Tunisie

Avant-première de « Gorbi-Chapter 1 » : Nidhal Yahyaoui ne revisite pas le patrimoine musical du Nord-Ouest.

« Gorbi–Chapter 1 » explore le patrimoine sonore du Nord-Ouest tunisien en fusionnant des chants ancestraux avec des sonorités contemporaines et des rythmes jazzy. Le concert d’une durée de 50 minutes est composé d’une douzaine de chansons rythmées dont certains refrains ont provoqué l’excitation du public présent.


« Gorbi–Chapter 1 » explore le patrimoine sonore du Nord-Ouest tunisien en mêlant chants ancestraux, sonorités contemporaines et rythmes jazzy.

La Presse — Samedi dernier, à la salle 4e Art, un grand nombre de mélomanes était présent pour assister à la première représentation musicale « Gorbi-Chapter 1 » de Nidhal Yahyaoui. L’artiste, qui a l’habitude de revisiter le patrimoine musical de la région du Nord-Ouest tunisien, a une nouvelle fois suivi cette démarche en explorant un répertoire déjà pratiqué, tout en y intégrant le rythme jazzy, notamment dans « Masreb el Hatttaya », un héritage musical qu’il combine avec de la musique contemporaine.

Le concert, d’une durée de 50 minutes, se composait d’une douzaine de chansons entraînantes, dont certains refrains ont suscité l’enthousiasme du public, majoritairement en train de se déhancher au rythme du « Tbal » et de la « Gasba ». Nidhal Yahyaoui, entouré de cinq musiciens, cherche à faire vivre la mémoire des ancêtres et à réinventer un patrimoine riche en sonorités, qu’il tente d’actualiser avec des gammes en phase avec notre époque.

Le mélange d’instruments populaires et modernes n’est pas nouveau. Fadhel Jaziri a été l’un des premiers à ouvrir cette voie avec ses grands spectacles tels que « Nouba » et « Hadhra ». Nidhal Yahyaoui a d’emblée entamé son concert avec « Khouti », un chant confrérique présent dans « Hadhra », suivi d’un extrait de « Nmdah Lagtab ». Était-ce un hommage à l’artiste disparu l’an dernier ou une simple coïncidence ? Il a ensuite poursuivi avec un refrain du malouf tunisien, « Alif Ya Soltani ». Il faut noter qu’il n’y a pas un véritable fil conducteur entre les chants présentés.

Ce n’est qu’après cette introduction que l’artiste se lance avec passion dans le cœur du concert avec des titres tels que « Baba Targui », « Ya Galb Rgaieg », « Halali Halali », « Talaâ Nsawer », « Dazini Hani Jitek » et d’autres morceaux chantés jadis par les grands-mères. Il ne faut pas attendre de nouvelles compositions. Ce sont simplement des arrangements rythmiques et mélodiques visant à créer une fusion entre le vieux et le nouveau, réactualisant ainsi des chants oubliés. Cette réinterprétation du répertoire ancestral semble séduire un public en quête d’identité tout en étant avide de modernité.

À l’ère numérique où l’intelligence artificielle est capable de créer des compositions originales ou de revisiter de vieux refrains à partir de simples idées, il est nécessaire de repenser notre espace musical pour l’adapter aux nouvelles technologies. Nidhal Yahyaoui a le mérite de mener une véritable exploration en fouillant dans les archives sonores et la mémoire orale pour les reconstruire et les recomposer. C’est un défi difficile qui l’éloigne de sa zone de confort et l’entraîne dans un espace risqué. Néanmoins, face à l’effervescence du public, cet objectif semble atteint.