EuroOffice vise à battre Microsoft en Europe, LibreOffice critique un jeu américain.
EuroOffice se lance ce 9 juin comme l’alternative européenne à Microsoft et Google. La Document Foundation, l’organisation qui développe LibreOffice, a publié le 8 juin une lettre ouverte contre EuroOffice en soulignant que sa suite, qui s’annonce souveraine, enregistre par défaut au format de Microsoft.
EuroOffice fait son entrée ce 9 juin en tant qu’alternative européenne à Microsoft et Google. Cependant, la fondation derrière LibreOffice l’accuse déjà de favoriser Microsoft.
Le jour de son lancement officiel sur GitHub, EuroOffice fait face à des critiques virulentes. La Document Foundation, l’organisation chargée du développement de LibreOffice, a publié le 8 juin une lettre ouverte dénonçant la nouvelle suite bureautique européenne. Le reproche est succinct : « une suite qui se dit souveraine mais qui enregistre par défaut au format de Microsoft, ce n’est pas vraiment souverain. »
EuroOffice est une suite bureautique en ligne (comprenant traitement de texte, tableur, et présentations) conçue pour rivaliser avec Microsoft 365 et Google Workspace. Elle est développée par un consortium d’entreprises européennes, avec Nextcloud et IONOS en tête. Le projet a vu le jour en mars 2026 et se présente aujourd’hui en version 1.0, téléchargeable gratuitement sur GitHub et intégrée à Nextcloud Hub 26. L’objectif est de permettre aux administrations et entreprises européennes de devenir moins dépendantes des géants américains, en offrant un logiciel auditable et hébergé sous droit européen.
Techniquement, EuroOffice est un fork d’OnlyOffice : les développeurs se sont appuyés sur son code open source pour élaborer leur propre version. Cette décision est motivée par le fait qu’OnlyOffice est officiellement basé en Lettonie, mais que son équipe de développement est majoritairement en Russie, soulevant des préoccupations de confiance dans un contexte géopolitique tendu.
Le principal point de critique concerne le format de fichier par défaut utilisé par EuroOffice. Cette suite utilise OOXML, le format créé par Microsoft pour ses fichiers Word, Excel et PowerPoint (les célèbres .docx, .xlsx, .pptx). Italo Vignoli, cofondateur de la Document Foundation, ne cache pas son mécontentement : pour lui, OOXML a été conçu spécifiquement pour enfermer les utilisateurs dans l’écosystème de Microsoft. Dans sa lettre ouverte, il qualifie EuroOffice d’allié involontaire de Microsoft dans sa stratégie de verrouillage.
L’alternative défendue par Vignoli est l’ODF (OpenDocument Format), le standard ouvert utilisé nativement par LibreOffice. Reconnu comme norme ISO en 2006, l’ODF assure qu’un document n’est lié à aucun éditeur particulier et reste lisible dans le temps. Pour la Document Foundation, la souveraineté numérique ne se limite pas au logiciel et à l’hébergement : elle implique également la maîtrise du format dans lequel les données sont stockées. Héberger un document sur un serveur européen n’est pas suffisant si son format est toujours contrôlé par Redmond.
Le choix d’EuroOffice s’explique par le fait que les administrations échangent encore principalement des fichiers .docx et .xlsx. Une suite qui modifie la mise en page dès le premier fichier ouvert risque d’être rapidement désinstallée. EuroOffice vise à garantir une compatibilité immédiate avec Microsoft afin de faciliter la migration. Cependant, c’est cette même compatibilité qui, selon la Document Foundation, permet à la stratégie de verrouillage de Microsoft de perdurer.
Un autre point de mécontentement pour LibreOffice réside dans le marketing employé. EuroOffice se présente comme la première suite bureautique open source développée en Europe, ce qui est inexact, rappelle la fondation : OpenOffice.org a été lancé en 2001 (à partir du code de StarOffice), suivi par LibreOffice en 2010. Ces deux projets, originaires d’Europe, offrent un code réellement ouvert à des millions d’utilisateurs depuis plus de vingt ans.
La critique est d’autant plus piquante de la part de la Document Foundation, qui a également ses propres enjeux dans cette bataille. Mais sur le fond, son argument est valable : tant qu’EuroOffice maintient OOXML comme format réglé par défaut, sa promesse de souveraineté reste en partie incomplète. Nextcloud a déjà annoncé que le support intégral de l’ODF figurerait en tête de la liste des priorités pour la prochaine version.

