Armée : Leclerc « à bout de souffle », quel char en 2035 ?
Le projet MGCS (Main Ground Combat System), qui vise à remplacer le char Leclerc et le Leopard 2, devrait connaître un retard de dix ans et être repoussé à 2045-2050. Actuellement, le parc de chars Leclerc est estimé à 200 unités opérationnelles, qui sont en cours de modernisation au standard XLR.
Alors que le projet d’avion de chasse du futur, Scaf, semble abandonné, le MGCS (Main Ground Combat System) demeure le dernier grand projet militaire franco-allemand en cours. Français et Allemands travaillent sur ce « char du futur » depuis 2018, destiné à remplacer le Leclerc côté français et le Leopard 2 côté allemand.
Cependant, ce programme commence également à rencontrer des retards, avec une confirmation récente de la ministre des Armées, Catherine Vautrin, annonçant un retard de dix ans. Cela pose un problème, surtout pour la France, car le char Leclerc devient progressivement obsolète face à ses concurrents.
Le parc de chars Leclerc est actuellement évalué à 200 unités opérationnelles, en phase de modernisation au standard XLR. Ce standard vise à intégrer le char dans le combat collaboratif Scorpion, à améliorer ses capacités de protection, notamment contre les mines, et à l’adapter aux zones urbaines. Toutefois, même avec cette modernisation, le Leclerc pourrait être dépassé dans dix ans, tandis que son maintien en condition opérationnelle est très coûteux.
« Il n’y a pas de date officielle de retrait du service du Leclerc, mais il sera très difficile d’attendre encore vingt ans pour le remplacer sachant que le parc, âgé de moins de 20 ans, est déjà à bout de souffle », précise Léo Péria-Peigné, chercheur au Centre des études de sécurité de l’Ifri (Institut français des relations internationales).
Le MGCS, prévu pour 2035, est désormais repoussé à 2045-2050. Les entreprises KNDS France, KNDS Allemagne, Rheinmetall et Thales se concentrent sur les études en vue de développer un démonstrateur du MGCS. La sénatrice Hélène Conway-Mouret (PS) affirme qu’une solution intermédiaire a été envisagée pour faire le lien entre les deux conceptions. En janvier, le DGA (Directeur général de l’armement) avait présenté trois options : acquérir 200 chars allemands Leopard 2, coopérer avec les Allemands pour construire un châssis hybride entre le Leclerc et le Leopard, ou tout produire en France. « L’idée est de ne pas se retrouver sans rien », complète Léo Péria-Peigné.
Quelles options restent à la France ? Le général Pierre Schill, chef d’état-major de l’armée de Terre, a écarté l’achat sur étagère. Relancer la fabrication d’un char 100 % français ? « Le dernier Leclerc a quitté l’usine en 2008, après quoi nous avons arrêté sa production. Nous avons perdu des compétences et pour relancer cela, il faudrait cinq ans au moins, car ce sont des métiers spécifiques », rappelle Hélène Conway-Mouret. « Nous ne savons plus faire un châssis chenillé », confirme Léo Péria-Peigné.
Des études ont été lancées pour définir la capacité succédant au char Leclerc, selon le projet de loi d’actualisation de la programmation militaire 2024-2030. Dans ce contexte, le projet hybride franco-allemand d’EMBT pourrait être la seule option pour la France. « Cela nous permettrait de fabriquer les tourelles et de ne pas perdre ces compétences », souligne la sénatrice.
Concernant le MGCS ou une capacité intermédiaire, la France se retrouve en position de faiblesse face à l’Allemagne qui détient quasiment toutes les clés. « Si le MGCS n’avance pas, l’Allemagne peut choisir de développer un char avec onze autres partenaires européens dans le cadre du projet Marte, ou de se tourner vers le Leopard 3, qui serait l’équivalent du MGCS », explique Hélène Conway-Mouret.
Le projet Marte, coordonné par KNDS Deutschland et Rheinmetall, regroupe des pays comme l’Espagne, l’Italie, la Suède et la Norvège, et pourrait progresser plus rapidement que le MGCS. « Le MGCS provient d’une époque où l’Allemagne investissait peu dans sa défense et où les relations franco-allemandes étaient meilleures. Aujourd’hui, la situation est plus complexe. Militairement, l’Allemagne augmente considérablement ses dépenses et n’a plus forcément besoin de partager les coûts, tandis qu’industriellement, elle pense avoir la technologie nécessaire sans la France », analyse Léo Péria-Peigné.
Reste la question de la pertinence du char sur le champ de bataille moderne. Bien que l’influence des drones croisse, Hélène Conway-Mouret soutient que l’infanterie protégée par des chars demeure essentielle. Toutefois, les évolutions récentes, notamment depuis l’invasion de l’Ukraine, portent à réfléchir. « Les livraisons de matériels blindés ont diminué, car ils ne sont plus déployés aussi rapidement en première ligne », note Stéphane Audrand, consultant en risques internationaux. Léo Péria-Peigné conclut : « Le char a encore un avenir, mais il n’est plus la pièce centrale du combat aéroterrestre. Cela soulève la question de l’intérêt de relancer une capacité entière pour fabriquer des chars. »

