Doit-on répondre à un numéro inconnu ?

En 2025, 94 % des consommateurs ont reçu au moins un appel ou un SMS indésirable au cours des trois derniers mois. Depuis le début de l’année, les opérateurs français doivent automatiquement afficher « numéro masqué » pour les appels émis depuis l’étranger avec un numéro français n’ayant pas pu être authentifié.


«Suspicion de spam», «numéro signalé comme démarcheur téléphonique»… Des millions de Français reçoivent chaque semaine, voire chaque jour, un ou plusieurs appels de démarchage téléphonique. D’après des données de l’Arcep (Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse) en 2025, 94 % des consommateurs ont reçu au moins un appel ou un SMS indésirable au cours des trois derniers mois, et 57 % sont confrontés à presque un appel indésirable par jour.

Qu’elles soient légales ou frauduleuses, ces sollicitations récurrentes sont souvent perçues comme du «harcèlement», face auquel beaucoup ne savent pas comment réagir. Existe-t-il une procédure à suivre pour ces appels ? Une enquête a été menée.

Il est d’abord essentiel de différencier le démarchage légal, émanant d’entreprises déclarées contraints de respecter la réglementation et d’utiliser uniquement des numéros spécifiques, des appels frauduleux qui ne respectent pas ces règles ou proviennent d’escrocs, selon l’Arcep. Cependant, les identifier n’est pas toujours simple : « Certaines techniques illégales [comme l’usurpation de numéros] peuvent être employées tant par des escrocs que par des démarcheurs peu scrupuleux », précise l’administration.

Ne pas décrocher, mais ne pas raccrocher non plus
Si certains opérateurs, modèles de téléphones ou applications permettent une meilleure identification voire un filtrage de ces appels, la procédure reste la même : « Il ne faut surtout pas décrocher », conseille Benjamin Recher, responsable des relations institutionnelles chez Que Choisir Ensemble (anciennement UFC-Que Choisir). Il est préférable de ne pas envoyer l’appel vers la messagerie, mais plutôt de le « laisser sonner dans le vide », afin que votre numéro soit « repéré comme n’étant pas actif », explique-t-il. « Si vous rejetez l’appel, cela signale qu’il y a quelqu’un au bout du fil ; l’intelligence artificielle intégrée peut en déduire que la ligne est existante », ce qui augmente le risque d’être rappelé.

Si vous choisissez de décrocher, par exemple en cas de doute sur le numéro, un simple « allô » est suffisant car cela n’autorise pas la copie de votre voix par une IA, rassure Benjamin Recher. Les intelligences artificielles « ont besoin d’une certaine quantité de données pour parvenir à cette reproduction », complète l’Arcep, qui précise que ces éléments « sont disponibles ailleurs et plus facilement si quelqu’un devait se les procurer », notamment via les « réseaux sociaux ». Pas de raison de s’inquiéter, d’autant que « vous tomberez normalement sur une IA qui vous informera que c’est un appel de démarchage » après votre « allô », précise Benjamin Recher.

Nos données personnelles valent cher
Les arnaques les plus courantes, souvent signalées à Que Choisir Ensemble, concernent des faux conseillers bancaires qui tentent d’escroquer les victimes en demandant leurs informations confidentielles. « Dans tous les cas, ne pas communiquer par téléphone de données bancaires », rappelle l’Arcep. Au-delà de ces informations sensibles, des escrocs peuvent essayer d’obtenir « vos données personnelles, comme vos adresses mail, vos adresses ou votre profil, tout ce qui peut avoir une valeur ultérieure et être revendu », ajoute Benjamin Recher, ou tenter simplement de vous vendre un produit ou un service.

Concernant les « appels silencieux », qui sonnent très brièvement ou raccrochent dès que vous répondez, « il ne faut surtout pas rappeler, car il y a un risque qu’il s’agisse d’un numéro surtaxé », met en garde le responsable de Que Choisir Ensemble. Il peut également s’agir d’un démarchage légal, émanant d’un centre d’appels « qui a [lancé une communication] alors qu’aucun téléconseiller n’est disponible pour la prendre », selon l’Arcep. Mais, en cas de doute, mieux vaut rester prudent.

De nouvelles règles cette année
Il existe heureusement des règles pour limiter ces appels et aider les citoyens à y voir plus clair. Depuis le début de l’année, les opérateurs français doivent automatiquement afficher « numéro masqué » pour les appels émis depuis l’étranger avec un numéro français n’ayant pas pu être authentifié. Cette mesure vise à mieux identifier les potentiels appels frauduleux qui usurpent des numéros de téléphone de particuliers ou d’entités de confiance, souvent émis depuis l’étranger.

Une nouvelle règle, encore plus stricte, entrera en vigueur le 11 août. À partir de cette date, « vous serez présumé non consentant, donc on devra vous demander votre autorisation, sur Internet ou en magasin par exemple, si on souhaite vous appeler, hors contrat en cours », explique Benjamin Recher. Loin d’être une solution miracle, cette nouvelle règle n’empêchera pas les appels frauduleux mais permettra néanmoins de faire le tri : il y a « de fortes chances que, si vous recevez un appel de démarchage, il soit illégal ». C’est déjà une avancée.